• Interview du docteur Gérard Chaouat,

    immunologiste, chercheur CNRS.

     

    Bonjour, peux-tu d’abord brièvement te présenter ?
    Je suis immunologiste, chercheur CNRS dans une unité INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en milieu hospitalier, retraité depuis 2009 mais directeur de recherches émérite, et, à ce titre, en temps normal, je vais tous les jours à mon labo.

    Commençons par le commencement : CoVid ?
    C’est un « nouveau » virus, pour l’homme en tout cas, puisqu’il était présent depuis longtemps chez le pangolin et la chauve-souris (la transmission vient plus probablement d’elle). La séquence du génome l’a démontré. Il n’est nul besoin d’imaginer un complot de l’armée US ou des laboratoires chinois. Des transmissions de ce genre se sont déjà produites : Ebola, le Sida où là encore les théories du complot ont surgi alors que les équipes de Pasteur en France et au Cameroun (entre autres) ont démontré le rôle des chimpanzés et/ou du singe vert. C’est un virus « émergent », comme l’a été en son temps (2002-2003) le SARS-CoV-1, responsable du SRAS, lui aussi un coronavirus. Ils appartiennent à la même famille, qui n’a rien a voir avec les virus de la grippe, mais ce coronavirus là est nettement plus contagieux que le SARS-CoV-1.

    Tu parles de virus émergents. Était-ce « prévisible » ?
    Oui, et je renvoie d’ailleurs à l’excellent article du Monde diplomatique de mars1. La multiplication des épidémies et pandémies à intervalles de plus en plus rapprochés est pour beaucoup d’éco-scientifiques liée à la mondialisation : transports aériens (qui nous mènent en quelques heures là où les caravelles prenaient des semaines) et réseaux routiers « désenclavant » les petits villages auparavant isolés – ce qui limitait la propagation – se surimposant à l’envahissement/destruction d’écosystèmes à des fins mercantiles, provoquant inévitablement la « confrontation » de l’homme à des virus avec lesquels il n’a eu aucun contact récent. Dans notre cas, la survenue d’une nouvelle épidémie à SARS était inévitable. D’où l’existence de réseaux d’alerte.

    Mais était-ce prévisible, donc pouvait-on avoir une action préventive ?
    Il est difficile de dire « oui » dans la mesure où les recherches ad hoc ont été stoppées avant d’aboutir. Un petit parallèle avec d’autres virus est utile. Pour la grippe, par exemple, on « prévoit » les mutations à venir, de sorte que l’on vaccine chaque année contre l’épidémie qui va survenir. Cela n’exclut pas une mutation inattendue. Ça a été le cas du H1N1 (2009-2010), mais l’existence d’équipes en alerte continue sur le sujet a permis de détenir très vite un vaccin, et de vacciner en masse. On sait que la mortalité en Europe et USA a été estimée au préalable de façon excessive, ce qui a nourri en 2010, et ensuite, les soupçons de collusion entre OMS et industrie pharmaceutique pour écouler une surproduction vaccinale.
    Là, pour les corona, c’est un peu l’inverse. La structure des virus corona permettait d’envisager un/des déterminant(s) antigénique(s) commun(s) permettant le projet d’un « pan vaccin » anti-corona. Un des meilleurs spécialistes français à ce sujet, Bruno Canard, mérite d’être cité longuement : « On venait alors de lancer de grands programmes de génomique structurale sur les virus pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus. Un projet européen lancé à cette fin à l’époque a été suivi d’autres programmes. L’irruption du SARS-CoV en 2003 a illustré la pertinence de cette démarche. Cela nous a conduits à décrire une première structure cristallographique dès 2004. […] Je pense qu’énormément de temps a été perdu entre 2003 et aujourd’hui pour trouver des médicaments. En 2006, l’intérêt pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. Nous avons alors eu du mal à financer nos recherches. L’Europe s’est dégagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Or, la science ne marche pas comme cela. Cela prend du temps et de la réflexion. […] J’ai pensé à tous les projets ANR (Agence nationale de la recherche) que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés. J’ai pensé à ce projet ANR franco-allemand, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de le redéposer tel quel un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits. »2

    Tu veux dire que des projets de recherche sur des « pan vaccins » existaient et qu’ils n’ont pas été financés ?
    Oui. D’abord, ça prend du temps de rédiger des projets et de les soumettre pour ne pas survivre qu’avec de maigres projets récurrents. Ensuite, il faut attendre et, en France, les projets retenus par l’Agence nationale de la recherche ne sont qu’une fraction des projets soumis, et c’est la même chose au niveau européen.
    De plus, ces projets sont soumis en réponse le plus souvent à des « appels d’offres » qui correspondent aux sujets « en pointe », « prioritaires », à la mode ou « susceptibles de débouchés importants »… On voit ici, je vais y revenir, le danger de collusion public-privé…

    Tu veux dire que les établissements français de recherche ne sont plus subventionnés comme « avant » ?
    Oui. Quand j’ai démarré la recherche je fonctionnais très bien avec les seuls crédits d’État récurrents (normalement reconduits d’année en année). Puis sont apparus, à la fin des années 1970, les « actions thématiques programmées ». Mais elles représentaient une « cerise sur le gâteau ».
    La situation s’est vite dégradée sous Chirac, puis Sarkozy et Hollande. D’abord, les crédits récurrents – hors grands instruments et programmes spatiaux – ont été rognés systématiquement, en dépit des promesses d’atteindre le niveau, défini par l’Europe, de 2 puis 3 % du PIB… Actuellement, un labo INSERM – favorisé par rapport au CNRS – ne fonctionne qu’à 25-30 % sur crédits récurrents, 15 à 20 % pour le CNRS. Puis sont venus les financements « privés », qui certes (ARC, LNFCC pour le cancer, legs à Pasteur ou à Curie) existaient déjà, mais une nouvelle ampleur a été donnée par Téléthon et Sidaction (« La recherche ne doit pas vivre de quêtes » reste un slogan d’actualité). Puis les fameux projets ANR.

    Tu parais très critique sur la recherche sur projets…
    Soyons clairs : jamais au Wellcome Research Institute ni au NIH (Bethesda, près de Washington, USA) on ne m’a demandé dans les années 1973-1974 puis 1980-1981 mon projet comme « exchange fellow » puis « visiting scientist », ni à mon retour sous Mitterrand et même Chirac au début. J’avais, attention – comme on l’a encore – une évaluation annuelle sur « rapport d’activité », et le labo était évalué tous les quatre ans, avec dépôt d’un nouveau projet pour reconduction ou fermeture. La recherche en réponse sur projets change tout. Hors thématiques que l’on ne peut abandonner (la recherche sur le Sida en est un exemple), ça donne beaucoup de définitions programmatiques par des technocrates… Or, comme disaient les manifestants au temps de « Sauver la Recherche », sous Fillon, « l’ampoule électrique n’a pas été inventée en faisant des programmes sur la prolongation de la vie et l’amélioration de la luminosité de la bougie ». Puis sont venues les fausses déclarations sur les budgets en augmentation, et en parallèle les coupes de postes… et l’arrivée des ­partenariats public-privé.

    Le privé joue un rôle ?
    Eh oui ! Merci Jospin, merci Allègre (et aussi Geismar), et la loi innovation recherche qui permet de créer des start-up à côté de son labo, mais aussi le crédit impôt recherche, don de milliards d’euros au privé sans retour vérifié, Cour des comptes dixit. Dans un certain nombre de cas, start-up et grosses boîtes pharmaceutiques deviennent de fait co-directeurs du labo… public.

    Et les postes ?
    Alors là, cata absolue : chute des postes, développement de la précarisation – très net en biologie mais pas que là –, d’où les premières manifestations sous Fillon, et la manifestation récente des collectifs de laboratoires.
    Macron annonce une augmentation du budget recherche sur 10 ans…
    D’abord, le compte n’y est même pas, comme le souligne le communiqué du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS). Ensuite, on a l’habitude de ces annonces. Tant qu’il n y aura pas de vote sur ça au Parlement, je resterais plus que sceptique… Pour moi, ce qui compte, c’est la situation actuelle qui est quasi catastrophique…

    Alors, le virus ?
    Bon, on aurait pu sans doute avoir un vaccin et/ou des traitements prêts… Mais ça, c’est un investissement sur l’avenir. Pas toujours à fonds perdus, parfois oui. C’est comme les machines à amplification génique (PCR, Polymerase Chain Reaction) pour détecter le virus. En avoir un nombre apparemment surdimensionné aurait en fait permis un dépistage à large échelle et une stratégie à la coréenne. Alors, bon, comme dit Bruno Canard, des chercheurs vont être mobilisés en urgence sur un « crash program »… Trop peu, trop tard. Et là encore, avec œil du privé qui, depuis les années 1990, investit peu en vraie recherche, mais engrange les profits. Alors qu’on a refusé entre 2009 et 2019 d’investir dans des projets fondamentaux(j’ai pris Canard comme exemple, il y en a d’autres).
    La recherche, comme les infra­structures hospitalières, est un investissement sur l’avenir et le public, pas une « short run », à flux tendu, avec personnel précarisé, pour profits immédiats. Une politique, disons-le, et on le voit à chaque crise, criminelle.

    • 1. Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », le Monde diplomatique, mars 2020.
    • 2. « Face aux coronavirus, énormément de temps a été perdu pour trouver des médicaments », lemonde.fr, 29 février 2020.

    votre commentaire
  • À la Caissière de mon supermarché

    Clémentine Autain >>>>> 27 mars 2020


    votre commentaire
  • Ensemble ! Réflexions et Idées...

     

    Contre le sécuritaire retrouver des repères

     

     

    Le gouvernement vient de faire voter une loi sur l’état d’urgence sanitaire en complément des dispositions déjà intégrées dans le droit commun de l’état d’urgence précédent sur le terrorisme et aussi de dispositions sur le menaces sanitaires du code de la santé publique.

     

     

    Je laisserai ici de côté les aspects électoraux et les mesures économiques et sociales pour me concentrer sur la question des libertés publiques. Vous trouverez en annexe le texte de la loi avec le détail des mesures qui restreignent ces libertés.

     

     

    Ces dispositions se situent dans la droite ligne des lois sécuritaires qui se sont multipliées depuis les 2 quinquennats précédents au moins : elles passent sans beaucoup de débats publics, sans campagne d’opinion à la hauteur, du moins dans le champ médiatique : ils pensent que nous nous sommes habitués à cette logique sécuritaire.

     

     

    Depuis des années celle-ci n’est pas combattue de façon suffisamment importante sauf par les « droits l’hommistes professionnels » : la LDH, le SAF, Amnesty le SM et quelques autres. La gauche même dite radicale, le syndicalisme a trop peu relayé ce combat. Sans doute la complexité des dispositifs législatifs n’a permis que peu de débat : la déchéance de nationalité fut l’arbre (Hollande a d’ailleurs scié cette branche sur laquelle il pensait s’asseoir) qui a caché la forêt des mesures de l’état d’urgence. Pour beaucoup de dirigeants ce sujet n’est pas populaire et n’est pas susceptible de mobiliser. C’est oublier qu’il peut mobiliser des forces, des secteurs qui n’ont pas seuls les moyens de se mobiliser.

     

     

    Mais il faut aller plus loin. Un petit rappel : en 2005 le gouvernement a utilisé l’état d’urgence face aux jeunes des banlieues. La faible réaction de la gauche a laissé les minorités racisées se débrouiller seules. Beaucoup trop n’ont pas vu alors que ces procédures -créées en pleine guerre d’Algérie- induisaient une forme de maintien de l’ordre issue des pratiques coloniales. Les discriminations et l’héritage colonial sont loin d’être suffisamment pris en compte.

     

     

    C’est pendant les manifestations contre la loi travail puis surtout à l’occasion des gilets jaunes -où des dispositifs de guerre préventive prévus par la loi de 2017 ont été utilisés- que beaucoup se sont rendu compte que le sécuritaire ne concerne pas seulement les jeunes de banlieue, ou les personnes assignées à résidence pour sympathie avec le terrorisme.

     

     

    Aujourd’hui nous allons payer le prix du peu d’actions pendant la période de l’état d’urgence contre le terrorisme. En particulier sur les rétentions administratives – le confinement forcé aujourd’hui comme mesure individuelle : la jurisprudence du Conseil d’Etat a été très sensible aux arguments sécuritaires et a privilégié la sécurité sur le respect des droits. Nous devons affronter une jurisprudence bien établie faute d’une bataille d’opinion qui laissait tout pouvoir à l’administration « protectrice » : acceptation de motifs peu fondés (souvent sur la base de notes blanches de la DGSI) et illégalement réutilisés à chaque renouvellement. Préfets et ministres étaient crus sur parole alors que toute décision administrative doit pouvoir faire l’objet d’un débat public comme décision politique qui doit respecter le droit.

     

     

    Nous sommes plus désarmés encore que la fois précédente. Avec la crise sanitaire actuelle, il y a une telle demande de l’autorité de l’Etat que ça va être encore pire : celles et ceux qui sont prêts à faire fi des précautions méthodologiques, scientifiques et déontologiques sur l’usage d’un médicament participent à la construction d’une urgence qui appelle ou justifie des mesures d’exception. Cette « urgence sanitaire », cette « guerre contre le virus » permet précisément au gouvernement de remettre en cause des règles de droit et les droits fondamentaux. Nous devons nous distinguer du « toujours plus sécuritaire » de la droite fondé sur l’instrumentalisation des peurs.

     

    Dans la confusion idéologique où l’on applaudit n’importe qui pour peu qu’il soit anti-macron, il faut retrouver des boussoles et des valeurs, des repères stratégiques.

     

    Il ne suffit pas de s’en prendre à Macron et sa bande dont la responsabilité dans la gestion libérale de la crise est évidente : Il ne faut pas s’enfermer dans une critique et une concurrence politiciennes. Ce sont les politiques néolibérales de LR au PS qu’il faut mettre en cause. Non seulement la restriction budgétaire imposée au service public de santé mais aussi sa gestion comme une entreprise privée avec la prééminence comptable : cette gestion par objectifs a tué la notion même de santé publique au service de toutes et tous. Les gouvernements successifs ont donnés tous les pouvoirs à une haute administration dont les liens avec le privé se sont accrus  (pantouflage, adhésion aux idées néolibérales...) : ceci nous oblige à penser autrement le rapport à la prise du pouvoir d’Etat et rend urgente et crédibles des dynamiques d’auto organisation.

     

    La crise sanitaire avec le choc qu’elle représente ouvre une nouvelle ère et c’est de cela qu’il faut se servir pour changer les perspectives : toute une partie du mouvement populaire a gardé la solidarité pour objectif, l’anticapitalisme progresse face à l’incapacité néolibérale de faire face à la situation de toutes et tous.

     

    Encore faut-il dans la lutte contre ce gouvernement ne pas se tromper de cible : les discours purement moraux ou les dénonciations d’incompétence peuvent occulter les dimensions de classe. Il ne faudrait pas contribuer à alimenter l’idée d’un état tout puissant qui doit être efficace à n’importe quel prix pour défendre ses citoyen.nes. Dans le contexte il nous faut aussi nous battre contre la demande de plus d’Etat quand la demande pour plus de sécurité va être forte. A terme ce recours à un Etat « providence-protecteur » peut renforcer Macron, voire pire des solutions plus autoritaires : le sacrifice de la délibération démocratique peut se renforcer, accentuer la tendance vers un gouvernement oligarchique de « spécialistes ».

     

    Réaffirmer la démocratie aujourd’hui ce n’est pas seulement réinventer des réformes institutionnelles mais garantir les libertés : ces dernières font des citoyen.nes des acteurs de leur destin et non des sujets qui réclament au roi sa protection. Contrairement à une tradition de refus de la démocratie formelle et des libertés bourgeoises nous devons retrouver les principes des déclarations des droits, déclaration universelle et en tirer des objectifs politiques. Il est temps d’avoir un débat sur la place du droit dans une république autogestionnaire.

     

    Il faut revendiquer notre droit à participer démocratiquement à la lutte contre la crise sanitaire en discutant à chaque fois les motivations des actes limitant les libertés : sans se faire d’illusion sur les décisions des juridictions, il importe de faire entendre la voix des défenseur.es des libertés pour faire exister dans la société une autre culture. Créer aujourd’hui des observatoires de l’état d’urgence reprenant les démarches antérieures de vigilance citoyenne pourrait face à l a faiblesse du contrôle par les juges et du contrôle parlementaire esquisser les bases d’un contrôle citoyen sur les appareils d’État : partout où Ensemble est présent il fut s’adresser à tous nos partenaires. Il est évident que nous ne pouvons laisser de côté des dispositions sur le code du travail qui renforce le lien de subordination salariale et les maigres droits face au pouvoir absolu du Capital. Nous ne pouvons pas non plus oublier nos exigences d’avant contre la répression et les violences policières (en particulier des GJ) et nos revendication d’abrogation des lois sécuritaires ( et en particulier de celle intégrant dans le droit commun les dispositifs de l’état d’urgence précédent).

     

    Etienne Adam


    votre commentaire
  • Ils ne confineront pas notre colère !

    Clémentine Autain

    26 mars 2020

    Hier, la journée fut sinistre. Elle a commencé au son des 25 ordonnances du gouvernement. Du jamais vu depuis 1958, en pleine guerre d’Algérie. Elle s’est terminée au son lugubre d’un Président de la République qui se met en scène comme un chef de guerre, en espérant ainsi masquer le vide de son discours.

    J’ai beau les avoir lues et relues dans la journée, rien de rien sur les réquisitions d’entreprises, les nationalisations nécessaires. Pas le début d’un plan pour produire ce dont nous avons besoin comme matériels pour les hôpitaux et pour nous protéger collectivement – notamment celles et ceux qui travaillent dans des secteurs essentiels.

     

    Blog Clémentine Autain >>>>>


    votre commentaire
  • Questions au gouvernement,

    puisqu’elles sont restées sans réponse

    Par Clémentine Autain

     Il faut voir l’ambiance dans l’Assemblée nationale déserte, où seuls une poignée de députés et deux ou trois ministres siègent pour les questions au gouvernement… À un mètre au moins les uns des autres et sans partager les micros… Vigilance… Dans la salle des quatre colonnes qui grouille habituellement de journalistes et d’élus, seul BFM avait dépêché une équipe. Il est vrai que l’Assemblée fut un véritable foyer épidémique et que les mesures de confinement, les gestes barrière, doivent y être respectées. Je veux dire avec force combien la démocratie ne peut être engloutie dans le néant au nom de la crise sanitaire. Nous l’avons vu avec la loi sur les mesures d’état d’urgence sanitaire : les parlementaires, les oppositions doivent pouvoir exprimer leur point de vue. Nous avons argumenté et voté contre, et je vous invite à lire le point de vue tranché d’un avocat pénaliste qui nous alerte sur les dangers en termes de droits et libertés dans la durée

    ...

    Clémentine Autain >>>>>


    votre commentaire
  • Et si on avait une stratégie industrielle ?

    Pour faire face au coronavirus et répondre, dans la durée, aux besoins essentiels

    Les manquements frappent aujourd’hui là où nous avons alerté maintes fois.

    Comment est-il possible, à l’heure de la crise sanitaire, que nous n’ayons pas les moyens, dans la VIe puissance économique mondiale, de produire autant de masques, de gants ou de gel hydroalcoolique que de besoins ?

    ...

    Clémentine Autain >>>>>


    votre commentaire
  • « PLUS RIEN NE SERA COMME AVANT » ?

    Clémentine Autain Samedi 21 mars 2020

     

    Projet de loi sur les mesures d’urgence et stratégie du choc

     

    Peut-être, quelques instants devant un JT, parce que l’on ressent une profonde empathie avec la patrie tout entière, parce que les mots réconfortent quand la peur de la mort nous rassemble face à la crise sanitaire… alors, de façon fugace, nous nous sommes pris à rêver qu’Emmanuel Macron changerait de cap.

    Après tout, l’éloge de l’État providence, des services publics et de la solidarité aurait pu donner le sentiment que « plus rien ne serait comme avant », pour reprendre les termes du Président de la République lui-même.

    Il est vrai que l’épidémie met en lumière l’utilité impérieuse des services publics et la nécessité pour l’État de donner la priorité à la satisfaction des besoins humains.

     

    Hier, en commission à l’Assemblée nationale pour étudier le projet de loi relatif aux mesures d’urgence, la parenthèse est déjà refermée.

    Retour aux fondamentaux néolibéraux…

    Je ne discute pas le besoin du gouvernement de pouvoir agir très rapidement vu l’ampleur de la crise.

    C’est l’évidence, il faut un dispositif spécial permettant à l’État de prendre des dispositions particulières pour affronter la crise.

    Mais dans le projet de loi, on découvre de curieuses mesures.

    L’article 7 donne la possibilité au gouvernement de prendre des ordonnances en matière économique, financière et sociale.

    Et là, on tombe sur cette régression sociale de grande ampleur : possibilité de caler les RTT sur la période de confinement, en dérogeant aux délais de prévenance, d’en finir avec les 35 heures ou le repos dominical.

    Toute une série de modifications ou dérogations, en matière de procédures collectives, de prud’hommes ou de formation professionnelle sont inclues dans le champ de ces ordonnances.

    En clair : une nouvelle salve de remise en cause de conquêtes sociales est devant nous.

     

     

    Vous ne trouverez pas, en revanche, la possibilité pour l’État de contraindre des entreprises dont l’activité n’est pas essentielle à se mettre à l’arrêt si les conditions de protection sanitaire ne sont pas garanties.

    Amazone, Dunlop, Valeo et consorts peuvent dormir tranquille…

    D’autant que, je le rappelle, la ministre du travail les a encouragées.

    « J’en appelle au civisme des entreprises », a martelé Muriel Pénicaud, assurant être « scandalisée » de voir une antenne locale de la Capeb (syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment) inciter, par courrier, ses adhérents à ne pas aller travailler.

    Elle a bien enfoncé le clou :

    « Les entreprises qui sans avoir discuté et réfléchi avec leurs équipes, se retirent, sont défaitistes ».

    Oui, oui, vous avez bien lu, et elle a même encore insisté en ces termes :

    « quand un syndicat patronal dit aux entreprises “arrêtez d’aller bosser, arrêtez de faire vos chantiers”, ça c’est du défaitisme ».

    N’en jetez plus…

    Qu’il semble déjà si loin le temps – bref – où le sommet de l’État avait un mot à la bouche pour coacher ses troupes : HUMANITÉ !

    C’était après le vote indécent contre l’allongement des jours de congé pour les parents ayant perdu un enfant.

     

     

    Alors hier, avec mon panier repas entre deux séances de commission dans une Assemblée nationale déserte, j’ai pensé à « La stratégie du choc » de Naomi Klein.

    Après un traumatisme collectif, une attaque terroriste, une catastrophe naturelle ou… une crise sanitaire, nous sommes dans un état de choc propice à nous laisser guider par les leaders qui prétendent nous protéger.

    C’est en tout cas Milton Friedman, Prix Nobel d’économie et ardent théoricien de l’ultralibéralisme, qui a défendu cette théorie, conseillant aux hommes politiques d’appliquer un traitement de choc immédiatement après une crise douloureuse.

    Je me suis dit que le pouvoir en place pouvait, à l’occasion de la crise du coronavirus, tenter de mettre tout le monde au pas pour avancer un cran supplémentaire dans la marche dérégulée de l’économie et la mise en pièce des droits et protections.

    C’est une possibilité que l’on entrevoit clairement dans le projet de loi sur les mesures d’urgence.

     

     

    En outre, comme à chaque fois, la potion néolibérale s’accompagne d’une dose d’autoritarisme et de contrôle social accrue – on le sait depuis Thatcher.

    C’est ainsi que dans le projet de loi instaurant un état d’urgence sanitaire, on ne s’étonnera pas de trouver notamment un temps étrangement long d’application.

    En effet, l’état d’urgence prévu dans la loi du 3 avril 1955 consacre un recours à la loi dès 12 jours d’état d’urgence.

    Un décret institue l’état d’urgence puis il faut repasser devant le Parlement au bout de douze jours pour le prolonger si nécessaire.

    Là, le délai pour l’urgence sanitaire serait d’un mois.

    Et dans le cas de notre crise actuel, c’est même deux mois d’état d’urgence sanitaire prévu à partir du vote de cette loi.

    Le pouvoir de l’exécutif est consacré comme jamais.

    Rendez-vous compte que, même pendant la Première guerre mondiale, la séparation des pouvoirs entre législatif et exécutif n’a pas été abrogée.

     

    Tout cela peut sembler loin du drame que nous traversons.

    Nous comptons les morts, nous lisons les témoignages effroyables sur la situation dans les hôpitaux, nous connaissons la peur, l’isolement, la tristesse…

    Alors la protection des droits conquis ou la démocratie, a-t-on l’idée de s’en préoccuper ?

    Il le faut.

    Ayons conscience qu’un socle de droits élevés et des processus démocratiques, ce sont nos forces pour vaincre le virus, protéger les individus, remettre sur pied la société.

     

    Clémentine Autain


    votre commentaire
  • A la une du Blog : 25 Janvier 2015

    Communiqué d'Ensemble !

    20 Mars 2020

    Coronavirus :

    la mobilisation collective s’impose !

     
     

    L’épidémie de COVID-19 s’abat sur la société et dans le monde. Les gouvernements prennent des mesures drastiques, nécessaires mais parfois sans cohérence évidente, et parfois scandaleuses (Trump, Bolsonaro...).

     

    Emmanuel Macron a appelé à « l’union nationale ». Les exigences de sécurité collective sont en effet cruciales contre la diffusion de l’épidémie. Cela ne saurait être ni ignoré ni sous-estimé.

     

    Mais il ne faut pas laisser le gouvernement décider tout seul, du haut de son pouvoir.

    La vie démocratique doit être respectée. Le risque serait qu’au-delà des mesures indispensables de confinement, une pulsion autoritaire s’impose pour gouverner durablement.

     

    Le gouvernement ferme les établissements d’éducation nationale, mais ne dit pas comment protéger contre les inégalités criantes de condition de vie dans les logements ou d’accès aux cours par voie numérique.

    Il appelle à prioriser les soins liés au COVID-19, et à libérer des lits, alors que les personnels hospitaliers, notamment dans les urgences, alertent depuis des mois quant à l’impossibilité de faire face aux besoins de santé.

    Il appelle à la générosité envers les plus faibles alors qu’il a diminué les allocations chômage de 4 milliards d’euros.

    La loi retraite, qui menaçait de paupériser encore plus, est suspendue.

     

    Suspension de la réforme des retraites, de celle du chômage, des APL,…

    Ces mesures seraient seulement reportées ?!

    Non, elles doivent être annulées.

     


    Puisqu’il y a urgence sanitaire, sociale et économique, il faut un décret interdisant les licenciements. 

    Le paiement intégral des jours de chômage.

    Le droit au salaire maintenu à 100%.

    Le rétablissement total des CHSCT.

    Que tous ceux qui doivent travailler malgré tout puissent décider de la manière dont ils peuvent se protéger du virus et si ce n’est pas possible, d’arrêter la production. 

    Il faut mettre à l’abri les gens de la rue, les sans logis, les réfugiés, et rétablir pour ces derniers la couverture maladie, faire cesser immédiatement l'enfermement administratif des personnes étrangères, se préoccuper de protéger les femmes et les enfants victimes de violences, particulièrement vulnérables dans une situation de confinement...

     


    Pour assurer l’approvisionnement et la fabrication en urgence des produits nécessaires (masques, gels, vêtements, médicaments...), il faut certainement envisager la reconversion de certaines entreprises.

    Des embauches massives doivent être ouvertes dans les hôpitaux et les services publics.

     

    En aucun cas, les milliards d’euros déversés ne devront être remboursés plus tard par des compressions budgétaires, des impôts nouveaux ou une nouvelle austérité.

    Les multinationales doivent payer.

    Les cotisations sociales gelées devront être remboursées par les entreprises et les actionnaires.

     

    La Santé, c’est l’urgence absolue.

    Mais la préservation de la vie, c’est aussi la révolution écologique et sociale qui lui sont intrinsèquement liées, puisque nos dévastations ont des conséquences jusqu’ au coeur des micro-organismes. 

    Exigeons la relocalisation des productions essentielles à la vie.

    Agissons pour une agroécologie libérée de l’ »agrobusiness » qui imposent les prix et les rendements.

    Cessons de dévaster forêts, biodiversité et terres agricoles.

     

    Enfin, toute notre vie sociale est fortement interrogée.

    Pour échapper au désarroi, à l’angoisse et à l’enfermement , des initiatives de solidarité de proximité  sont prises et s’invente.

    C’est grâce à cette énergie collective solidaire que nous pourrons dans le futur proche forger d’autres relations entre nous, au monde et à la vie qui nous entoure et nous protège.

     

    L’Équipe d'Animation Nationale d'Ensemble!


    votre commentaire
  • Mais nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en pandémie. Et c’est déjà beaucoup. Et cela ne vous empêche pas d’être des criminel.les.

    Des capitalistes, d’État, à la recherche de la meilleure stratégie pour permettre les meilleurs profits pour votre capitalisme, d’État.

    Vous savez ce capitalisme qui privatise les profits et étatise les dépenses et les dettes. Vous comptez sur l’État pour protéger et aider les entreprises dans les moments difficiles. Et vous empochez les profits.

    Mais vous avez sans doute déjà arrêté de lire. Vous êtes ennuyé.e de me le dire car vous avez conservé un semblant de politesse bourgeoise. Je m’en fous de votre politesse bourgeoise.

    ...

    Ensemble Hérault >>>>>


    votre commentaire
  • Tract Ensemble ! Il faut changer d'antidote !

    20 Mars 2020


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique