• Lundi, 3 Août, 2020

    Covid-19. Les « gagnants » et les « perdants » du CAC 40

     

    Cyprien Boganda  - L'Humanité >>>>>

     

    Certains boivent la tasse, d’autres sabrent le champagne : les grands groupes tricolores, dont les résultats trimestriels ont commencé à tomber, ne sont pas logés à la même enseigne.

     

    Il est encore trop tôt pour savoir si la crise économique en cours va redessiner le visage du capitalisme hexagonal.

     

    En revanche, la valse des résultats trimestriels, qui ont commencé à tomber la semaine dernière, permet d’y voir un peu plus clair entre les «gagnants » et les « perdants » du CAC 40 : les premiers ont résisté au confinement, certains y ont même vu une opportunité de regarnir leurs caisses.

    Les autres affichent des chiffres en nette baisse, même s’il faut relativiser le catastrophisme ambiant.

     

    Les résultats présentés par Renault, par exemple, ont fait couler beaucoup d’encre.

    Au premier semestre, le groupe automobile a enregistré 7,4 milliards d’euros de pertes, avec un logique effondrement des ventes (- 35 %, à 1,2 million de véhicules vendus, pour 18,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires).

    Précisons tout d’abord que ce gadin est finalement assez peu lié au Covid.

    Sur les 7,4 milliards d’euros de pertes, 4,8 milliards proviennent de son partenaire japonais Nissan, dont les ventes en Europe dévissent depuis de longs mois, la faute à une gamme vieillissante et inadaptée.

    En fin de compte, l’impact du Covid sur les comptes du groupe s’élève à « seulement » 1,8 milliard d’euros.

    Ensuite, même si ces résultats inquiètent, ils ne menacent pas encore la survie du géant automobile : assis sur un confortable matelas de liquidités (près de 17 milliards d’euros, dont 5 milliards garantis par l’État français), Renault ne va pas mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines.

    Enfin, le rebond des ventes de voitures neuves observé en juin-juillet dans l’Hexagone, même s’il est imputable aux mesures de soutien exceptionnelles décidées par l’État (prime à la casse), indique que les consommateurs n’ont pas renoncé à acheter des véhicules.

    « Renault a des fondamentaux qui ne sont pas catastrophiques, résume l’économiste Bernard Jullien (France Info, 31 juillet). Le groupe automobile a l’électrique et une empreinte mondiale qui est assez satisfaisante. »

    Pour l’avenir, la direction de la marque au losange a indiqué son intention d’imiter son concurrent PSA, dont les résultats crèvent le plafond, ce qui n’a rien de rassurant en termes de conditions de travail… .

     

     

    Ces derniers jours, de nombreux géants du CAC 40 ont annoncé des résultats en berne.

    Mais il faut, comme pour Renault, se garder de tout jugement hâtif.

    Le groupe pétrolier Total, abonné aux chiffres canon, a essuyé une perte de 7,1 milliards d’euros au second trimestre, liée à l’effondrement des prix et de la demande de pétrole dans le monde.

    Un plongeon historique qui n’a toutefois pas empêché le groupe de maintenir son niveau de dividende (0,66 euro par action) et de se montrer raisonnablement optimiste sur la suite (remontée des cours du pétrole, reprise de la demande, etc.).

     

    À l’inverse, certains groupes affichent, dans le contexte actuel, une bonne santé insolente.

    C’est le cas des entreprises de grande distribution, qui ont peu souffert du confinement, ou de l’industrie pharmaceutique, qui peut dire merci au Covid.

    Carrefour voit son chiffre d’affaires français grimper de 2,4 % sur le premier semestre, à 18,1 milliards d’euros.

    Le groupe tricolore aurait même recruté 500 000 clients supplémentaires, selon un communiqué officiel.

    Les raisons de ce regain de forme ne manquent pas : avec la fermeture des restaurants, cantines scolaires et entreprises durant le confinement, la grande distribution s’est retrouvée en position de force.

    Même si cette période a représenté un « coût » financier supplémentaire pour le secteur (équipement des magasins en plexiglas, masques pour les personnels, etc.), le bilan est globalement positif.

     

    Même satisfaction du côté de Sanofi, qui annonce des chiffres dans le vert.

    Au premier trimestre, ses ventes de médicaments grand public avaient été portées par le boom de la consommation de doliprane (+ 20 %), sur fond d’inquiétude sanitaire.

    Au second trimestre, c’est un autre médicament vedette qui a pris le relais, le Dupixent, prescrit contre l’asthme et l’eczéma sévère.

    Au total, le résultat net du groupe a grimpé de 3,6 % au second trimestre, à 1,6 milliard d’euros.

     

    Cyprien Boganda

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  • L’Iran dit avoir arrêté

    un chef d’un « groupe terroriste »

    basé aux États-Unis

    Les services du renseignement iranien ont annoncé avoir mis la main sur un opposant au régime et chef d’un groupe terroriste. L’individu serait installé aux États-Unis, compliquant ainsi davantage les relations entre les deux pays

    Ouest-France >>>>>


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  • Le contraste est saisissant :

    avec – 32,9 %, les Etats-Unis annoncent le plus fort recul trimestriel de leur PIB en rythme annualisé depuis la seconde guerre mondiale,

    mais les géants du numérique dépassent toutes les attentes des analystes dans leurs résultats d’avril à juin comme pour les + 40 % de chiffre d’affaires pour Amazon.

    Les GAFA pèsent désormais 4 900 milliards dollars en Bourse.

    Et l’analyste Dan Ives, de la société d’investissement Wedbush Securities, anticipe déjà qu’Apple va bientôt devenir la première entreprise à dépasser les 2 000 milliards.

    ...

    Malgré la récession et la crise sanitaire,

    les GAFA pèsent désormais 4 900 milliards de dollars

    Alors que la situation économique aux Etats-Unis entre dans le noir, la capitalisation boursière des géants du numérique augmente.

    Le Monde >>>>>


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  • Vendredi, 31 Juillet, 2020

    Élysée. Emmanuel Macron fait main basse sur les préfets

     

    Jules Fresard - L'Humanité >>>>>

     

    En nommant plusieurs anciens conseillers de l’exécutif à ce poste, le gouvernement continue d’étendre son influence dans les collectivités territoriales.

     

    S’inspirant du modèle américain du spoil system, Emmanuel Macron est-il en train de mettre la main sur l’administration ?

    C’est du moins ce que laisse entrevoir la nomination par le chef de l’État de 18 nouveaux préfets, ce mercredi.

    Parmi eux, de nombreux conseillers issus des rangs de la Macronie.

     

    Le spoil system – en français, système de dépouilles – est une tradition politique ancrée aux États-Unis.

    À chaque alternance, l’exécutif est appelé à renouveler l’intégralité de la haute administration, avec l’idée que les fonctionnaires doivent être loyaux au pouvoir politique pour faciliter la mise en place des réformes.

    Une pratique vantée par Emmanuel Macron, en 2017 : « Dans les deux prochains mois du quinquennat, je changerai ou confirmerai l’intégralité des postes de direction dans la fonction publique. »

     

    Les 61 nominations actées pendant le dernier Conseil des ministres laissent présager que le président a accéléré la mise en place d’un tel système.

    18 personnalités ont fait leur entrée ou leur retour dans le corps préfectoral, et 15 autres préfets se sont vus déplacés vers un autre département.

    Il s’agit du plus vaste mouvement de nominations depuis le début de son mandat.

     

    Et force est de constater que l’exécutif a eu à cœur de promouvoir plusieurs collaborateurs de la majorité.

    Ainsi, Jean-Marie Girier, jusqu’alors chef de cabinet de Richard Ferrand à l’Assemblée nationale, se voit propulsé préfet du Territoire de Belfort,

    quand Laurent Hottiaux, conseiller intérieur et sécurité de la présidence depuis 2017, devient préfet des Hauts-de-Seine.

     

    Jupiter n’a pas non plus délaissé les anciens collaborateurs d’Édouard Philippe,

    en nommant Xavier Brunetière, ancien conseiller outre-mer du premier ministre, dans le Gers,

    et Éric Jalon, chargé du pôle intérieur à Matignon, dans l’Essonne.

    La femme d’affaires Salima Saa, nouvelle préfète de Corrèze, constitue quant à elle une nouvelle prise à la droite.

    Elle fut notamment secrétaire nationale des « Républicains » .

     

    Même si la mise en place d’un spoil system à l’américaine (4 000 départs à chaque alternance) semble encore loin, le fait qu’Emmanuel Macron nomme plusieurs collaborateurs à ces postes n’est pas anodin.

    Ces derniers occupent une position clé dans le maillage du territoire, chargés de mettre en œuvre les « politiques gouvernementales de développement et d’aménagement à l’échelle du département ».

    Le président a donc tout intérêt à s’assurer de leur soutien.

    D’autant plus qu’ils auront un rôle majeur à jouer dans la future loi de différenciation territoriale.

     

    Jules Fresard

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  • Vendredi, 31 Juillet, 2020

    Pandémie Vaccins anti-Covid-19,

    la quête du Graal

     

    Des scientifiques mobilisés, des milliards mis sur la table…

    La recherche d’une parade contre le virus fait l’objet d’une course effrénée.

    Mais rien ne dit qu’elle profitera à tous.

     

    C’est une course qui se mène à coups de milliards, et dans laquelle, dit-on, « chaque minute compte ».

     

    La mise au point d’un vaccin contre le Covid-19 fait l’objet d’une mobilisation inédite de la communauté scientifique et de l’industrie pharmaceutique, tendues vers un objectif commun, parfois non dénué d’intérêts mercantiles : fournir à la planète un moyen de se protéger contre la pandémie due au Sars-CoV-2, ce coronavirus face auquel aucun traitement efficace ne se dresse aujourd’hui.

     

    L’enjeu est de taille : le Covid-19 a déjà tué plus de 660 000 personnes dans le monde et en a infecté 16 millions.

    Facteur inquiétant, il poursuit sa progression meurtrière, malgré l’été. «La saison ne semble pas avoir de répercussion sur la transmission du virus », a constaté cette semaine Margaret Harris, porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

     

    « Les virus respiratoires sont historiquement saisonniers mais celui-ci se comporte de façon différente. »

    Une raison supplémentaire d’avoir le regard fixé vers les laboratoires de recherche, lancés dans une véritable quête du Graal.

    Quand celle-ci pourrait-elle aboutir ?

    Quelles sont les équipes les plus avancées ?

    Et surtout : saura-t-on dépasser les égoïsmes nationaux pour faire de ce ou ces vaccins des biens publics mondiaux ?

    Décryptage.

     

     

    1 Où en est la recherche pour se protéger du virus ?

     

    Depuis début juillet, elle est entrée dans une phase active, avec le lancement de plusieurs essais cliniques sur l’homme à travers le monde.

    Dans son dernier point sur le sujet, l’OMS a recensé 25 « candidats vaccins » ayant atteint ce stade, contre seulement 11 à la mi-juin, en plus des 139 autres projets en phase « préclinique ».

    « C’est une bonne nouvelle, mais il faut se garder de tout triomphalisme, tempère le chercheur au CNRS Étienne Decroly, spécialiste des virus émergents.

    D’abord, avant les vaccins, il ne faut pas abandonner tout espoir dans la recherche de traitements : plusieurs stratégies sont prometteuses, notamment celles qui tentent de limiter la “tempête immunitaire” créée par le Sars-Cov-2.

    Traitements et vaccins sont complémentaires car de toute façon on ne vaccinera pas tout le monde. »

     

    Le virologue rappelle aussi que seuls les essais de phase 3, pendant lesquels les vaccins sont testés à grande échelle sur l’homme, donnent des réponses solides sur l’intérêt d’un produit et ses effets secondaires.

    « Avant, en phase 1 et 2, on se contente de démontrer que le vaccin n’est pas toxique et qu’il aboutit à la production d’anticorps.

    Mais ces anticorps sont-ils vraiment protecteurs, et pendant combien de temps, on ne le sait pas. »

     

    Pour l’heure, la plupart des essais lancés en sont encore à ces phases 1 et 2.

    Seuls quatre « candidats vaccins » ont atteint la phase 3 : dernière en date, la biotech américaine Moderna a annoncé, lundi, commencer ses tests sur 30 000 volontaires aux États-Unis.

    La moitié recevront une dose de 100 microgrammes, les autres un placebo.

    Pour l’occasion, la firme a obtenu du gouvernement américain un doublement de son investissement dans le projet, porté à près d’un milliard de dollars.

     

    Outre Moderna, deux projets chinois ont aussi démarré des essais à grande échelle :

    celui du laboratoire Sinopharm, qui veut tester son vaccin aux Émirats arabes unis sur 15 000 volontaires,

    et celui du laboratoire Sinovac, qui va injecter son produit à 9 000 professionnels de santé au Brésil, en partenariat avec l’institut de recherche local Butantan.

     

    C’est aussi dans ce pays, ainsi qu’en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, que le laboratoire européen AstraZeneca (né de la fusion du suédois Astra et du britannique Zeneca) a démarré une vaste expérimentation, fin juin, en partenariat avec l’université d’Oxford.

    Mais impossible de dire pour l’heure qui coupera la ligne en premier.

     

    2 Un vaccin ou plusieurs vaccins ?

     

    « Il va falloir des vaccins pour le monde entier, l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique… Et un seul industriel ne pourra pas y arriver.

    Il en faudra quatre, cinq, peut-être six, pour trouver d’abord, produire ensuite, et distribuer enfin » les bons vaccins,

    prévenait Olivier Bogillot, le président de Sanofi France, fin juin, dans le Journal de Saône-et-Loire, en annonçant un investissement de 600 millions d’euros dans la réalisation de deux sites consacrés à l’élaboration de vaccins, l’un à Neuville-sur-Saône, l’autre près de Lyon.

     

    « Plus il y a de candidats vaccins, et surtout plus il y a de types de candidats vaccins, plus on a de chances d’aboutir à quelque chose », confirme Daniel Floret, le vice-président de la commission technique des vaccinations, rattachée à la Haute Autorité de santé (HAS).

    « En clair, c’est une bonne chose de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et de courir plusieurs lièvres à la fois, car on ne connaît pas ceux qui finiront la course », image le chercheur Étienne Decroly.

     

    Si presque tous les projets de vaccins ont choisi de viser la protéine Spike, sorte de porte d’entrée du virus dans les cellules, les stratégies pour susciter une réponse immunitaire diffèrent.

    La technique classique consiste à utiliser une version « inactivée » du virus original.

    C’est celle choisie par les labos chinois qui sont déjà en phase 3 de leurs essais.

    Elle pourrait nécessiter plusieurs injections pour être efficace et recèlerait « un risque théorique plus important que les autres de voir apparaître un phénomène d’aggravation de la maladie », selon la présidente du comité Vaccin Covid-19 et chercheuse à l’Inserm, Marie-Paule Kieny, citée par l’Express.

     

    Autre technique : les vaccins « à vecteur viral », qui prennent comme support un autre virus, transformé pour inviter l’organisme à combattre le Covid-19.

    Le labo AstraZeneca a fait ce choix, via un adénovirus de chimpanzé, tout comme l’américain Johnson & Johnson (J&J), déjà à l’origine d’un vaccin contre Ebola.

    D’autres projets se veulent encore plus innovants, en misant sur la génétique.

    Le vaccin dans ce cas utiliserait l’ADN ou l’ARN (acide ribonucléique) pour indiquer à nos cellules comment se protéger du Covid, en produisant les anticorps nécessaires.

    C’est le pari tenté par la société Moderna ou par le duo Pfizer-BioNTech.

     

    3 Quand pourraient débuter les vaccinations ?

     

    En mars dernier, Donald Trump avait affirmé que ce serait chose faite d’ici « trois à quatre mois ».

    Le président américain avait été immédiatement recadré par l’immunologiste Anthony Fauci, de la cellule de crise de la Maison-Blanche sur le coronavirus.

    « Comme je vous l’ai dit, Monsieur le président, il faudra un an à un an et demi » pour disposer d’un vaccin, avait corrigé l’expert.

     

    En temps normal, il faut même compter une dizaine d’années pour mettre au point ce type de produit de santé.

    Mais, compte tenu de la mobilisation planétaire en vigueur et des milliards investis, la fourchette évoquée par le Dr Fauci paraît raisonnable.

     

    En Inde, pourtant, on n’a pas attendu les résultats des tests en cours pour parier sur l’un des produits actuellement en phase 3, celui des chercheurs de l’université d’Oxford et du labo AstraZeneca.

    Dès le début du mois de juin, le Serum Institute of India, qui fabrique déjà près d’un vaccin sur deux dans le monde, a commencé à produire le nouveau remède.

    La firme espère pouvoir sortir de ses usines 50 millions de doses chaque mois, dès septembre.

     

    Un lancement précipité ?

    Pas pour l’administration américaine, qui veut aller « au-delà de la vitesse de la lumière » (« Warp Speed »), du nom de l’opération qu’elle a mise en place pour accélérer le développement d’un vaccin.

    Au moins 6,3 milliards de dollars ont été engagés depuis mars pour financer divers projets concurrents (J&J, Pfizer, AstraZeneca, Moderna et Novavax).

    Dont 1,6 milliard pour cette dernière société, qui n’a encore jamais commercialisé le moindre vaccin et sur le site de laquelle Donald Trump s’est rendu lundi dernier.

    « Nous serons victorieux sur le virus en déchaînant le génie scientifique américain », a-t-il professé, le visage masqué (pour une fois).

    Sauf que vouloir aller plus vite que la science « peut poser problème » en termes de sécurité, reconnaît Daniel Floret, qui cite par exemple le risque d’ « exacerbation de la maladie » par le vaccin.

    « On l’a déjà vu sur des singes lors de tentatives de développement de vaccins contre le Mers-CoV et le Sars. Il faudra donc s’assurer que ce risque est écarté ici », explique-t-il.

     

    Problème : l’élection présidentielle de novembre aux États-Unis pourrait inciter le candidat Trump à crier victoire trop tôt.

    « Il y a fort à parier que, avec ou sans résultats, un vaccin soit enregistré » avant cette date, en se basant sur les seuls effets constatés chez le singe, craint la chercheuse Marie-Paule Kieny, interrogée par le Figaro.

    Or, comme l’Agence européenne des médicaments (EMA) a tendance à suivre les décisions de son homologue américaine, la puissante FDA, « il se pourrait que l’Europe également autorise un vaccin pour lequel nous n’aurons pas de preuve d’efficacité. J’espère que nous saurons être plus prudents que cela ».

    Pour l’heure, l’agence européenne l’est : « Cela pourrait prendre au moins jusqu’au début 2021 pour qu’un vaccin contre le Covid-19 soit prêt », a-t-elle estimé.

     

    4 Un vaccin au plus offrant ? Le risque du chacun pour soi

     

    En allongeant les milliards, Donald Trump s’est surtout assuré d’être prioritaire dans la livraison des premières doses pour la population américaine.

    500 millions ont ainsi déjà été « réservées » dans ce but.

    « Mais nous en aurons probablement beaucoup pour le reste du monde », a-t-il ajouté lundi, magnanime.

    Mi-mai, Paul Hudson, le directeur général du groupe Sanofi, une entreprise française, avait déclenché une polémique en affirmant que son laboratoire servirait « en premier » les États-Unis s’il trouvait un vaccin, car ce pays « avait investi pour essayer de protéger (sa) population ».

    « Il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché », avait immédiatement répliqué l’Élysée.

    Une vision affirmée début juin par le secrétaire général de Nations unies, Antonio Guterres.

    « Un vaccin, à lui seul, ne suffit pas. Nous avons besoin d’une solidarité mondiale pour garantir que tous les peuples, partout dans le monde, y aient accès », avait souligné l’ex-premier ministre portugais.

     

    Or on en est loin.

    Chaque jour ou presque, un nouvel accord est rendu public entre tel labo et tel État, pour la « sécurisation » des livraisons des futurs vaccins.

    Mercredi, Sanofi et GSK ont ainsi annoncé avoir réservé 60 millions de doses de leur sérum, même pas encore en phase d’essai clinique, à destination du Royaume-Uni, portant à 250 millions le nombre d’injections préemptées par ce pays, tous candidats vaccins confondus.

     

    Même si elle n’a pas communiqué sur le sujet, la France n’est pas en reste et négocie elle aussi ce type de réservations, mais en partenariat avec d’autres pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Italie), rassemblés dans l’Alliance inclusive pour le vaccin (AIV).

    « C’est le règne du chacun pour soi, il n’y a pratiquement aucune concertation internationale, regrette Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament.

    Des milliards d’argent public sont déversés sur les labos, sans contrepartie pour faire de leurs éventuelles découvertes des biens mondiaux accessibles à tous.

    Résultat : ce seront les pays les moins riches qui seront servis en dernier. »

     

    Pour tenter de rassurer les sceptiques, deux labos (J&J et AstraZeneca) ont annoncé qu’ils allaient vendre leur vaccin « à prix coûtant », au moins pour la première année.

    Un « effort » que trois autres labos américains ne feront pas, comme ils l’ont affirmé devant le Congrès, le 21 juillet.

    « C’est une période extraordinaire et notre prix le reflétera », a même assuré, sans prendre de gants, le directeur commercial de Pfizer, John Young.

     

    5 Quelle stratégie vaccinale en France ?

     

    Elle vient de se préciser cette semaine, avec la publication de deux avis,

    celui cosigné par le Conseil scientifique, le Care (Comité analyse, recherche et expertise) et le comité Vaccin Covid-19,

    et celui publié mardi par la Haute Autorité de santé (HAS).

     

    Dans le premier, les experts réclament « une évaluation rigoureuse » des vaccins avant toute « utilisation à grande échelle », privilégient l’idée d’une « vaccination organisée » plutôt qu’ « obligatoire », et demandent que les citoyens soient associés aux démarches, pour éviter l’échec de la vaccination antigrippale de 2009.

    Les deux avis se rejoignent pour considérer

    comme prioritaires les travailleurs en première ligne (6,8 millions de personnes), et en particulier les personnels soignants (1,8 million),

    devant un deuxième groupe : les personnes à risque, du fait de leur âge ou de leur état de santé (23 millions).

     

    « Mais tout dépendra de l’état de la pandémie au moment où les vaccins seront disponibles, rappelle Étienne Decroly.

    Si elle est très active, on pourra prendre un risque plus élevé dans l’utilisation des vaccins.

    Si ce n’est pas le cas, on pourra être plus prudents. »

     

    Alexandre Fache

     

     

    Un tiers des Français refuseraient de se faire vacciner

    Et si le ou les vaccins étaient boudés par les Français ?

    D’après un sondage mené par l’institut YouGov pour le HuffPost, 32 % des personnes interrogées (du 23 au 24 juillet derniers) affirment qu’ils n’accepteraient pas de se faire vacciner si un sérum contre le Covid était disponible.

    Une « hésitation vaccinale » qui inquiète les scientifiques.

    « Le développement des vaccins n’est qu’une partie de la solution. Une acceptation large de ces vaccins est également nécessaire », ont estimé des experts américains, dans un rapport publié début juillet.

    « Dans un contexte de défiance et en présence d’enjeux industriels, la vaccination se prête aux controverses publiques, voire au conspirationnisme », regrette aussi le Conseil scientifique, qui réclame une communication « transparente » sur le sujet, ainsi qu’une « démarche participative, associant des citoyens », pour limiter le plus possible cette défiance.

    « La communication doit être réalisée en amont de la campagne (de vaccination – NDLR), être différenciée selon les publics cibles, et évoquer une forme de “contrat social” appelant à la responsabilité de chacun », recommandent les experts.


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  • Jeudi, 30 Juillet, 2020

    Gérald Darmanin, la dérive d’un « Sarko-boy »

    « Ensauvagement », légitimation des violences… le ministre de l’Intérieur enchaîne les outrances pour s’assurer le soutien de la police et séduire un électorat très droitier.

     

    Gérald Darmanin ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît.

    Auditionné mardi par la Commission des lois de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur a dit « personnellement s’étouffer » quand « (il) entend le mot “violences policières” ».

    Au-delà de la énième réfutation du terme même, que déjà niaient son prédécesseur Christophe Castaner mais aussi la nouvelle Défenseure des droits, Claire Hédon, l’expression fait scandale.

    Cédric Chouviat, Adama Traoré ou encore George Floyd aux États-Unis, qui symbolisent le combat contre les violences commises par la police, sont précisément décédés d’étouffement, à la suite d’une manœuvre d’interpellation des forces de police.

     

    Soit le ministre l’a fait exprès, auquel cas il s’agit d’une infâme provocation, soit il ne saisit pas la portée de ces mots, ce qui n’est guère plus rassurant.

    «  Vous venez de dépasser toutes les limites de la décence. Vous m’étiez indifférent. Plus maintenant. À bientôt sous d’autres auspices », a réagi Arié Alimi, avocat de la famille Chouviat, qui réclame des excuses officielles.

     

    Dans la même audition, le locataire de la Place Beauvau, pro-flics « quoi qu’il en coûte », a dénoncé la « pression constante » subie par les forces de police sur le terrain :

    « On leur met un portable à 5 centimètres de leur visage au lieu de les soutenir, les gens s’agglutinent et les filment comme dans un mauvais épisode de la série Black Mirror.  »

    Une référence osée, la fiction évoquant les dérives antidémocratiques de la technologie, et non des caméras qui permettent aux citoyens de documenter les éventuels abus de pouvoir de la police.

     

    Le ministre n’est pas plus éclairé quand il se risque à des citations plus classiques.

    « La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime, c’est vieux comme Max Weber », a lâché l’ancien étudiant de Sciences-Po Lille, se croyant malin.

    Manque de bol : le sociologue allemand convoqué ici disait l’exact inverse.

    Dans le Savant et le politique, il écrit que

    « l’État revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence légitime.

    La violence n’est pas l’unique moyen normal de l’État, cela ne fait aucun doute, mais elle est son moyen spécifique ».

    Autrement dit, la violence de l’État n’est pas par nature légitime, et il convient pour Max Weber de s’interroger, justement, sur ce qui permet à l’État d’être l’unique source du droit à la violence.

     

    Gérald Darmanin, toujours sous le coup d’une accusation pour viol, multiplie les outrances pour plaire aux syndicats de police, et par-delà, à un public très droitier, sarkozyste, constituant une manne électorale possible pour la Macronie.

    L’utilisation du terme « ensauvagement d’une partie de la société », le 24 juillet dans le Figaro, est déjà une reprise directe des mots de l’extrême droite.

    Popularisée dans la fachosphère par l’écrivain identitaire Laurent Obertone, l’expression est prisée au sein de Synergie.

    Le syndicat policier, proche de la droite dure, s’est d’ailleurs félicité de retrouver sa rhétorique dans la bouche de son ministre de tutelle.

     

    Tout comme le député LR Éric Ciotti, qui a salué l’emploi du mot «ensauvagement » dans l’Hémicycle.

    Chez les macronistes jadis classés à gauche, en revanche, c’est l’embarras.

    Le député Aurélien Taché fustige une « concession à l’extrême droite ».

    Quant à la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, elle alerte, de manière détournée, son collègue :

    « Je pense qu’aujourd’hui, on est un gouvernement au service de tous les Français et qu’on doit rassembler tous les Français. Les monter les uns contre les autres peut toujours être un risque. »

     

    Protégé de Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin ne fait qu’appliquer les leçons de l’ex-chef de l’État, en place à Beauvau de 2005 à 2007.

    Un discours pro-flics et sécuritaire, histoire de s’assurer le soutien des très influents et très droitiers syndicats de police.

    Le nouveau ministre n’a sans doute pas beaucoup à se forcer.

    Quitte à ce que se retourne dans sa tombe un grand sociologue et à faire la courte échelle aux fachos de tout poil.

     

    Cyprien Caddeo

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  • Après un retard considérable à l'allumage, notre pays réaliserait actuellement 500.000 tests PCR par semaine soit 71.000 par jour.
     
    Le nombre de personnes testées positives serait de 1 à 1,5%...
    soit 700 à 1.000 personnes sans que soit précisé si elles sont malades symptomatiques ou asymptomatiques.
     
    Véran assure que les laboratoires peuvent faire 700.000 tests par semaine.
    Or les laboratoires  alertent sur le fait qu'ils sont débordés et prennent un retard considérable dans les analyses.
     
    En cause la gestion catastrophique  de l'Etat Macronien une fois de plus...
     
    Alors qu'il faudrait effectuer un dépistage certes massif mais ciblé autour des personnes malades du covid 19, des foyers d'infection, des secteurs de santé et des maisons de retraite, des personnes à risque et des entreprises...
     
     
    Jeudi, 30 Juillet, 2020

    Coronavirus.

    Tests PCR pour tous, une stratégie dangereuse

    Les biologistes médicaux et médecins généralistes alertent sur les risques de dépistages incontrôlés et sans pertinence.

     

    Avec l’arrêté publié le 24 juillet, tout le monde peut désormais se faire dépister par test PCR Covid (dans le nez), sans présenter de symptômes et sans ordonnance, tout en étant pris en charge par l’assurance-maladie. Conséquences : depuis quelques jours, les files d’attente s’allongent devant les labos, notamment dans les villes où ont été distribués des bons de prescription à la population, incitant ainsi à se faire dépister même sans symptômes apparents. Et bien que davantage de personnels aient été autorisés à prélever, « le nombre de demandes de tests PCR auprès des laboratoires de biologie médicale augmente de semaine en semaine et ceux-ci se retrouvent saturés avec des délais de rendu de résultats qui s’allongent », constate le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM). Pour son président, Lionel Barrand, « dépister sans raisons médicales des personnes ne présentant aucun symptôme et n’ayant pas été en contact avec un malade du Covid n’est pas raisonnable ».

    Pire : en adressant des bons de prescription sans concertation avec les laboratoires pharmaceutiques, l’État met des bâtons dans les roues de ces derniers. « Plutôt que de chercher une aiguille dans une botte de foin avec des campagnes de dépistage massives et des PCR gratuits sans ordonnance pour tout un chacun, il aurait été beaucoup plus judicieux de cibler et prioriser les personnes à risque afin de briser les chaînes de transmission », poursuit le président du SJBM. Il rappelle qu’une personne asymptomatique peut être testée négative un jour et positive le lendemain. « La fenêtre de tir de la PCR est très courte, ce n’est pas une sérologie », explique-t-il. Et de déplorer, par ailleurs, le manque de réactivité du gouvernement, qui n’a pas su imposer aux autres pays dès le 1er juillet des tests PCR pour tous les passagers se rendant en France. « J’ai l’impression qu’une fois de plus l’État a pris une décision plutôt par affichage que par intérêt de santé publique », regrette Lionel Barrand.

    Même son de cloche du côté de MG France. Le syndicat des médecins généralistes estime en outre que « l’obligation de porter un masque dans les espaces publics fermés a trop tardé » et regrette que « la priorité soit donnée par le gouvernement au nombre absolu de tests réalisés plutôt qu’à leur pertinence ». Le syndicat fait état de nombreux témoignages de patients symptomatiques ou ayant été en contact avec des malades du Covid qui attendent plusieurs jours la réalisation ou le résultat du test PCR prescrit par leur médecin traitant. Un retard « inadmissible », dû à l’embouteillage des circuits de soins par des personnes se présentant dans les labos pour des tests de convenance personnelle. Résultat : « Les cas diagnostiqués tardent à être confirmés, les enquêtes de contact tracing ne peuvent être lancées à temps et la diffusion du virus est facilitée. » Cette absence de stratégie, où les tests à visée diagnostique ne sont pas priorisés chez les patients suspectés de Convid, conduit « à laisser se développer des foyers d’infection et favorise la reprise de l’épidémie », alerte MG France.

    Faute d’une stratégie de dépistage claire donnée par les autorités, les syndicats de professionnels en appellent au bon sens de la population française et à ne venir se faire dépister qu’en cas de risque : symptômes, cas contact ou retour de pays endémique. Que du bon sens.

    Nadège Dubessay

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  • A la Chapelle-Darblay,

    les 218 licenciés veulent sauver leur papier 100% recyclé

    Le 16 juillet dernier, après 92 ans ans de service, le groupe finlandais UPM a fermé ce site de recyclage unique situé à Grand-Couronne, près de Rouen.

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  • Mercredi, 29 Juillet, 2020

    Police.

    Arié Alimi :

    « Il existe une vraie culture raciste et antisémite dans la police »

     

    Dans l’affaire du tribunal de Paris, Arié Alimi, avocat du policier lanceur d’alerte, dénonce l’omerta de la police et le caractère systémique du racisme. 

     Insultes racistes et homophobes, vols, refus de soins médicaux…

    Dans une enquête glaçante, StreetPress révélait lundi 27 juillet les traitements subis par les justiciables de passage dans les cellules du TGI de Paris, grâce notamment au témoignage du brigadier-chef Amar Benmohamed. 

     

    Sur un peu plus de deux ans, plus de 1 000 prévenus ont été maltraités au tribunal de Paris, le plus grand d’Europe. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle affaire de racisme dans la police ?

    Arié Alimi

    Les propos racistes, les violences auraient pu être des cas isolés.

    Mais ce qui revient toujours dans ces dossiers de maltraitance policière, c’est l’impunité délibérée par la hiérarchie – dans ce cas précis par le préfet de police de Paris, Didier Lallement – et la volonté de faire taire les lanceurs d’alerte.

    Amar Benmohamed considère que la plupart de ses collègues sont d’excellents policiers et que l’affaire concerne une douzaine de personnes.

    Mon opinion, en tant qu’avocat et membre de la Ligue des droits de l’homme, c’est que, depuis quelque temps, des affaires comme celle du tribunal de Paris se multiplient. Et ça commence à faire beaucoup.

    Le caractère systémique vient de la récurrence de ces actes et des révélations.

     

    Que risque aujourd’hui le lanceur d’alerte Amar Benmohamed, qui a eu le courage de témoigner à visage découvert ?

    Arié Alimi

    Mon client est devenu lanceur d’alerte par la force des choses.

    Il avait essayé depuis plusieurs mois de signaler les actes de violence et les propos racistes, antisémites, homophobes de ses collègues aux autorités, il a réalisé des rapports et voulait obtenir des condamnations.

    Mais c’est lui qui paie le prix fort aujourd’hui.

    Il subit un harcèlement permanent de la part de sa hiérarchie, qui l’envoie chez le médecin, qui le convoque toujours pour des raisons futiles qui n’aboutissent jamais.

    C’est flagrant : il s’agit de briser la carrière d’un policier de vingt ans d’ancienneté, extrêmement bien noté.

    Malheureusement, c’est le fonctionnement de la police.

    De l’armée aussi d’ailleurs.

    Finalement, ces deux institutions agissent comme la mafia, avec une réelle omerta et la destruction par la hiérarchie de ceux qui dénoncent parce qu’ils ont une vision différente de leur fonction et de l’institution dont ils font partie.

    Avec mon client, nous avons déposé plainte pour harcèlement.

     

    « Bicot », « bougnoule », « négro », « pédé »… Que ce soit à Rouen avec les échanges racistes sur WhatsApp, à L’Île-Saint-Denis avec la vidéo d’une interpellation ou au tribunal de Paris, ce sont toujours les mêmes termes qui sont utilisés…

    Arié Alimi

    Oui.

    Des propos récurrents, des mots fréquemment utilisés qui constituent une forme de code de reconnaissance.

    Ce que dit mon client à demi-mot, c’est qu’il existe une vraie culture « Alain Soral » parmi les jeunes recrues de la police.

    Il semblerait que cette culture antisémite et raciste ait imbibé la nouvelle garde policière.

     

    Aujourd’hui, cinq policiers ont fait l’objet de sanctions administratives et un sixième doit passer en conseil de discipline. Il semblerait que l’action du lanceur d’alerte ait payé…

    Arié Alimi

    Oui, mais contrairement à ce qu’a annoncé la préfecture, il n’y avait jamais eu de sanctions auparavant, alors que les faits étaient connus.

    La préfecture n’a bougé que lundi dernier, lorsque l’affaire a été médiatisée.

    J’ai l’impression que beaucoup de policiers s’aperçoivent qu’ils ont été trahis dans les raisons pour lesquelles ils étaient entrés dans la police.

    J’ai bon espoir que de plus en plus oseront parler.

    C’est ce que je constate au quotidien.

     

    Entretien réalisé par Nadège Dubessay
     

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  • Derrière la démission de Christophe Girard,

    des repas avec Matzneff payés par la Ville

     
    27 juillet 2020 Par Marine Turchi
    Médiapart

     

    L’adjoint à la maire de Paris chargé de la culture n’a pas seulement démissionné à cause de la manifestation des militantes féministes.

    Selon nos informations, les services municipaux ont découvert, les 22 et 23 juillet, trois notes de frais de repas entre l’élu et l’écrivain Gabriel Matzneff, réglés par la Ville. Anne Hidalgo en a informé le parquet de Paris.

     

    Contrairement à ce qu’ont mis en avant Christophe Girard et la mairie de Paris, l’adjoint à la culture n’a pas démissionné seulement à cause de la manifestation, jeudi 23 juillet, de militantes féministes et d’élu·e·s écologistes.

    Selon nos informations, les services de la Ville de Paris ont découvert, mercredi puis jeudi dernier, trois notes de frais de repas entre l’élu et l’écrivain Gabriel Matzneff, réglés par la Ville. 

     

    L’une datée du 12 février 2019, portant sur un déjeuner au restaurant Le Taxi jaune, pour un montant de 85 euros, que Christophe Girard a fait défrayer en tant qu’adjoint à la culture de la Ville de Paris.

    Les deux autres remontent à 2016 (un dîner) et 2017 (un déjeuner), lorsqu’il était maire du IVe arrondissement de Paris.

     

    Selon nos informations, Anne Hidalgo a transmis la première de ces notes au parquet de Paris, via son conseiller juridique.

    Cet élément a été versé à l’enquête préliminaire en cours pour « viols commis sur mineurs » visant Gabriel Matzneff.

    Christophe Girard avait été entendu comme témoin dans cette procédure, en mars. 

    L’élu a en effet côtoyé l’écrivain dès les années 1980, lorsqu’il était le proche collaborateur du couturier Yves Saint Laurent. 

    C’est par son entremise que les factures de l’hôtel de Gabriel Matzneff avaient été réglées à l’époque par la société Yves-Saint-Laurent.

     


     

    Le premier repas, celui de 2019, a été justifié par Christophe Girard auprès des services de la Ville comme un déjeuner dans le cadre de la journée écriture-manuscrit, organisée par la Ville trois mois plus tard, le 15 mai 2019.

    Les deux autres ont été réglés sur son enveloppe de frais de représentation, pour laquelle l’élu bénéficie d’une plus grande autonomie, mais qui fait l’objet d’une déclaration annuelle à la mairie centrale.

     

    Selon nos informations, la maire de Paris a eu connaissance de la première note de frais mercredi soir 22 juillet, après qu’un agent du bureau de l’appui aux élus – chargé de rembourser les frais – a pris l’initiative de faire une recherche, à la suite de la résurgence médiatique de l’affaire Matzneff et des demandes de démission de Christophe Girard par le groupe écologiste au conseil de Paris.

    L’exécutif de la mairie n’avait en effet opéré aucune vérification ou enquête administrative.

     

    Cette note de frais a été transmise au cabinet d’Anne Hidalgo.

    Puis le directeur de cabinet de la maire, Frédéric Lenica, et le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, ont demandé aux services administratifs de la mairie d’effectuer une vérification plus large.

     

    Il n’a pas été demandé explicitement à Christophe Girard de démissionner.

    Mais jeudi, en début d’après-midi, Frédéric Lenica puis Emmanuel Grégoire se sont tour à tour entretenus avec l’élu, en lui expliquant qu’il mettait l’exécutif dans une situation intenable, selon nos informations. 

    « Je les ai vus dans mon bureau pour leur lire le communiqué écrit par moi-même, mon conjoint, mes fils aînés et mon avocate », assure de son côté Christophe Girard.

     

    Puis deux autres notes de frais ont été découvertes, jeudi en fin d’après-midi – celles datées de 2016 et 2017.

    Vers 18 heures, l’élu a annoncé sa démission à l’Agence France-Presse.

     

    Joint lundi par Mediapart, le cabinet d’Anne Hidalgo a reconnu avoir découvert, mercredi dernier, une note de frais.

    « Seule celle-ci a été portée à notre connaissance », nous indique-t-il. 

    Il précise qu’Anne Hidalgo « n’avait absolument pas eu connaissance de ce déjeuner en 2019 » et qu’il n’y a, dans le processus de validation des frais, « aucune validation politique du cabinet de la maire », qu’il s’agit d’« un processus purement administratif ».

     

    « Quand la maire prend connaissance de cette note de frais, elle prend la décision d’en informer Christophe Girard et d’en informer le parquet, poursuit son cabinet. 

    Parce qu’on sait que l’affaire est sensible et qu’on ne veut absolument pas qu’on puisse nous reprocher quoi que ce soit. 

    La maire a considéré que cette nouvelle pièce n’était pas incriminante, puisqu’on savait que Christophe Girard avait eu de toute façon des liens, qu’il avait été entendu par la justice et qu’il n’est visé par aucune plainte, rien du tout.

    Elle le transmet dans un souci de transparence et de coopération. Et elle réitère évidemment son soutien à Christophe Girard. »

     

    Anne Hidalgo condamne-t-elle ces déjeuners, payés par la Ville ?

    « Si le déjeuner avait eu lieu en février 2020, c’est-à-dire après la sortie du livre de Vanessa Springora, la maire l’aurait très très fortement condamné et regretté, elle aurait dit à Christophe Girard qu’il ne fallait pas y aller et que c’était une très mauvaise idée.

    En revanche, en février 2019, cette histoire n’était pas de notoriété publique comme en 2020, pas sûr qu’elle savait qui était Gabriel Matzneff »,

    nous répond son cabinet, évacuant le fait que les écrits de Matzneff, explicites, avaient été médiatisés dès les années 1980-1990.

     

    Alors qu’elle avait connaissance du problème des notes de frais le 23 juillet, Anne Hidalgo n’a évoqué que la manifestation féministe dans ses réactions.

     

    Le lendemain, dans un communiqué, elle a dénoncé le « déversement de haine et de violence inacceptable » à l’encontre de son adjoint et annoncé des poursuites à l’encontre des « propos indignes » et des « banderoles infamantes » de la manifestation.

    Elle a aussi condamné l’attitude des deux élues écologistes présentes à ce rassemblement, Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu, « qui ont incité et soutenu ces comportements », selon elle.

    Pas un mot, en revanche, sur les notes de frais.

     

    Joint lundi, le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, explique à Mediapart que la découverte, « de faits nouveaux – des notes de frais de déjeuners et dîner – [leur] a semblé être un élément à transmettre à la justice, non pas au titre de l’article 40 du code pénal [qui impose à « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire » de dénoncer tout crime ou délit dont il aurait connaissance – ndlr]mais au titre de l’information judiciaire en cours, comme un élément qu’il n’était pas entendable de dissimuler à la justice ». 

    « Nous avons partagé cela avec Christophe Girard, qui du coup en a tiré les conséquences : une démission, pour se protéger lui et assurer sa défense, et pour nous protéger nous collectivement, parce qu’évidemment, c’est un élément de plus dans un contexte déjà éruptif. »

     

    De son côté, Christophe Girard, sans démentir les faits, se montre évasif. 

    Il fait valoir à Mediapart qu’il était « normal et courant qu’[il] invite dans le cadre de [ses] fonctions à la culture artistes et écrivains, et que ces rendez-vous étaient inscrits à [son] agenda professionnel, avec noms des participants ».

    Il reconnaît avoir « déjeuné ou dîné », « de mémoire, entre 2001 et 2018, quatre ou cinq fois avec Matzneff », sans préciser si ces repas étaient pris en charge par la Ville.

     

    « J’ai demandé au directeur de cabinet de la maire de Paris de faire faire les recherches comptables sur une période aussi longue. Cela prendra du temps, sachant qu’entre 2001 et mars 2020, j’ai déjeuné et dîné avec des centaines de personnalités françaises étrangères », ajoute-t-il.

     

    S’agissant des trois notes de frais, il indique qu’il n’a « pas de traces personnelles à [sa] disposition »

    « Vous avez connaissance de ces notes que je n’ai pas revues. Ce déjeuner et ce dîner doivent apparaître dans mon agenda de maire du IVe de 2012 à 2017. L’objet et le nom des invités figurent certainement. Si vous pouviez me les indiquer. »

     

    Selon un proche d’Anne Hidalgo qui a requis l’anonymat, la découverte de ces notes de frais a « incontestablement pesé dans la décision personnelle qu’a prise Christophe Girard »

    « Cela nous a vraiment perturbés, explique-t-il à Mediapart. C’est une forme de rupture de confiance dans la ligne de défense qu’il avait adoptée vis-à-vis de nous. 

    1) Le personnage [Gabriel Matzneff – ndlr] était sulfureux et peu pouvaient prétendre l’ignorer, surtout un fin lettré comme Christophe.

    2) Il nous avait plutôt tenu la ligne qu’il l’avait rencontré fortuitement, à des occasions X ou Y.

    Quand on déjeune avec quelqu’un en tête-à-tête, cela ne me paraît pas relever du fortuit.

    Donc cela nous a au moins embarrassés, et c’est un euphémisme.

    On s’est sentis dans l’obligation immédiate de ne pas garder cela. »

     

    Pour ce proche de la maire de Paris, l’ex-adjoint à la culture « s’enferme ».

    « Il a pris une très mauvaise ligne de défense depuis le départ. Il a manifestement cherché à nous cacher toute trace d’une relation en réalité plus établie qu’il ne l’avouait lui-même.

    Il est tellement meurtri et blessé par ces accusations qu’il en est parfois maladroit dans sa défense », analyse-t-il.

     

     

    Pour lui, les deux éléments – les notes de frais et la manifestation devant l’Hôtel de Ville – se sont « télescopés » et ont été autant de « pressions » pesant sur Christophe Girard, conduisant à « une accélération ».

    « Mais on le soutient, y compris parce qu’on trouve qu’il fait l’objet d’accusations excessives : il n’est pas pédophile, contrairement à ce qu’on lit sur les pancartes ignobles de la manifestation, avec des raccourcis et des amalgames », poursuit-il, en écho à la pancarte « Mairie de Paris : bienvenue à Pédoland », dans la manifestation du 23 juillet.

     

    De son côté, le cabinet d’Anne Hidalgo renvoie vers Christophe Girard, « qui a proposé et donné sa démission à la maire de Paris ».

    « Peut-être qu’il s’est dit qu’avec cette nouvelle information, cela allait avoir un impact médiatique et que donc il valait mieux se retirer, mais la maire lui a en tout cas toujours affiché son soutien. » 

     

    L’intéressé affirme à Mediapart que sa décision de démissionner a été « mûrie » et qu’il l’a « prise en famille le soir de l’élection de la maire et de ses adjoints, sachant pertinemment pour bien avoir suivi le mouvement “cancel culture” que le harcèlement ne s’arrêterait pas.

    Que ce climat fragiliserait la majorité et qu’il [s’était] engagé en politique pour agir en humaniste et social-démocrate, pas en gibier traqué ».

     

    La veille de sa démission, pourtant, à l’antenne d’Europe 1, Christophe Girard tenait un autre discours : il annonçait qu’il allait « être à l’offensive, car il se passe à [s]on sens quelque chose de très grave, ce mouvement “cancel culture”, qui vient des États-Unis ».

    Il dénonçait une « justice des réseaux sociaux ».


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