Affrontons donc !
Affrontons donc !
La tribune « Affronter ensemble la tempête...»
indique bien que le débat stratégique est largement partagé,
dans Ensemble ! au moins.
Elle apporte des précisions utiles mais nécessiterait d’être clarifiée ou
explicitée sur quelques points que je vais évoquer ci dessous
qui n’épuisent pas ce qu’il faut débattre .
Bien sur, « l’heure n’est pas à aggraver les divisions et à faciliter
la dispersion des faibles forces qui sont les nôtres,
et plus généralement celles qui combattent pour l’émancipation. »
mais cette exigence n’est pas seulement liée de la caractérisation
générale des rapports de forces, une défensive qui rendrait obligatoire
d’éviter la dispersion ;
il est dans un des principes constitutifs d’Ensemble une organisation
politique où coexistaient des options stratégiques différentes
et dont l'existence reposait explicitement sur la reconnaissance
de ces différences et leur coexistence.
La relance du débat stratégique vise aussi à redonner sens
à ce principe en cernant consensus et dissensus.
Certes l’appréciation du rapport des forces se traduit
dans l’orientation pour l’action immédiate et dans la stratégie
si l’on considére qu’il s’agit de tendances lourdes de longue durée.
Les camarades ont raison de poser cette « question difficile »
sur laquelle nous avons trop peu d’échanges .
Par contre s’ils écrivent « la tendance dominante à l'échelle du monde
est régressive », ils nuancent aussitôt par une formule prudente
« Mais des contre-tendances existent et rien n'est joué
dans le rapport de forces global. » ce qui n’est pas très éloigné
de l’avertissement du texte « un débat... »
je cite: « La menace des Etats autoritaires est toujours là,
avec Trump, Modi, Erdogan, Bolsonaro… Mais des contre-tendances
existent et rien n'est joué dans le rapport de forces global. »
Y a t’il désaccord sur la période ?
Au delà, y a t’il désaccord sur les transformations du capitalisme,
sur les bouleversements auxquels nous avons à répondre ?
Nous en avions pointé dans la contribution initiale, le débat du CN
permettra de préciser comment continuer un débat là dessus.
En lisant « Affronter Ensemble.. »
on ne peut que se féliciter de voir un accord sur l’importance
du débat stratégique
mais les camarades semblent marquer leurs distances sur l’urgence
et l’utilité de ce débat en évoquant
« le thème illusoire, ou pour le moins contestable, que les déboires
que nous avons connus résulteraient du seul déficit « stratégique »
et qu'ils auraient pu être évités par un effort d'élaboration possible
et nécessaire auquel on aurait renoncé. »
Ceci me donne l’occasion de préciser : il n’a jamais été écrit
que le déficit était la source de tous les maux mais à largement
contribué aux dysfonctionnements dans l’action d’Ensemble !
Enfin nous avons bien renoncé à une démarche engagée avec le texte
« Emancipation » qui aurait pu nous fournir quelques outils
par la confrontation des cultures différentes et à mieux prendre
en compte « Certains événements sociaux et mobilisations ont
témoigné ces dernières années d'une créativité populaire :
Nuits debout, Gilets jaunes, marches pour le climat, contre le racisme,
en soutien aux migrants... » dans l’élaboration politique
de notre mouvement.
Sur ce bilan nous sommes en désaccord...
Apparemment aujourd’hui « la situation, tant générale que celle
spécifique d'Ensemble, invite à ouvrir ce chantier d'une élaboration
théorique de fond » mais aussi pour répondre à la demande de politique
« de personnes qui, sans forcément les rejeter, ne veulent pas
nécessairement passer par les forces existantes pour agir
politiquement ».
Cette dimension doit être prise en compte parce qu’elle ne l’a pas été
suffisamment jusqu’à présent .
Je ne peux qu’approuver la proposition suivante :
«l’organisation politique, indispensable comme vecteur de réflexion
et d'initiatives, se doit de nouer des collaborations
avec les nombreuses formes possibles de collectifs,
qu'ils soient éphémères ou durables,
et aussi avec le mouvement syndical. »
La nécessité d’une élaboration sur le projet de dépassement
du capitalisme est réaffirmée pour passer de l’opposition
à l’alternative au capitalisme
« Au sens où l'était (ou prétendait l'être) le socialisme/communisme
du mouvement ouvrier aux XIXe et XXe siècles, projets synthétiques
qui, malgré leurs graves déformations, dérives ou erreurs tragiques,
offraient un horizon d’espérance. ».
C’est cet horizon qui pourrait permettre de proposer de vraies
alternatives au confinement macronien et de faire des propositions
concrètes appuyées sur une vision d’un autre monde.
« L’immédiat et les étapes transitoires ne doivent pas occulter le but,
l’émancipation », plus elles doivent le traduire en réponses actuelles
( c’est ce qui se fait dans les expérimentations sociales du déjà là)
Les signataires de la tribune affirment à juste titre que
« la démocratie est une question centrale dans le travail à mener »
la centralité de cette question nous oblige à rompre avec une routine
intellectuelle sur les échéances électorales.
Je ne crois pas qu’il y ait « d'électoralisation forte de la vie politique »
mais poursuite d’une crise de la représentation politique
qui frappe principalement les forces du mouvement ouvrier :
ceci devrait nous amener à inventer une pratique alternative
des séquences électorales et à repenser concrètement un nouveau lien
avec les mouvements dits sociaux qui produisent eux aussi
de la politique :
l’idée d’un nouveau contrat social de législature brisant la logique
présidentialiste est une bonne chose.
Mais il faut aller plus loin et développer - comme le propose nombre
d’appels - une logique de démocratie plus active et plus citoyenne :
assemblées citoyennes, ateliers législatifs citoyen.es,
referendum d’initiative citoyenne...
Il est bon de réaffirmer la nécessité de premières traductions
pour les élections à venir, départementales et régionales,
mais dès celles là il nous faut travailler un nouveau rapport
à celles et ceux qui restent en marge de l’action politique
traditionnelle (listes et mouvements citoyens).
Mais il faut aller plus loin et ne pas séparer stratégie électorale
des actions immédiates : il nous faut faire des propositions
à l’ensemble de nos partenaires pour agir tout de suite.
C’est autour des urgences immédiates que peut commencer
à se construire l’unité d’action qui donnera du contenu citoyen
au contrat de législature dans les départements, les régions
et au niveau national et européen
AE