• Jean-François Pellissier :

    "La France Insoumise ne peut pas être le creuset unique pour rassembler la gauche"

    A Visionner ici sur le site de Regards >>>>>


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  • Ensemble !, le mouvement de Clémentine Autain,

    ne rejoint pas La France insoumise

    16 Octobre 2017

    Consultés, les membres du mouvement auquel appartiennent les députées Clémentine Autain et Caroline Fiat ont refusé la fusion totale avec le celui de Jean-Luc Mélenchon.

    Le Figaro A Lire ici >>>>>


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  • Ensemble !

    Idées et Réflexions

    « Politique », « mouvement social »

    et « leadership »

     

    Lorsque dans son meeting du 23 septembre, Jean-Luc Mélenchon avait appelé les organisations syndicales à « prendre la tête » d'un large mouvement contre les ordonnances et plus généralement la politique du gouvernement, cela pouvait être compris comme une inflexion, partiellement juste, de son attitude antérieure.

    Juste en ce que cela pouvait exprimer une renonciation à exercer seul le « leadership » de l'opposition. Mais seulement partiellement en ce qu'il s'agirait d'inverser une hiérarchie au lieu de l'abolir. Militant-e-s politiques et syndicalistes n'ont pas à prendre les un-e-s la tête des autres, mais travailler à un front commun, qui relève à la fois des deux champs d'intervention, dont la séparation est en elle-même un problème.

    Mais voici que Jean-Luc Mélenchon précise sa pensée en analysant les suites de sa proposition :

    « Je fais le point sur cette étrange semaine. Est-ce celle où nous avons perdu une bataille sur le Code du travail si mal conduite ? »

    Rien n'interdit à qui que ce soit de contester la manière dont le mouvement syndical organise son combat ; en soi, le fait de trouver que cela a été mal fait est un point de vue légitime, sujet à discussions. Bien des syndicalistes partagent ce point de vue ; d'autres non. Rien n’interdit non plus de porter un jugement négatif, ou pessimiste, sur l’état des luttes sociales. Mais si cette contestation peut être un élément du débat public, il est précisément délicat de l'exprimer dans ces termes et de cette place, réintroduisant l'idée d'un jugement porté de l'extérieur.

    Jean-Luc Mélenchon explicite la relation entre ce jugement et ses déclarations du 23 :

    « J’avais dit que nous demandions aux syndicats de prendre l’initiative et que nous nous placerions à leur suite... Bref, nous avons passé la main de la conduite du combat pour faciliter son déroulement et surtout son élargissement. La suite a été bien décevante. Car de ce leadership, que sort-il ? Fort peu. À vrai dire : rien. »

    Le « leadership » ici évoqué n'est pas celui qui existerait au sein du mouvement syndical : ce n'est pas lui qui est critiqué. Il est celui qui existerait au sein de l'opposition, la question étant de savoir si cela doit être La France Insoumise ou le mouvement syndical – et cette question est mal posée. La formule « nous avons passé la main » indique le problème, et la suite du propos indique que ce n'était pas une solution. S'agissant des choix du mouvement syndical – qui n'a pas à « prendre la tête » d'une opposition politique au gouvernement, mais doit assumer le fait qu'il en participe – il est déterminé par ses militant-e-s, par ailleurs investi-e-s ou non dans divers mouvements « politiques ». C'est là tout un travail militant, politique et idéologique, qui ne se laisse pas résumer à la question d savoir « qui a la main ». Il ne saurait s'agir de décider « qui est le chef », « qui dirige l'opposition », mais bien de travailler à la convergence des luttes, qu'elles soient syndicales, associatives ou à visées électorales.

    Cela ne peut pas, si l'objectif est de constituer un bloc d'opposition au pouvoir, passer par une opposition entre « politique » et « social » se renvoyant la balle ou se disputant le « leadership ». Et qualifier de « vieux monde » le mouvement syndical pris dans son ensemble (ou dans certaines de ses composantes historiques), caractérisé comme « corps intermédiaires », est même sans doute le meilleur moyen de ne pas parvenir à cet objectif. C'est pourquoi est particulièrement problématique cette formule du « leader » de la France Insoumise :

    « De son côté, le groupe parlementaire « La France insoumise » continue ses rencontres bilatérales en vue d’une large action commune de tout le champ impliqué dans cette lutte. Il est clair que les confédérations CGT, FO et CFDT n’en veulent pas... Le « vieux monde » impuissant à vouloir et à changer quoi que ce soit, ce n’est peut-être pas qu’un thème politique. Les directions des corps intermédiaires peuvent-elles être autre chose que des rouages à l’intérieur d’une réalité qui fonctionne comme un bloc ? »

    La notion de « corps intermédiaires » ne devrait d'ailleurs pas être assumée. « intermédiaires » entre quoi et quoi ? Elle porte en elle-même l'affirmation de la séparation entre la politique et le reste de la société au lieu de tendre vers un regard nouveau sur ce qui est politique et ce qui ne le serait pas – contribuant même au corps défendant de qui retient cette notion à réduire la politique sur la politique institutionnelle, ce qu'illustre et confirme le rôle dévolu aux élu-e-s dans l'animation de la lutte politique.

    On sait que « toute lutte de classe est politique ». Il faut l'assumer, et affronter les situations contradictoires qui en résultent lorsque l'idéologie dominante en la matière dit l'inverse, qu'elle soit exprimée par des militant-e-s se disant « du mouvement social » ou se disant « politiques » (quand bien même ils et elles sont les deux à la fois...).

    Précision : il ne s'agit pas ici de jouer l'anti-Mélenchon de base : il est loin d'être le seul en cause ici, et la question qui nous est posée, en tant que mouvement politique est de faire avancer une autre conception.

     

    LL


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  • Ensemble !

    Notes sur le mouvement de riposte sociale et propositions

    1-      18 mois :

    Nous sommes bien sûr toujours dans le cadre de la résolution d’action adoptée au CN de septembre. Il faut d’abord rappeler que les rencontres de la semaine dernière entre Macron et les syndicats (assurance-chômage, étape N°2 de Macron après le Code), ainsi que la prestation télévisée de dimanche soir, doivent nous rappeler que si les journées de luttes ont démarré sur les ordonnances, nous avons bien affaire à un plan de 18 mois, annoncé en mai, de liquidation définitive des conquêtes sociales et populaires depuis plus d’un siècle : droits des salariés-es, sécurité sociale, retraites, statut fonction publique (ligne de mire), le tout dans un contexte austéritaire assumé par un président qui se veut un leader de l’Europe.  Ce plan de 18 mois n’est pas perçu ainsi dans le pays. Et dans l’action immédiate, notamment syndicale, on ne peut en général que répondre au coup par coup : il revient donc aux forces politiques de gauche opposées à Macron d’en prendre la mesure pour alerter le pays.

    2-      Un refus politique :

    les premières journées de luttes contre Macron (ordonnances) rappellent le contexte de 2016 quant aux ressorts de la mobilisation. Il s’agit du rassemblement des secteurs politisés du mouvement social et syndical large, et pas d’un enracinement de type gréviste. Les sondages (Harris) confirment cet aspect : une contestation politique. Il est très difficile aujourd’hui d’envisager quel secteur social pourra, seul ou avec d’autres, déclencher une grève reconductible qui puisse faire tache d’huile, ce qui bien sûr serait à la hauteur de l’attaque. Ce marquage « politique » de la contestation, très peu de temps après l’élection présidentielle, explique aussi le déphasage important des bureaucraties syndicales, qui jouent leur place dans le système socio-politique, et les concurrences de leadership face au nouveau pouvoir.  Mais contradictoirement, le marquage politique entraine aussi les équipes syndicales les plus conscientisées à faire bouger les lignes dans les organisations (FO), y compris à la CFDT où on peut penser qu’un certain renouvellement militant s’opère, même s’il n’est pas suffisant. Le ressort est : on veut nous broyer, on ne peut accepter cela.

    3-      Une accumulation potentiellement explosive politiquement.

    Il suffit d’additionner : Code du travail, étatisation assurance-chômage, liquidation du salaire socialisé, affichage public renforcé de la catégorie des « pauvres ou des plus démunis qu’on aide » au détriment des travailleurs-euses collectivement organisés,  mépris du syndicalisme, retraites pas points, collectivités territoriales mises sous tutelle étatique et sans ressources, licenciements des contrats aidés, baisse de l’ASL, fiscalité pro-riches ou « premiers de cordées », fabrication de multinationales industrielles en Europe contre la concurrence mondiale…Cela fait beaucoup en peu de temps. On ne peut donc exclure un facteur « goutte d’eau qui fait déborder », mais c’est imprévisible.

    4-      Unité encore trop peu lisible.

    La mobilisation des équipes les plus politisées du réseau syndical large dessine un progrès possible de l’unité syndicale (10 octobre, tentatives pour novembre), mais un progrès qui reste peu lisible à ce stade, se traduisant à court terme par un échec intersyndical et une journée du 19 octobre réduite au pôle CGT-Solidaires. Cette situation d’entre-deux attise des réflexes (qui peuvent être compréhensibles) d’auto-affirmation radicale traversant les organisations les plus combatives et prenant diverses formes d’expression : des secteurs CGT qui pensent en découdre seuls sans « dépendre » des autres, rhétorique d’interpellation du réseau Front social sans grand effet réel, tentative de Solidaires d’afficher une autonomie stratégique sans moyens suffisants.  Partout, il convient de défendre la nécessité impérieuse de l’unité d’action, du renforcement du syndicalisme, du refus de la division.

    5-      Convergence de gauche.

    Face aux boniments de Macron, une vraie convergence de gauche pour l’action, détachée de tout enjeu électoral, aurait un effet décapant dans le brouillard idéologique qui domine depuis la séquence électorale.  Son apparition sur la scène politique nationale changerait la donne, constituerait une aide aux luttes sociales, tout en facilitant ce que nous cherchons stratégiquement : un front social et politique. Il est normal que les forces politiques prennent des initiatives, comme la manifestation du 23 septembre, en plus du soutien aux luttes. Mais elles ne peuvent entrer en dialogue constructif avec le monde syndical, que si elles sont elles-mêmes unies. Le syndicalisme ne peut pas soutenir une seule force politique- ce temps est révolu. Il a besoin impérativement du pluralisme pour entrer en convergence éventuelle, sans mettre en danger sa propre unité déjà fragile. C’est pourquoi l’affichage d’initiatives politiques unitaires est absolument nécessaire, sous la forme de tracts, de déclarations, de meeting, de soutien concerté aux mobilisations. Le NPA a suggéré un meeting le soir d’une journée syndicale, ce qui n’est pas une bonne idée de date. Mais un meeting « politique » : EELV, Ensemble, FI, NPA, PCF, PG, aurait un grand retentissement. C’est très exactement ce qui est en train de se faire à Toulouse ! (voir fichier ci-dessous). Par ailleurs, tracer un lien politique permanent entre secteurs sociaux, citoyens et politiques peut aussi prendre la forme de votations citoyennes de masse (ou autres formes de ce type).

    6-      Alternative de société.

    Il convient aussi de travailler à faire apparaitre des projets alternatifs : à propos du travail, de la sécurité sociale, du Code et des législations. Cela pourrait être un des rôles du Collectif « Pour nos droits sociaux », en lien avec des chercheurs, les réponses syndicales, celles des politiques, etc.

    17 Octobre 2017

    Ensemble !  Notes sur le mouvement de riposte sociale et propositions :


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  • [Collectifnat] Déclaration politique de "Ensemble!"
     

    Déclaration

    à l'issue de la consultation d'Ensemble

    adoptée par le Collectif National

    des 14 et 15 octobre

     

    Bonjour,

      

    Déclaration

    à l'issue de la consultation d'Ensemble

    adoptée par le Collectif National des 14 et 15 octobre

     

    « Ensemble! » vient de clore sa consultation interne autour d'un texte d'orientation commun et de trois options concernant ses rapports avec La France Insoumise.

     

    Chaque position a été soumise au vote de façon indépendante.

    Ce qui permettait l'expression de votes différenciés,

    y compris en faveur de plusieurs positions

    (d'où le fait que le total des pourcentages dépasse les 100%).

     

    ° La position n°1 obtient un score autour de 47 %
    ° La position n°2 obtient un score autour de 45 %
    ° La position n°3 obtient un score autour de 16 %

     

    Les textes des différentes positions sont disponibles ici :

    https://www.ensemble-fdg.org/content/textes-pour-la-consultation-des-col...

     

    Les règles de fonctionnement du mouvement prévoient que ce dernier est engagé si une position atteint les deux tiers des voix.

     

    Aucune proposition n'atteint cette majorité qualifiée. Ce qui ne permet pas de dégager une position officielle du mouvement.

     

    « Ensemble! », mouvement politique indépendant,  poursuit son action et sa réflexion sur la situation politique et sur les perspectives politiques à défendre.

     

    Les membres d' « Ensemble! » qui participent collectivement à la France Insoumise définiront les formes et objectifs de leur investissement.

     

    « Ensemble! » en tant que mouvement va redéfinir son fonctionnement pour assumer les nouvelles conditions de son intervention marquée par les choix différents de ses membres.

     

    Cette discussion va se poursuivre au cours de la prochaine Université d'automne du mouvement (du 28 au 31 octobre, à La Colle-sur-Loup) et dans la perspective de son Assemblée générale qui se tiendra à Nanterre les 2 et 3 décembre prochains.

     

    Le lien :
    www.ensemble-fdg.org/content/declaration-lissue-de-la-consultation-densemble-adoptee-par-le-collectif-national-des-14-et  

     


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  • Ensemble 80 ! Somme

    Pourquoi nous soutenons

    Assa Traoré, Sonia Nour et Zoé Desbureaux

    En quelques jours, le député François Ruffin, dont Ensemble !80 a soutenu la candidature, a pris deux positions politiques que nous désapprouvons. Si ces deux « affaires », celle d’Assa Traoré et celle de Sonia Nour et Zoé Desbureaux, semblent disjointes, elles relèvent pourtant pour nous toutes deux de combats au cœur de notre projet politique : l’antiracisme et le féminisme. Deux sujets qui nous semblent trop peu pris en compte par notre député.

    A Lire ici >>>>>


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  • Clémentine Autain

    « Le mouvement ouvrier, bien essoufflé,

    a besoin de se réinventer »

    Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
    Mardi, 10 Octobre, 2017
    L'Humanité

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  • Ouh là là, comme ils sont énervés tous les partisans de NDDL !

    Françoise Verchère, co-présidente du CéDpa, répond à certaines attaques

    A lire sur le site d'Ensemble ! >>>>>


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  • Le Débat dans Ensemble ! Octobre 2017

    Assumer nos désaccords

    dans une organisation vivante et démocratique

    Jean-Claude Mamet

     

    Nous avons un débat très clivé, mais, avec d’autres, je pense qu’il faut tout faire pour que cela ne dérape pas vers une cassure irrémédiable. Ici je tente de reprendre le débat en affrontant nos bilans collectifs, comme la contribution de François Coustal l’avait initié.

    Etre là où ça bouge : oui

    Etre là où ça bouge. Normalement, cela fait partie en effet de nos réflexes: ne pas avoir peur du neuf et du mouvement. C’est par exemple comme cela que nous avons tous et toutes réagi pour Nuit Debout, mouvement déroutant. On peut penser que Nuit Debout et FI n’ont rien à voir l’un avec l’autre, et c’est vrai. A Nuit Debout, le champ politique était très largement ignoré, voire boycotté : seule une petite partie s’y intéressait. Mais il y a quelques similitudes : Nuit Debout est un jaillissement socio-politique, limité mais réel. Il y a des aspects de cela dans les groupes d’appui de FI, c’est certain. Donc, s’intéresser à des groupes politico-citoyens qui militent, qui veulent agir, même confusément, oui, c’est dans nos gènes.

    Je comprends donc que des camarades pensent qu’il ne faut pas « louper » cela. Ils estiment que c’est ce qui s’est passé, et j’entends cela. J’avais (pas tout seul !) le même raisonnement en 2009 quand il s’est agi de faire campagne avec le Front de gauche naissant pour les élections européennes : « on » s’est battu dans le NPA pour ne pas louper cela. Et on a ensuite pris le risque de se séparer du NPA, à des moments différents.

    Pourtant fin 2008 et début 2009, le NPA était un vrai « succès », il captait lui aussi une énergie socio-politique nouvelle, parfois très neuve. On me disait d’ailleurs : tu en es ou pas ? (Samy).  C’était un déchirement ! Car malgré ce «neuf », le NPA s’était constitué centralement sur un pluralisme volontairement autolimité à la sphère d’extrême-gauche classique, en refusant toute idée de rassemblement du périmètre antilibéral victorieux au référendum de 2005 sur l’Europe. De ce fait, il ne pouvait pas répondre à la situation dans son ampleur, comme on l’a vu ensuite, même si l’idéologie du NPA propageait l’idée qu’il pouvait faire, qu’il fallait oser (et cela était souvent compris comme : pouvait tout faire seul, y compris quasiment sur le plan social), et aussi qu’il n’y avait rien de sérieux entre lui et la direction du PS (discours oraux). On connait la suite sur l’évolution du NPA, même s’il y a encore un potentiel en son sein.

    Les frontières du combat sont mouvantes

    Samy Johsua pose la question : peut-on agir en front commun avec les socio-libéraux ? Non bien sûr. On peut parfois faire des alliances ponctuelles (y compris avec des droites démocratiques !), mais pas de front stable.  D’ailleurs, c’est réciproque : le SPD a toujours dit qu’il ne s’allierait pas avec Dis Linke, préférant « la grande alliance » libérale, dont il paye le prix. Mais les socio-libéraux peuvent être tiraillés parfois entre deux soucis : ou bien continuer à exister, donc gouverner, et si c’est nécessaire, accepter un compromis avec les vraies gauches, c’est l’exemple du Portugal (nul ne sait jusqu’où cela ira). Ou bien se suicider comme parti dans le libéralisme à tout crin : aller chez Macron, ou encore l’Italie (voir le livre de Christophe Aguiton).

      Il ne peut y avoir de front commun durable qu’avec les courants et forces qui résistent, qui se battent, même avec de la bouillie (croit-on) sur le plan des idées. Mais le propre de l’action politique (du front unique moderne), et des changements de conjoncture, c’est de faire bouger les lignes, et de voir que les frontières habituelles sont mouvantes. Mais quand des alliances pragmatiques, des convergences de fait, semblent ou deviennent durables, répétées, consolidées, alors il devient possible de les transformer en force politique de combat. Pas encore en parti, mais en front, alliance, mouvement, plein de contradictions certes, mais utile pour faire bouger les rapports de force.

    Ainsi, il fallait être au Front de gauche, qui permettait dans son « statut » l’entrée à égalité de toute composante nouvelle, au plus haut niveau de décision (coordination). En réalité, cette égalité n’existait pas, on le sait. Le PCF faisait du Front de gauche un paravent protecteur, potentiellement ouvert sur le monde, mais construit de telle sorte que cela ne le mette pas en danger comme parti. C’est la différence fondamentale avec le réseau des collectifs antilibéraux de 2005-décembre 2006, qui mettait le PCF en déséquilibre. Au départ, le PG a également épousé cette vision : il ne goûtait que très peu le seul espace du Front de gauche ouvert aux « inorganisés » et aux « personnalités » (le Conseil national, mise en place à l’automne 2011). Nous n’avons donc pas réussi à installer un rapport des forces qui dépasse cette situation : il y a là une plage de débat nécessaire entre nous et publiquement (vis-à-vis du PCF notamment). Mais le choix de JL Mélenchon a été à partir de 2015, de déconstruire le Front de gauche comme lieu pluraliste, et il a réussi, au profit d’un mouvement qu’il contrôle seul. Mais la société s’est mise à bouger en 2016 : le mouvement socio-politique de 2016, porteur à lui seul d’une dimension politique, critique frontale du quinquennat de Hollande. 

    Les mouvements de 2016 ont donc provoqué un craquement profond dans la mouvance socialiste (après celui de 2005, qui finira par donner le PG en 2008).  2016 a été suffisamment subversif pour miner le cœur de la stratégie socio-libérale osant se dire de gauche (exécutif et direction PS). C’est Macron (et Valls !) qui en a tiré la conclusion stratégique et politique : abandonner les veilles chemises. Mais cette situation ouvrait à gauche un espace politique anti-libéral très large, et notre rôle était de tenter de le rassembler en respectant son pluralisme constitutif. C’est pourquoi il était nécessaire, prenant appui sur le mouvement socio-politique de 2016, de tenter d’en construire une expression politique synthétique, qui ne soit pas le prolongement naturel et linéaire du mouvement de 2016 (Podemos n’est pas le « produit » des Indignés, mais la force dérivée de ce mouvement, ce qui implique une action politique pour y parvenir), mais qui en exprime l’énergie plurielle et décapante. Mais tout cela s’est produit alors que les réseaux militants, ceux du Front de gauche, ou bien d’autres, sont souvent pétrifiés ou en partie usés par des défaites de tous ordres, ou par le côté terrifiant du monde, et que les avancées dans la convergence entre le social et le politique ne progressent pas à la hauteur de la situation (blocages internes aux syndicats, tentation forte de retour sur l’autonomie du mouvement social, etc). Peut-être que dans ce cadre (autocritique ?), nous n’avons pas été suffisamment offensif dans l’Appel des 100 par exemple, pour exploiter davantage le fait que cet appel n’a émergé que parce que des syndicalistes l’ont voulu au départ, en plein mouvement social naissant (mars 2016), mais avec des difficultés d’inerties dans leurs organisations (et je ne parle pas du fait que ni Ensemble- ni le PCF, ni EELV- n’ont repris ce travail, et qu’on préfère le vivre comme un « échec », alors qu’on n’y croyait pas comme projet).

    C’est pourquoi, lorsque JL Mélenchon a lancé son propre projet en février 2017 (muri depuis longtemps avec le logiciel de Laclau/Mouffe traduit en français), je n’ai pas personnellement pensé qu’il allait se planter. Le système de Laclau a une efficace propre indéniable, et on n’est pas obligé de se dire « populiste » pour l’appliquer. J’ai même écrit que JLM répondait à « l’esprit du temps », après les milliers d’espoirs déçus, à savoir : quelqu’un de charismatique qui avance sans trembler en disant : c’est moi la solution. Quand Hamon a gagné la primaire, je n’ai pas du tout défendu dans l’appel des 100 que JLM devait se retirer (cette idée a bien existé, de même que l’inverse ensuite, mais minoritaires), mais que la situation amplifiait le débat sur une candidature de rassemblement à la hauteur des exigences de 2016. Or, après janvier 2017, JLM et Hamon ont très bien senti que c’était cela qui était posé (cf : leur jeu médiatique). Mais Hamon ne pouvait pas résoudre l’équation en restant amarré à l’appareil du PS, c’est évident (le CN d’Ensemble l’avait dit). Son potentiel a donc été transvasé pour JLM et Hamon a perdu.

    Plus généralement, je pense d’ailleurs que le « moment favorable » pour les secteurs critiques du PS débutait dès la loi Macron de fin 2014, moment non saisi (sauf la production d’un premier 49-3) au profit du choix « interne » d’aller au congrès du PS de juin 2015, plutôt qu’afficher d’abord sur la scène politique un projet de bloc rassembleur centré sur l’action (et sans forcément claquer la porte du PS immédiatement). Et cela au moment même où Ensemble travaillait aux Chantiers de l’Espoir.  Bien sûr en 2016, le ratage de la motion de censure a encore amplifié l’idée que les secteurs critiques PS ne faisaient que des demis pas en avant.

     

    Le pluralisme de gauche est une leçon stratégique du 20ème siècle

    Défendre le pluralisme du mouvement contre la pensée unique ossifiée nous est certes commun, tout le monde le dit.  Mais cela ne doit pas rester une rhétorique oubliée au profit de raccourcis ou de « coups politiques » dont on peut croire qu’ils nous font faire un bond en avant. Un bond en avant apparent ou momentané (NPA 2008) peut cacher un recul plus grave s’il n’est pas inscrit clairement dans une stratégie de rassemblement qui inclut à chaque pas les évolutions et les « bougés ».

    Charles Michaloux et François Sabado écrivent dans Contretemps N° 34, à propos du réexamen d’octobre 1917 : « Les circonstances ont joué, mais les bolchéviks n’ont pas eu pendant toute cette période une politique visant à construire des coalitions […] ». Or, « la question des alliances ou de coalitions gouvernementales s’est posée dès la prise du pouvoir ». Tout cela me semble très juste, mais on mesure mal sans doute ce que veut dire écrire cela aujourd’hui, alors que beaucoup d’entre nous ont été « formés » longtemps à une conception davantage centrée sur « la ligne juste au moment décisif », incarnée par un seul parti, voire un seul homme.  Certes, on a beaucoup évolué depuis longtemps, mais...quelque chose est resté.

    On peut lire aussi avec profit le bouquin de Christophe Aguiton sur la « Gauche du 21ème siècle » à ce sujet (même si j’ai des désaccords), notamment sa partie conclusive. Critiquant les théories de Laclau, il explique : « Le choix binaire ne correspond pas aux aspirations des mouvements sociaux les plus récents où domine l’horizontalité et l’implication directe des acteurs ». Il propose donc une « troisième option », « une stratégie d’alliance », qui inclut la part traditionnelle du mouvement ouvrier et de la gauche, avec d’autres secteurs en mouvements (immigrés, jeunes de la génération Nuit Debout). Il déplore à juste titre que les forums sociaux n’aient pas permis « d’unifier les différentes positions des mouvements sociaux et forces politiques de gauche ». Bref, cette troisième option, vraiment « jeune » (puisqu’il faut être jeune !), vraiment nouvelle, ce serait selon moi, la définition d’une stratégie politique alliant l’ancien et le neuf sur le plan sociologique, mais surtout le social et le politique pour en accroitre l’effet subversif contre le néo-libéralisme qui a une vision aride du monde.

    Ce qui se passe dans l’Etat espagnol est par ailleurs nouveau. Podemos est en train d’évoluer d’une « guerre de mouvement » (gagner seul en quelques mois) vers une « guerre de position » et de recherche de coalitions, pour la Catalogne comme peut-être pour la société tout entière (ce qui d’ailleurs comporte des risques aussi, notamment coté PSOE). Viser une nouvelle constituante, c’est d’ailleurs par définition viser la pluralité des mouvements, idées, partis.

    Et cela pose aussi la question de la stratégie pour l’Europe et donc pour 2019. Plus on monte sur la scène plurinationale, donc par exemple européenne, plus on s’éloigne des contextes nationaux stricts, plus la nécessité d’associer et d’intégrer des visions différentes mais confluentes, se fait sentir.

     

    Conclusion : la question stratégique n’est pas réduite à FI ou pas FI, mais rassemblement pluraliste ou pas, et de gauche, comme visée constitutive. On peut donc participer à FI, à Front commun, à l’Appel des 100, aux tentatives pour reconstruire des assemblées citoyennes, pour articuler les hybridations de l’invention politique par les luttes et par les partis. Le débat stratégique commence sur le but, pas uniquement sur les lieux différents de notre action. Restons ensemble.


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  • Communiqué de Ensemble!

    Pour une votation citoyenne sur la loi Macron.

     
     

    La mobilisation sociale qui s’est enclenchée contre les ordonnances sur le Code du travail à la rentrée agit comme un puissant révélateur de la réalité de la politique régressive que veut imposer Emmanuel Macron.

    Le Président de la République cherche à empêcher le débat démocratique sur un bouleversement de l’ordre social du pays et la remise en cause de conquêtes sociales majeures.

     


    La réussite des journées de mobilisation syndicale et des 12 et 21 septembre, de la marche initiée par France Insoumise le 23 septembre, tout comme les mouvements de grève et de protestation – comme celui des chauffeurs routiers – témoignent des potentialités de mobilisation qui existent.

    Il y a une recherche de convergences en cours entre secteurs en luttes, forces sociales et politiques, dans le respect de la spécificité de chacun.

    Il faut chercher à développer toutes les initiatives populaires et citoyennes pour empêcher ce projet d’aboutir.

     


    L’organisation d’une votation citoyenne, qui pourrait avoir lieu avant le passage des ordonnances au Parlement prévue le 20 novembre, pourrait être un levier supplémentaire pour permettre à la contestation du projet d’Emmanuel Macron de s’exprimer et de se renforcer, montrant ainsi le refus des ordonnances par la population.


    Cette initiative pourrait s’organiser au plus près des citoyens, dans chaque commune, chaque quartier, chaque université et constituerait un moyen de mettre en débat les enjeux de cette réforme auprès des citoyens.

    Elle permettrait aussi de lier ensemble toutes les luttes en cours, dans une mobilisation démocratique tournée contre l’autoritarisme du pouvoir.

     


    « Ensemble! » soumet cette proposition au débat avec les forces associatives, syndicales, politiques engagées dans la mobilisation contre la loi travail XXL.


    Le 3 octobre 2017.

     

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