• Le Kremlin riposte en imposant le paiement du gaz en roubles

    Le Kremlin riposte

    en imposant le paiement du gaz en roubles

     

    Vladimir Poutine dégaine l’arme monétaire, en réaction aux nombreuses sanctions des pays occidentaux. Il veut ainsi éviter l’effondrement de sa monnaie. L’Ukraine dénonce un acte de « guerre économique » et appelle au boycott du gaz russe.

     

    Publié le Vendredi 25 Mars 2022
     
     

    C’est l’autre guerre, celle qui s’installe sur le front économique. En réaction aux nombreuses sanctions des pays occidentaux, Poutine dégaine l’arme monétaire. Il exige désormais le paiement en roubles des livraisons de gaz à l’UE. Celle-ci est dépendante de Moscou à hauteur de 40 % de sa consommation.

     

    « J’ai pris la décision de mettre en œuvre un ensemble de mesures pour passer au paiement en roubles de notre gaz livré aux pays hostiles et de renoncer dans tous les règlements aux devises qui ont été compromises », a annoncé mercredi le président russe en précisant qu’il s’agit d’une réaction au gel de quelque 300 milliards de dollars de réserves russes par les Occidentaux.

     

    C’est « une décision historique. (…) Un pas vers la dédollarisation de notre économie », a salué Viatcheslav Volodine, le président de la Douma, la chambre basse du Parlement. La banque centrale et le gouvernement se doivent de mettre en place dans un délai d’une semaine un nouveau système « clair, transparent » et qui implique « l’acquisition de roubles sur le marché » russe des changes.

     

    La présidence ukrainienne a aussitôt réagi. Elle dénonce « une guerre économique » menée pour « renforcer le rouble » et insiste à nouveau pour un embargo pétrolier européen. En mars 2019, le géant gazier public russe Gazprom avait déjà réalisé sa première vente de gaz en roubles à une entreprise européenne. La mesure est à présent envisagée à grande échelle. Les pays qualifiés « d’hostiles » par Vladimir Poutine représentent 70 % des 63 milliards d’euros d’exportations de Gazprom. Jusque-là, 58 % des paiements se faisaient en euros et 39 % en dollars.

     

    Chute de l’euro et du dollar

     

    Gouvernements et opérateurs occidentaux, qui ne voyaient pas venir une telle riposte, ont été pris de court. Les acheteurs du gaz russe mettent sans surprise en avant les clauses contractuelles, lesquelles prévoient à l’avance la monnaie de paiement. L’Allemagne pointe une « rupture de contrat ». La Pologne refuse les paiements en roubles, l’Autriche décide d’en faire autant. Le ministère français de l’Économie dit évaluer l’impact potentiel d’une telle mesure.

     

    Le Kremlin est parvenu à agir sur les marchés de l’énergie et à freiner l’effondrement de sa monnaie en se substituant à la banque centrale, dont une partie des réserves a été gelée. Les cours de l’énergie ont en effet bondi. Le prix du gaz a augmenté de 34 % et s’est stabilisé à + 9 % en fin de journée. Le baril de pétrole a enregistré une hausse de 5 %, à 121 dollars (110 euros). Le cours du rouble est remonté de 7 % sur le marché des changes, tandis que l’euro et le dollar ont légèrement chuté.

     

    « Je veux insister sur le fait que la Russie va continuer à livrer son gaz aux prix et dans les volumes stipulés dans les contrats », a assuré Vladimir Poutine, précisant que seule la monnaie du paiement allait changer. Ce qui pourrait signifier une renégociation des contrats. Le recours au rouble permet tout compte fait à Moscou de contourner en partie les sanctions. L’hôte du Kremlin table pour ce faire sur la dépendance des pays européens au gaz russe. Sur ce terrain, le rapport de forces est, pour l’instant, en sa faveur.

     


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