• Interview

    Philip Mirowski : «L’après ne sera pas favorable à une société de gauche, mais à une accélération des mesures néolibérales»

    Par Nicolas Celnik 28 avril 2020
     
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  • "T'as voulu voir le salon"

    Les Goguettes (en trio mais à quatre)

     

     

     

    La guerre du coronavirus - Les Goguettes (en trio mais à quatre)


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  • Vendredi, 24 Avril, 2020

    Jean-Marie Harribey, économiste atterré :

    «Le capitalisme se heurte à des limites infranchissables»

     

    Dans le Trou noir du capitalisme, l’économiste se réclamant de Marx, Polanyi et Keynes dresse un tableau critique du capitalisme contemporain et de l'impasse où il se trouve. Il propose aussi trois voies de bifurcation possibles dans lesquelles l’humanité se trouve dans l’obligation de s’engager d’urgence face à la crise sociale, économique, environnementale actuelle.

     

    Que signifie la qualification de « trou noir » pour analyser le capitalisme mondial aujourd’hui ?

    Jean-Marie Harribey. Je procède à une analogie avec les trous noirs découverts par les astrophysiciens. Un trou noir est un corps astrophysique dont le noyau absorbe toute matière et tout rayonnement lumineux à cause de sa force gravitationnelle. On le dit noir parce qu’aucune lumière provenant de lui ne peut nous parvenir. En ce début de XXI e siècle, le capitalisme mondialisé a porté sa logique d’extension jusqu’à vouloir tout engloutir, de la moindre activité humaine jusqu’aux éléments naturels et tout le vivant, en passant par les connaissances. Engloutir, c’est-à-dire tout soumettre à la loi de la rentabilité, du profit et de l’accumulation du capital. Tout est promis à la marchandisation. Et pour cela, des droits de propriété doivent être instaurés sur toutes matières, naturelles ou produites, ou, sinon, sur leur usage, comme celui de l’air pour y envoyer sans retenue des gaz à effet de serre modifiant le climat.

    Pourquoi insistez-vous sur le fait que « c’est bien le capitalisme qui est en crise » et non pas le « productivisme », en général, ou le « néolibéralisme » en particulier ?

    Jean-Marie Harribey. Dans la première partie de mon livre, que j’annonce comme résolument marxienne parce que, utilisant les outils théoriques critiques de Marx, je montre que ce qui fait la spécificité de la crise mondiale actuelle, c’est la conjonction inédite dans l’histoire humaine (et donc du capitalisme) de contradictions sociales et écologiques qui minent la rentabilité du capital et donc la dynamique même de l’accumulation. D’un côté, malgré l’essor de nouvelles techniques, de l’informatique, de la robotique, le capital ne réussit pas à faire croître significativement la productivité du travail. Pire, cette productivité connaît une progression qui diminue d’année en année partout dans le monde. En moyenne, elle ne dépasse guère plus, dans les pays développés, 1 % par an. Or, au final, c’est toujours la productivité du travail qui commande la rentabilité du capital dans un contexte donné du rapport de forces. D’un autre côté, le gigantisme du productivisme et du consumérisme saccage la planète, épuise ou pollue les ressources et modifie le climat. Le capitalisme se heurte donc à des limites infranchissables. Pour ne prendre qu’un exemple, le taux de retour énergétique (énergie produite par rapport à l’énergie utilisée pour la produire) décline pour toutes les énergies fossiles. Alors, la conjonction de l’impossibilité de pousser l’exploitation de la force de travail jusqu’au point où les marchandises ne peuvent plus trouver suffisamment de demandeurs avec l’impossibilité de pousser l’exploitation de la nature au-delà des limites de la Terre explique le caractère systémique de la crise du capitalisme.

    "Le coronavirus a mis le feu, mais la poudre a été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type »".

    Il ne reste plus à celui-ci que la fuite en avant de la financiarisation, surfant sur le grossissement d’un capital fictif qui est, tôt ou tard, frappé de nullité. La dynamique même du capitalisme est contradictoire avec une responsabilité sociale et écologique parce qu’elle ne peut durer qu’en exploitant les humains et la nature. C’est dans ce contexte-là que survient la pandémie du Covid-19, qu’il faut prendre comme un déclencheur de catastrophe mais non comme la cause profonde de celle-ci. Le virus a mis le feu à la poudre, mais la poudre avait été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type ». Nous sommes davantage dans la période du capitalocène que dans celle de l’anthropocène qui dédouane la logique du système et qui place abusivement tous les humains à égalité de responsabilité dans la dégradation écologique.

    Vous référant à la fois à Marx, Polanyi et Keynes, vous mettez en avant la nécessité d’engager diverses « bifurcations possibles » pour sortir de l’impasse historique actuelle. Quelles sont-elles ?

    Jean-Marie Harribey. La première partie de mon livre appliquait les concepts de Marx pour comprendre cette réalité. La seconde tire parti de l’avertissement prémonitoire de l’anthropologue Karl Polanyi au milieu du XX e siècle : si le travail, la terre et la monnaie étaient marchandisés, ce serait la mort de la société. Alors, j’esquisse trois voies pour sortir de la nasse et amorcer une grande bifurcation : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie. Réhabiliter le travail, c’est dire que, parce que le travail est « vivant », il est central dans la vie des individus, pour leur intégration dans la société et par son rôle de médiateur de relations sociales. Il est central aussi, bien sûr, dans la production de valeur économique, et la répartition de celle-ci est un indicateur-clé de l’état du rapport de forces avec le capital. Or, le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail, amoindrir ses droits et exiger des travailleurs qu’ils adhèrent aux objectifs de l’entreprise pour servir des dividendes aux actionnaires. Il s’ensuit que réhabiliter le travail reposerait sur trois moyens principaux. Le premier est que les salaires et les prestations sociales ne progresseraient jamais moins vite que la productivité du travail, une fois que le chômage est drastiquement abaissé par la réduction du temps de travail. Le deuxième moyen est la restauration d’un droit du travail protecteur. Le troisième est l’instauration de la démocratie dans les entreprises, par la création de conseils économiques et sociaux, de telle sorte que le pouvoir de décision du type de production, des investissements, des conditions d’emploi et de travail soit dissocié de la propriété du capital. Les finalités du travail seraient redéfinies pour cerner quels sont les besoins essentiels à satisfaire et les activités vraiment utiles.

    "Le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail."

    On rejoint alors le deuxième volet des bifurcations. Celui-ci concerne l’institution des « communs » de façon à mettre en cohérence les objectifs sociaux et les objectifs écologiques de transformation de la société. La notion de commun(s), utilisée au singulier et au pluriel, vise, d’une part, à renouveler de fond en comble la conception traditionnelle des biens publics et des services collectifs. Il s’agit de transformer le mode de gestion de ce qui est aujourd’hui réalisé sous l’égide de l’État et des collectivités territoriales pour en faire une chose commune autogouvernée et autogérée par les populations concernées au plus près possible de leur existence. Ce n’est pas une mise en cause de la propriété publique mais c’est la transformer pour qu’elle devienne véritablement sociale. D’autre part, il s’agit de donner le statut de biens communs à tous les éléments essentiels à la vie, qui doivent être soustraits à la marchandisation. Cela concerne les ressources naturelles comme l’eau, l’air, le vivant, tout ce que Polanyi désignait par « la terre », ainsi que les connaissances, les institutions sociales donnant accès à l’éducation, à la protection sociale. L’objectif est donc double : instituer une gestion commune de biens érigés au rang de communs.

    Pouvez-vous préciser ce que vous appelez la « socialisation de la monnaie » et nous indiquer ce que seraient ses mécanismes ?

    Jean-Marie Harribey. Oui, c’est le troisième volet du triptyque de la grande bifurcation. Le capitalisme néolibéral a procédé à une sorte de privatisation de la monnaie, qui est pourtant une institution sociale à part entière. Dans le cadre de la liberté qui a été accordée aux capitaux de circuler dans le monde et du développement sans entrave des marchés financiers, le rôle dévolu aux banques centrales a été, depuis quarante ans, de veiller à la stabilité de la rente financière. C’est particulièrement vrai pour la Banque centrale européenne (BCE), rendue totalement indépendante du reste de la société et du pouvoir politique. Ce dogme est en train heureusement de voler en éclats. Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique. La crise du coronavirus montre à quel point on a besoin d’un pôle bancaire public, d’un contrôle social sur celui-ci et d’une banque centrale qui soit celle de l’ensemble de la société.

    "Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique."

    Au lieu d’obliger les États à emprunter sur les marchés financiers soit directement, soit indirectement via le Mécanisme européen de stabilité, la BCE devrait financer directement les dépenses publiques. C’est-à-dire étendre ce que la Banque d’Angleterre vient de décider pour financer les seules dépenses liées au redémarrage de l’économie paralysée par la pandémie. Ainsi, on utilise l’énorme avantage d’une banque centrale qui, seule, a la possibilité de créer à volonté de la monnaie s’il faut effectuer des dépenses et des investissements publics essentiels. Le risque d’inflation est nul lorsque des forces de travail et des équipements productifs sont inemployés et donc disponibles.

    Un autre des points sur lesquels vous insistez est le caractère nécessairement démocratique et pluriel que doivent prendre les chemins de l’alternative que vous appelez de vos vœux. Pourquoi ?

    Jean-Marie Harribey. Parce que les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle. C’est en ce sens que la planification de la transition écologique et sociale peut servir de boussole de transformation. Loin d’une étatisation de l’économie et d’une centralisation des décisions, la planification peut prouver son efficacité si elle s’insère dans le processus de socialisation, c’est-à-dire de remise dans les mains de collectifs de travailleurs et de citoyens des décisions d’orientation de la vie collective.

    "Les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle."

    L’épidémie du Covid-19 a mis sur la table ce qu’on croyait impossible : distinguer les besoins essentiels des futiles ou nocifs, et donc désigner quelles sont les activités les plus utiles à la société : produire du soin par des soignants ou de la publicité par des agences de com, produire de l’éducation par des enseignants ou de l’e.commerce sur des plateformes, mener de la recherche scientifique ou de la spéculation par des traders ? En bref, le confinement vient de prouver que la vraie richesse, ce n’est pas la marchandise et sa valeur d’échange, mais la valeur d’usage des biens et services essentiels.

    La crise sanitaire mondiale actuelle ne met-elle pas également en évidence la nécessité d’une réponse universelle concrète, en opposition à la dérive mortifère du capitalisme ?

    Jean-Marie Harribey. La mondialisation capitaliste est en cause. Elle a abouti à un désastre social, écologique, économique et aujourd’hui sanitaire. Et elle nous menace de déflagrations géopolitiques, voire guerrières. Tout ce qu’elle a construit doit être démantelé : circulation effrénée des capitaux, marchés dérégulés, droits fondamentaux de la personne humaine bafoués, notamment ceux des migrants. L’heure est à la construction de solidarités et de coopérations aux échelons régionaux, à la restauration d’une régulation internationale sous l’égide de l’ONU, dont les décisions doivent être respectées. Les scientifiques donnent l’exemple d’une coopération pour le « bien commun » : c’est le cas des climatologues du Giec, c’est celui de tous les virologues qui échangent en ce moment leur savoir librement, hors de toute contrainte de brevets lucratifs.

     

    Entretien réalisé par Jérôme Skalski
     

    La valeur et l’inestimable

    Auteur ou coauteur d’une vingtaine d’ouvrages dont le Trou noir du capitalisme. Réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie pour ne pas y être aspiré, publié aux éditions Le Bord de l’eau, en ce printemps, Jean-Marie Harribey, économiste et maître de conférences honoraire, a coprésidé l’association Attac de 2006 à 2009. Coprésident de son conseil scientifique depuis 2014 et membre de l’association des Économistes attérés, il a créé et anime la revue les Possibles.


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  • Après avoir été lui-même contaminé, un chirurgien exprime sa gratitude pour les équipes soignantes et sa lassitude face à un système fourvoyé laissant surnager communicants et dirigeants incompétents face à la crise.

     

    Alors que sur les berges du canal voisin, les derniers joggeurs finissent leur exercice matinal, j’émerge doucement, sonné, abasourdi, encore un peu hésitant, d’un mois et demi de Covid en Ile-de-France. D’abord «petite grippe» comme on l’imaginait, l’infection est devenue une menace claire lorsque ma compagne, en stage dans les plus grosses urgences de Paris, me racontait le soir, agitée, voir la vague arriver, grondante, sombre, sale. Puis j’ai été en contact, dans les hôpitaux privés d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), où j’exerce maintenant, avec des patients Covid, un peu plus chaque jour. Comment allions nous soigner autant de malades avec aussi peu de matériel et de connaissances ?

    En tant que chirurgien, j’ai d’abord annulé les interventions non urgentes, pour ne plus opérer que des malades ne pouvant attendre, des cancers surtout. Puis, la clinique étant submergée par l’épidémie, j’ai accepté de coordonner les unités Covid, d’abord 11 lits, puis 25 une semaine plus tard, trouver des médecins, s’assurer que la pharmacienne avait tout le matériel, que la cadre avait les soignants en nombre, que l’administration nous soutenait : et, incroyable, tout cela fonctionnait, tout le monde allait au travail, noué de peur, d’incertitude, mais nous nous sommes adaptés avec vivacité et engagement. Je n’opérais plus que les urgences, en prenant mille précautions quand nous savions le patient par ailleurs infecté au Covid, ou apprenant avec angoisse que le patient opéré la veille était lui aussi Covid.

    Etre contaminé à mon tour était tellement probable que je l’ai presque vécu comme un soulagement. Au début en tout cas. Parce que les choses se sont dégradées et, la science ne mentant pas, au 7jour des symptômes, j’ai dû être hospitalisé. Je sors de quelques jours dans un CHU parisien que je connais bien, où j’ai été soigné avec dévouement, attention et humanité, sans avoir eu besoin de réanimation. Dans un CHU moribond, épuisé, mais qui a fait face avec force à cette épidémie incroyable qui aura peut-être raison de lui. Merci infiniment.

    De la solidarité avec les soignants

    Je ressens une grande joie à l’idée de revoir et toucher prochainement les miens, nous reviendrons aux terrasses, dans les écoles, les squares et les librairies mais, outre une immense fatigue, ces semaines passées me laissent une amertume, un chagrin, voire un dégoût dont je ne sais comment je me débarrasserai. Je les ai ressentis dès les premiers applaudissements aux balcons à 20 heures. Qu’ils sont confortables et faciles, ces encouragements, depuis le 4étage !

    Mais que valent-ils pour une infirmière qui s’épuise au travail depuis des semaines ? Pour un interne qui commence sa carrière de médecin avec une telle catastrophe, et qui devra vivre avec en tête les patients asphyxiés, le reste de sa vie ? Et surtout, les Français continueront-ils à applaudir quand on leur demandera de payer quelques centaines d’euros de plus pour perpétuer le système hospitalier public ? Ou quand ils devront patienter quelques heures aux urgences pour une entorse de cheville ? Oui, chers concitoyens, vous applaudissez, mais vous ne vous en tirerez pas à si bon compte. Il va vous falloir être prodigues à l’égard de celles et ceux dont vous avez exigé des efforts déments, surhumains, au péril de leur vie et de celle de leurs proches, et dont vous aimeriez bien qu’ils soient encore là, dans quelques mois, pour vacciner vos enfants, guérir vos cancers, ou nettoyer vos parents. Je ne me fais guère d’illusion, et me doute que bien vite, la tant vantée solidarité-avec-les-soignants sera oubliée, comme les autres promesses d’un monde nouveau, plus juste, plus égalitaire…

    Dégoût aussi de ces médecins, mes collègues, dont les noms, les voix ou les visages nous sont devenus familiers, abreuvant de leurs commentaires les radios, les chaînes d’info continue. Par pitié, dites ce que vous avez à dire, brièvement, proprement, vous savez énormément, mais votre place n’est pas sur un plateau à alimenter un système médiatique vicié qui vous piège dans sa nasse. S’il vous plaît, retournez dans vos services avec vos patients, ou devant votre ordi pour faire des études, ou rentrez vous reposer.

    Dégoût ensuite devant ce personnage médiatique révélé urbi et orbi il y a deux mois, assénant ses vérités avec un cynisme écœurant, un collègue lui aussi, dont le CV et les références scientifiques forcent pourtant le respect. Il sait avant tout le monde quelle est la solution : très bien, bravo. Il connaît mieux que personne les règles d’un jeu (la médecine basée sur les preuves, dont les études contrôlées sont la clé de voûte) qu’il pratique, enseigne, et entretient depuis des décennies, mais décide que, non, en fait, maintenant ces règles sont obsolètes.

    Sauver le monde ? C’est raté

    Avec la force de ce magnifique IHU, professeur Raoult, des centaines de patients défilant sous vos fenêtres, des tests et des comprimés disponibles, vous aviez les moyens, plus vite que n’importe qui, avec plus d’impact que n’importe qui, de répondre à la question : hydroxychloroquine et azithromycine sont-ils mieux que rien ? Vous avez préféré jouer le rebelle, le libre-penseur face aux «petits marquis parisiens», alors que vous êtes, comme vos collègues, comme moi, un pur produit de ce système-là, dans votre tour d’ivoire financée par l’argent public et les labos pharmaceutiques. Vous vouliez sauver le monde ? Raté. Dans le meilleur des cas, d’autres démontreront que vous aviez raison, et vous n’aurez plus qu’à errer, titubant dans un monde ravagé, en répétant «je l’avais bien dit, je l’avais bien dit»… Vous vous consolerez en pensant aux soutiens de Laeticia Halliday et de Christian Estrosi.

    Dégoût enfin de nos gouvernants, qui depuis des décennies laissent mourir notre système de soins, de petites lâchetés en grandes traîtrises. J’ai grandi dans nos CHU, à Limoges puis, à partir de l’Internat, à Paris. J’y ai appris tout ce que je sais, souvent avec plaisir et joie, souvent dans la douleur, au bout de la fatigue. J’y ai côtoyé des génies, des gens bien, et des salauds. J’y ai vu des hommes, et plus souvent des femmes, infirmières ou aides-soignantes, travailler avec dévouement, technicité, compétence, auprès de patients difficiles, jusqu’à l’épuisement, pour un salaire et une considération de prolétaires. Mes filles sont nées dans ces hôpitaux, mes parents ont été soignés dans ces hôpitaux. Et j’ai vu le système s’effriter sous mes yeux, luttant moi aussi contre ce chaos grandissant, essayant de compenser par mon travail les carences de nos services, étouffés sous les contraintes et incohérences budgétaires et administratives. Et j’ai fini par lâcher l’affaire, partir, la tâche était trop lourde. Maintenant, dans ce contexte, dans cette urgence, dans cette apocalypse, on demande à ceux qu’on a épuisés, saignés, étouffés, d’aller travailler encore plus, de risquer leur vie, nos héros disent-ils, quel cynisme, quelle saloperie.

    De Sarkozy et Macron, il ne fallait évidemment pas attendre un soutien de ce service public hospitalier forcément déficitaire. Mais les socialistes ! L’an passé, Hollande paradait, enchaînait les bons mots et les petites phrases en assurant la promotion de son livre, fanfaronnait, bouffi d’autosuffisance. Depuis quelques mois, enfin, on ne l’entend plus. J’espère que la honte de son échec, de ses renoncements, de sa lâcheté est la cause de son silence. Et qu’ils se regardent, les yeux dans les yeux avec Touraine, en pleurant les citoyens, les infirmières et les urgentistes morts"

    Nicolas Munoz Bongrand Chirurgien  

    Ici, tout est dit avec une humanité que ceux qu'ils citent n'auront jamais.


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  • Le président du conseil scientifique demande «d’impliquer la société»

    22 avril 2020 Par Caroline Coq-Chodorge

    Dans une note confidentielle révélée par Mediapart, le président du conseil scientifique estime qu’il est urgent d’associer la société à la gestion de la crise sanitaire pour ne pas alimenter « la critique d’une gestion autoritaire et déconnectée de la vie des gens ».

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    C’est une note confidentielle transmise le 14 avril à l’Élysée, au premier ministre et au ministre de la santé. Rédigée par Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, elle vient bousculer le pouvoir et sa gestion de la crise sanitaire. Au lendemain de l’intervention d’Emmanuel Macron, le 13 avril, ce document en appelle en effet à une mobilisation urgente de la société.

    Jean-François Delfraissy propose une série de mesures nouvelles qu’il dit avoir discutées et élaborées avec les présidents du Conseil économique, social et environnemental (CESE), de la Conférence nationale de santé (CNS) et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Il ne s’agit pas de créer « une usine à gaz », précise Jean-François Delfraissy, mais de « s’appuyer sur les instances déjà existantes et leur réseau ».

    Créé dans l’urgence le 10 mars, le conseil scientifique est chargé de conseiller et d’« éclairer » le président de la République. Composé de onze membres, le conseil compte des scientifiques et des médecins. Il s’est aussi élargi à des spécialistes des sciences sociales (sociologue, anthropologue) et accueille depuis peu une responsable de l’organisation ATD-Quart Monde.

    Son président, Jean-François Delfraissy, insiste depuis ses premières interventions sur la nécessité d’une « démocratie sanitaire ». C’est-à-dire sur l’exigence de ne pas laisser les politiques, l’administration, les médecins gérer seuls une crise sanitaire exceptionnelle qui met à l’arrêt et en confinement le pays et sa population. Il l’a redit lors de son audition au Sénat, le 15 avril.

    Depuis le début de l’épidémie, ce n’est pas le chemin choisi par l’exécutif. Les interventions solitaires du chef de l’État transformé en chef de guerre, les conférences de presse ministérielles n’ont cessé de mettre en scène quotidiennement cette verticale du pouvoir face à une population infantilisée et considérée comme passive.

    La préparation du déconfinement fera-t-elle changer les choses ? Le pouvoir semble sur le point de réaliser qu’il ne pourra plus faire seul, sans les élus locaux, les maires surtout. Mais les grandes ONG, les associations, la société civile, la multitude d’initiatives et de solidarités concrètes qui se construisent sur le terrain demeurent ignorées.

     

    D’où la mise en garde et la critique implicite que l’on découvre dans cette note titrée « L’urgence sociétale, l’inclusion et la participation de la société à la réponse du Covid-19. »

     

    Libertés publiques, inégalités sociales, « démocratie sanitaire » : « Les questions éthiques et sociales sont désormais nombreuses […] elles méritent d’être discutées dans des lieux où les acteurs de la démocratie sanitaire peuvent retrouver un rôle actif », précise cette note.

    Pourquoi est-il urgent d’impliquer la société ? Pour mieux construire l’adhésion de la population aux mesures prises, pour profiter des savoirs de la société civile, pour mieux organiser les réponses locales. Mais pas seulement. Cette note met en garde le pouvoir sur « la méfiance à l’endroit des élites » et la formation d’une « contre-société » sur Internet.

    Surtout le conseil scientifique prévient le pouvoir politique : un « vaste débat s’ouvrira sur la gestion de la crise ». « L’exclusion des organisations de la société civile peut facilement ouvrir la voie à la critique d’une gestion autoritaire et déconnectée de la vie des gens. À l’inverse, leur participation leur donnera une forte légitimité pour prendre la parole au nom de la société et formuler des propositions. »

    Dans cette note, il est donc demandé d’organiser une véritable « participation citoyenne ». Créer un comité de liaison avec la société, créer une plateforme participative, interface de dialogue avec les citoyens sont deux des propositions faites dans cette note. À ce jour, le gouvernement n’a apporté aucune réponse aux demandes ainsi énoncées.

    L’intégralité de la note est à lire sur le site de Médiapart (et également ici).


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  • Contretemps
     
    Un gros dossier sur la crise du covid19 dans lequel piocher  :

    https://www.contretemps.eu/dossier-covid19/

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  • Jeudi, 16 Avril, 2020

    Pourquoi le covid-19

    fait-il le lit de l’obscurantisme ?

    Cyprien Caddeo
     
     
     Doute et critique sont essentiels à la démocratie.
    Ainsi qu’une confiance « suffisante » dans le circuit de l’information.
    Or, à force de choix libéraux et de com, paroles politiques, journalistiques – et par ricochet scientifiques – sont décrédibilisées.
     
    Qui croire, que croire ?
    Les fake news trouvent bonne oreille, l’irrationnel peut prendre place.
     
    Et cette crédulité, que la peur de la pandémie démultiplie, devient du pain bénit pour les intégristes.

     

     

    C’est une épidémie concomitante au coronavirus. Une « infodémie », selon le néologisme employé par Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour qualifier la circulation massive de fausses informations sur le Covid-19 à l’échelle planétaire. « 

    En France, les théories du complot sur le coronavirus sont apparues dès janvier, puis ont massivement circulé depuis le confinement », relate Rudy Reichstadt, directeur de l’Observatoire du conspirationnisme à la Fondation Jean-Jaurès et fondateur de Conspiracy Watch.

     

    Sur le grand marché du complot, il y en a en effet pour tous les goûts, en fonction de quel coupable a votre préférence : le virus est tantôt un coup monté des laboratoires pharmaceutiques, tantôt une création de l’État via l’Institut Pasteur, voire, selon le youtubeur Evrard – dont la vidéo a été vue près de 700 000 fois –, une gigantesque fake news orchestrée main dans la main par le gouvernement et les médias pour justifier des lois liberticides. Toutes ces théories ont en commun de remettre en question la parole officielle, qu’elle provienne de l’exécutif, des médias ou bien des scientifiques.

     

    Malgré le retour en force de l’État contre l’épidémie, les sondages montrent que la défiance envers les pouvoirs publics est très forte. 63 % des Français estiment, selon une enquête OpinionWay du 30 mars, que l’exécutif leur « cache des choses », ce que confirme une autre étude d’Odoxa, datée du 25 mars, où 70 % des interrogés pensent que l’État « ne dit pas la vérité aux Français ».

     

    Injonctions contradictoires

    Il faut dire que le discours de l’exécutif a grandement fluctué depuis le début de la crise. Du 23 janvier, où la ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, affirmait que « le risque d’introduction du virus en France (était) faible », au 16 mars et la déclaration de « guerre » au virus, le gouvernement s’est démenti plusieurs fois, sur la doctrine d’emploi des masques comme des tests. Les injonctions contradictoires sur le fait d’aller voter, malgré l’appel à rester chez soi, suivies d’un report du second tour dès le lendemain, ont contribué à brouiller et décrédibiliser le propos étatique. Mais la France n’a pas le monopole du cafouillage, le Royaume-Uni ayant lui aussi opté pour une stratégie de « laissez-contaminer » pour immuniser la population, avant de faire volte-face et de se résoudre à un confinement tardif.

     

    Résultat, face au flou et à l’anxiété, « il y a une demande sociale de conspirationnisme, analyse Rudy Reichstadt, car il permet, de manière ambivalente, de circonscrire la menace, ce qui rassure ». Les réseaux sociaux, les algorithmes et les effets de bulle filtrante – qui vous mettent en relation d’abord avec ceux qui pensent comme vous – viennent ensuite amplifier le phénomène.

     

    Mais les errements et autres atermoiements gouvernementaux ne doivent pas masquer un mal plus profond : la parole publique n’a pas attendu la pandémie pour être démonétisée. « Le discrédit qui frappe les pouvoirs publics est maintenant structurel », assène Julien Giry, chercheur en science politique à l’université de Rennes. « Pour qu’une théorie du complot prenne, il faut qu’elle fasse “sens” pour les gens, qu’elle semble crédible, qu’elle fasse écho à un contexte social et à un imaginaire collectif. »

     

    Le complotisme, un fonds de commerce

    Or, le mouvement des retraites comme la crise des gilets jaunes ont déjà témoigné du divorce entre une grande partie des Français et les élites. Un divorce ancien, mesuré, entre autres, par le baromètre du Cevipof. Si les courbes ont considérablement varié sur la décennie passée, elles montrent que les Français ne font majoritairement pas confiance au président de la République ou au premier ministre. Au mieux de son mandat, Emmanuel Macron a recueilli 36 % de confiance, en décembre 2017.

     

    Le terrain est propice pour que la parole gouvernementale soit systématiquement vue, par certains, comme un mensonge. Propice aussi, à ce que prospèrent des « entrepreneurs du complotisme » comme Alain Soral. « La démonétisation du discours public ne doit pas faire perdre de vue la responsabilité des théoriciens du complot eux-mêmes, alerte Rudy Reichstadt. Il ne faut pas sous-estimer leur travail métapolitique de fond, entrepris depuis des années. » Pour ceux-ci, le complotisme est littéralement un fonds de commerce. Ainsi, on a pu voir le polémiste antisémite Dieudonné tenter de vendre, sur ses réseaux, des masques chirurgicaux chinois.

     

    Mais, parfois, les gouvernants eux-mêmes ont recours aux fake news. « Quand il y a une affaire politique, les hommes politiques ont tendance, pour s’en défaire, à en appeler au complot », observe Julien Giry, évoquant la défense de François Fillon en 2017, ou bien Donald Trump, pour qui la chose est devenue un classique. Sa conseillère Kellyanne Conway avait même théorisé, en janvier 2017, la notion de « faits alternatifs » pour justifier les mensonges du milliardaire. De quoi décrédibiliser en même temps la parole de l’opposition aux yeux des partisans de Trump et celle du président aux yeux de l’opposition. Dévastateur, a fortiori dans un pays, les États-Unis, où « la défiance envers l’État fait partie de l’ADN politique, où il y a une culture populaire ancienne du complot, une légitimité du conspirationnisme », rappelle Julien Giry.

     

    Au sujet du Covid-19, le président américain n’a pas relayé de théories complotistes, mais parle autant que possible de « virus chinois », ce qui sied tout particulièrement à l’extrême droite américaine qui l’a en partie porté au pouvoir. La nébuleuse de « l’alt-right » relaie de nombreuses intox conspirationnistes où l’empire du Milieu fait office de coupable idéal. Aussi a-t-on pu entendre le très conservateur et très écouté chroniqueur radio Rush Limbaugh prétendre que le Covid-19 était une arme biologique chinoise, une théorie reprise publiquement par le sénateur républicain de l’Arkansas Tom Cotton.

     

    Un malaise significatif

    Autre figure de l’extrême droite internationale, le président brésilien Jair Bolsonaro est lui passé par toutes les étapes du dirigeant inconséquent à tendance conspirationniste. Accusant d’abord le Parti communiste chinois d’être derrière le virus, il en a ensuite euphémisé la portée, en le qualifiant de « grippette ». Puis, lorsque le nombre de cas et de victimes a commencé à grimper, Jair Bolsonaro a conseillé à sa population le « jeûne religieux pour délivrer le pays du mal ». Ravageur, dans un pays où plus de 5 millions de gens souffrent de malnutrition.

     

    L’affinité d’une société avec le complot en dit long sur elle-même. Elle est, pour la démocratie, à la fois une menace et le symptôme d’un profond malaise. Autant de signaux faibles qui doivent nous alerter collectivement. Pour Julien Giry, les complots partiraient toutefois d’un bon réflexe. « Critiquer les dominants, les élites, n’est pas un problème en soi, c’est une démarche saine, rappelle l’universitaire. Douter, c’est la base du travail scientifique, journalistique ou du chercheur en sciences sociales. Mais, le doute doit être réel, or, les conspirationnistes font preuve de rationalisation paradoxale : ils doutent de tout sauf d’une chose, de l’hypothèse qu’il y ait un complot. »

     

    Cyprien Caddeo

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  • Grand Corps Malade

    EFFETS SECONDAIRES

    https://www.youtube.com/watch?v=4UX6Wsr8GMU


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  • Ce que le virus nous dit de notre avenir ?

    https://www.youtube.com/watch?v=vkJDZ9LaK_w

     

    https://www.youtube.com/watch?v=vkJDZ9LaK_w


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  • Mortalité en France

    Wikipédia >>>>>

    En 2018, la mortalité était de 1.670 décès par jour en moyenne 

     

    En 2018, il y a eu 609 648 décès en France (Outre mer inclus)

    — contre 606 274 en 2017 —

    pour une population de 66,89 millions d'habitants

    soit un taux de mortalité de 9,1 pour 1000,

    un taux stable sur les 10 dernières années.

     


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