• La responsabilité des décideurs publics

    en période de crise sanitaire

     

    Par Arié Alimi

    Jeudi 2 Avril 2020

     

    « Je pense que tous ceux qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n’avons pas gagné la guerre sont irresponsables. Le temps viendra de la responsabilité »,

    c'est ainsi que le président de la république s’est exprimé devant la nation s’agissant des nombreuses plaintes adressées à la Cour de Justice de la République (CJR) ou au ministère public, contre des ministres en exercice ou contre X s’agissant de la plus grande crise sanitaire depuis l’épidémie de grippe espagnole de 1918.

    Comme à son habitude, le procureur de la république, Rémy Heitz, s’est aligné sur la position présidentielle en estimant que l’ouverture d’une enquête sur ce scandale sanitaire pouvait attendre.

    Beaucoup s’interrogent sur la nécessité et sur l’efficacité des plaintes pénales visant l’inaction des décideurs publics dans le cadre de la crise sanitaire que la France traverse.

    Pourquoi rechercher la responsabilité pénale de décideurs politiques ou même la responsabilité administrative de l'état dès lors qu’il n’a ni créé ni diffusé le virus et que, malgré des approches sanitaires différentes, l’épidémie s’est installée sur toute la planète ?

    Peut-être parce que, selon les différentes approches sanitaires et selon le délai de mise en œuvre de l’action sanitaire, l’évolution de l’épidémie est variable d’un pays à l’autre.

    La France est l’un des pays au monde les plus touchés par l’épidémie de coronavirus et sa courbe d’évolution suit pour le moment celle de l’Italie, pays le plus durement touché au monde en termes de mortalité.

    En comparaison, la Corée du Sud, premier pays après la Chine à avoir subi l’épidémie, a vu rapidement la courbe de l’épidémie s’aplanir et la létalité de l’Allemagne est la plus faible au monde.

     

     

    Ensuite, parce que la France avait déjà connaissance du développement de l’épidémie en Chine et en Italie, ce qui prive les décideurs politiques et administratifs de l’excuse de la nouveauté et de la surprise.

    La nécessité d’une action judiciaire se voit également opposer le réflexe de l’unité nationale, exacerbé par la métaphore guerrière filée par le chef de l'état dans la lutte contre l’épidémie.

    La métaphore est malvenue dès lors qu’elle pourrait faire accroire que le combat contre une épidémie pourrait avoir les mêmes ressorts qu’une action militaire contre un pays ennemi.

    Elle est également malvenue quand on songe à l’essai d’histoire du temps présent réalisé par Marc Bloch, l'Etrange Défaite, qui, en tant que militaire et historien, relatait les multiples impréparations, incompétences et négligences de l'état français et des officiers de l’état-major ayant conduit à une défaite aussi rapide et inattendue de l’armée française en 1940.

    Mais, puisque l’image de la guerre est la volonté du chef de l'état, il faut aussi se demander si elle advient de son fait et si lui ou les décideurs publics pourraient en être comptables.

    L’unité nationale doit-elle éteindre les voix de ces témoins qui peuvent apporter au temps présent les solutions à une catastrophe sanitaire en devenir ?

    La tradition politique est ainsi faite que face aux défis historiques, l’union sacrée est de mise afin de ne pas perturber l’efficacité de l’action politique.

    Elle est surtout la volonté des oppositions politiques de laisser le leader du moment assumer seul les conséquences de ses décisions, quitte à renoncer à son rôle de contre-pouvoir ou de conseil.

     

     

    L’unité nationale est synonyme de renoncement.

    La critique ou l’action judiciaire peuvent s’inscrire dans une morale démocratique lorsqu’elles n’ont pas vocation à fragiliser l’efficacité de l’action vers l’objectif commun.

    Le consensus fait le reste.

    Et c’est peut-être en cela qu’il est impérieux de procéder, au moment même où le combat se livre, à une analyse des mécanismes et des responsabilités individuelles et collectives qui ont mené à cette catastrophe sanitaire.

    Et ce, afin de peser maintenant sur les décisions publiques prises au quotidien et de contribuer, dans le cadre du débat intellectuel et démocratique, à la victoire contre l’épidémie.

     

     

    D’aucuns reprochent l’inadéquation de l’outil judiciaire et plus spécifiquement pénal dans un champ éminemment politique.

    La symétrie y serait de mise et, partant, seule la réponse politique serait légitime et adéquate.

    Cette critique fait fi de la position constitutionnelle et historique de l’institution et de l’outil judiciaire conçus bien avant la révolution française et consacrés par les lumières comme des contre-pouvoirs aux carences et aux faillites de l’exécutif lorsque l’action politique est mue notamment par des intérêts contraires à la sûreté des citoyens.

    Elle fait également fi du contexte démocratique général et plus spécifiquement de celui en temps de confinement.

    La cinquième république, conçue par le général Charles de Gaulle dépose entre les mains du chef de l'état, assisté par une majorité législative, l’essentiel du pouvoir normatif laissant un droit de parole et de critique à l’opposition politique et à la société civile.

    Cette liberté de parole et de critique s’exprime essentiellement dans le cadre du droit de manifester, de se réunir ou de faire grève.

    Le confinement exclut les deux premiers de ces droits, lorsque le dernier est pratiquement impossible à mettre en œuvre.

    L’outil judiciaire devient dès lors l’un des contre-pouvoirs survivants. Demeure le droit de vote.

    Cependant, l’expérience des dernières élections municipales a révélé un nouvel abîme, celui de son insincérité alors qu’une part importante des citoyens ne peut y participer, voire de sa contribution à la catastrophe sanitaire, posant la question d’une éventuelle responsabilité pénale des décideurs politiques.

     

     

    Paradoxalement, les plus grands contempteurs de l’usage de l’outil pénal dans la sphère du politique proviennent du sérail judiciaire.

    Nombreux sont les magistrats ou avocats qui, face à la responsabilité politique, excluent l’outil pénal, d’abord pour des raisons de pureté du droit pénal qui devrait ne se pratiquer que dans l’enceinte du tribunal, sans qu’il puisse polluer le fait politique, pour éviter que le fait politique vienne en retour le polluer.

    Outre le fait que cette critique ne découle que d’une vision éminemment subjective, elle ne saurait exister que dans une utopie où le politique n’aurait pas de tout temps instrumentalisé l’action judiciaire pour réduire au silence l’opposant politique en menant une guerre asymétrique dès lors qu’il dispose du déclenchement de l’action publique par l’intermédiaire du parquet qui lui est subordonné.

    Il ne saurait ainsi être reproché à l’opposant politique d’user lui-même de l’outil pénal, sauf à inventer un nouvel évangile judiciaire.

     

     

    D’autres critiques considèrent que la décision politique ne peut qu’être collective, c’est-à-dire celle de l'état qui, de ce fait, ne pourrait être sanctionnée que par les juridictions administratives et, en dernière instance, par le conseil d'état, voire par le conseil constitutionnel lorsqu’il s’agit de critiquer la loi, a priori ou a posteriori, par voie de Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC).

    S’agissant des juridictions administratives, et malgré l’histoire indéniable de l’autonomisation du contentieux administratif, l’expérience contemporaine et notamment le contentieux de l’état d’urgence et de l’état d’urgence sanitaire nous ont cruellement rappelé que le conseil d'état, du fait de son rôle, de sa composition et de sa sociologie, ne pouvait jouer le rôle de contre-pouvoir et de sanction qui lui incomberait naturellement.

    Il en est de même du conseil constitutionnel, qui a achevé de transformer en illusions perdues les espoirs que d’aucuns lui portaient, en privilégiant une vision schmittienne de la constitution en faisant primer la théorie des circonstances exceptionnelles sur la lettre que l’on pensait inaltérable de la constitution dans sa décision du 26 mars 2020 portant sur la loi organique du 22 mars 2020.

    Ainsi, pour le conseil constitutionnel, le contrat social découle de la décision politique et ne saurait l’encadrer définitivement, laissant ainsi présager des temps sombres pour l'état de droit.

    Les dernières décisions des juridictions administratives saisies en référé liberté par des syndicats de médecins qui sollicitaient d’enjoindre au gouvernement de contribuer notamment à la fabrication de tests ou de masques, marque l’aveu d’impuissance ou d’incompétence de la juridiction administrative tout au moins en référé pour contraindre l'état à infléchir ses mesures sanitaires.

     

     

    Ne reste alors dans l’éventail des outils à disposition de la société civile que le recours à l’outil pénal.

    Son efficacité ne doit cependant pas s’appréhender qu’à l’aune de la possible sanction pénale qui pourrait être prononcée par une juridiction, qu’il s’agisse de la CJR ou d’un tribunal correctionnel.

    D’abord, pour qu’il y ait sanction, encore faut-il qu’il y ait enquête, puis poursuites et jugement, ce qui nécessitera de très nombreuses années, voire une décennie si l’on s’en réfère aux précédentes procédures judiciaires en la matière, comme celles de l’affaire du sang contaminé ou bien encore de l’amiante.

    Ensuite, parce que le périmètre de la sanction pénale dans la décision politique a été particulièrement restreint par la constitution et la jurisprudence.

    S’agissant du chef de l'état, sa fonction bénéficie d’une irresponsabilité pénale pour tous les actes et décisions commis dans l’exercice de ses fonctions, tandis que sa responsabilité pénale pourrait être engagée pour tous les actes détachables de sa fonction, et uniquement après la cessation de ses fonctions en vertu de l’article soixante sept de la constitution.

    Les deux corps du roi sont ainsi parfaitement distingués.

    Il en résulte qu’il bénéficie d’une immunité pleine et entière pour les décisions qu’il a prises ou qu’il pourrait prendre pendant son mandat et plus spécifiquement pendant la crise sanitaire.

     

     

    S’agissant des ministres, l’histoire récente et notamment la poursuite de Christine Lagarde et sa déclaration de culpabilité à l’occasion de l’affaire dite de l’arbitrage de Bernard Tapie a confirmé qu’il n’existait à leur égard pas d’immunité, mais juste un privilège de juridiction.

    De facto, l’engagement d’une enquête ou d’une poursuite devant la CJR est rarissime.

    Et pour cause, la CJR est une juridiction d’instruction et de jugement mixte, composée de douze parlementaires et trois magistrats de la cour de cassation.

    Or la commission des requêtes qui apprécie la recevabilité des plaintes est composée de trois magistrats de la cour de cassation, de deux magistrats de la cour des comptes et de deux conseillers d'état.

    Ainsi, la majorité de cette commission émane d’un recrutement administratif qui laisse peu de chances à la recevabilité des plaintes.

    Les statistiques d’ouvertures d’enquêtes et de poursuites sont infimes.

    Orienter directement une plainte pénale vers la CJR semble relever d’une gageure qui n’a cependant pas arrêté un certain nombre de plaignants, médecins ou élus contaminés au cours du premier tour de l’élection municipale.

    La décision d’ouverture d’une instruction par la commission des requêtes sera longue et elle ne pourra résulter que de la pression de l’opinion publique appelant à une transparence sur la prise de décision avant et au début de l’épidémie.

    Une autre voie est celle de la plainte contre X adressée directement au procureur de la république qui dispose de la faculté d’ouvrir une enquête préliminaire ou une instruction auprès de l’un des deux pôles de santé publique au tribunal judiciaire de Paris ou de Marseille, afin de charger un ou plusieurs juges d’instruction d’une enquête.

    La saisine du procureur de la république est la plus judicieuse dès lors qu’elle évite l’écueil du filtre de la commission des requêtes de la CJR et qu’elle n’écarte pas les responsabilités de tous les décideurs administratifs qui ne relèveraient pas de la fonction ministérielle.

    C'est un trou de souris.

    C’est à cela que se résume le droit positif du contrôle de l’action publique.

    Ce qui explique peut-être le scepticisme du monde judiciaire qui semble néanmoins se justifier plus par un sentiment d’impuissance empirique que par une infaisabilité théorique.

     

     

    Le cadenas du contrôle de l’action publique n’est pas sans lien avec le sentiment de défaite démocratique et l’apparition de la violence dans les rapports sociaux et politiques.

    Emprunter le trou de souris de l’action pénale est peut-être aussi le dernier recours de ceux qui croient encore à la fonction pacificatrice de la justice.

     

     

    C’est finalement l’action de l’engagement de la procédure pénale, par le dépôt de plainte et l’ouverture d’une enquête qui détient ontologiquement une vertu démocratique.

    La plainte pénale, dès lors qu’elle met en cause la responsabilité individuelle et personnelle du fonctionnaire paré habituellement de ses immunités et privilèges juridictionnels dans son action, est probablement le dernier outil de puissance symbolique que détient la société civile sur le représentant de l'état.

    Elle a également pour vertu de susciter le débat public et l’intérêt du média, agissant comme un levier de puissance sur le haut fonctionnaire ou l’élu dans le moment de sa prise de décision.

    Enfin, elle est la seule voie permettant la réalisation d’une enquête et la recherche de la vérité, puisque le procureur ou le juge d’instruction sont les seuls à même d’obtenir les éléments et documents qui ont déterminé l’action ou l’inaction publique.

     

     

    Peut-être ne devrait-on pas se satisfaire d’avoir recours à l’action pénale mais elle est, en l’état du droit et des rapports des forces institutionnelles, indispensable au maintien du fonctionnement démocratique dans l’attente d’une réforme des institutions.

    Elle semble également être la dernière solution pour gripper le fonctionnement désincarné et déshumanisé de la mécanique administrative.

     

     

    Encore faut-il que les qualifications pénales soient justement choisies et crédibles pour permettre l’ouverture de l’enquête pénale.

    Les infractions communément utilisées dans les affaires de santé publique impliquant des décideurs publics sont des infractions dites non intentionnelles.

    Il s’agit notamment des infractions de violences involontaires, d’homicides involontaires ou bien encore de l’abstention à mettre en œuvre les mesures permettant d’éviter un sinistre.

    Le grand scandale sanitaire dit du sang contaminé a donné lieu à un arrêt de la CJR du 9 mars 1999, dans lequel la CJR a reconnu coupable Edmond Hervé, secrétaire d'état à la santé, des délits d’atteinte involontaire à la vie et d’atteinte involontaire à l’intégrité physique.

     

     

    Les délits non intentionnels sont traditionnellement soumis, au même titre que toutes les infractions similaires, à l’existence d’un lien de causalité entre le comportement constitutif de l’infraction et le dommage causé.

     

     

    En raison du grave impact de ces scandales sanitaires sur l’intégrité physique d’un grand nombre de victimes, le lien de causalité a subi une progressive transformation par la jurisprudence en matière de délit de risques causés à autrui.

    Ce délit s’inscrit notamment dans une politique de santé publique, et se retrouve ainsi dans les affaires d’exposition à l’amiante et des affaires du sang contaminé.

     

     

    Parmi les techniques utilisées par la jurisprudence pour retenir l’existence d’un lien de causalité en matière de délit de risques causés à autrui, les juges du fond se concentrent sur la preuve d’un lien de causalité unissant le comportement en cause à la naissance d’un risque.

    La jurisprudence a également recours à des présomptions simples, permettant d’alléger la charge de la preuve en matière de causalité.

    De même le lien de causalité peut être établi par la démonstration de plusieurs négligences.

    Ainsi, la jurisprudence relative à l’affaire du sang contaminé ne requiert que la preuve d’une contamination virale survenue postérieurement à une transfusion sanguine et de l’absence d’autre mode de contamination et requiert dès lors du centre de transfusion sanguine la preuve de l’absence de vices dans les produits sanguins fournis.

     

     

    L’enjeu des procédures pénales qui verront peut-être le jour est de déterminer si ces critères peuvent également s’appliquer à l’inaction gouvernementale au début de la crise sanitaire que nous vivons.

    En définitive, la question se résume à savoir si, d’une part, les décideurs publics avaient connaissance du risque encouru par la population et les soignants et si, d’autre part, ils ont pris en connaissance de cause la décision de ne pas prendre les mesures nécessaires à la protection de la population et des soignants.

    Si tel est le cas, la question morale sera celle de savoir pourquoi cette décision.

    La négligence ou l’idéologie.

    L’attitude ambiguë du gouvernement et sa communication malheureuse tendant à poursuivre toute activité économique même non indispensable avant et après la décision de confinement alors même qu’elle était de nature à contribuer à la diffuser le virus, la décision de ne pas renouveler les stocks stratégiques de masques, de privilégier la protection des salariés d’Airbus au détriment des soignants et, de ce fait, de prétendre que le port du masque était inutile, la décision de ne pas fabriquer ou acheter des tests en contradiction avec les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis le 24 janvier 2020, le maintien du premier tour des élections municipales, la carence dans la fourniture de tous matériels de protection aux soignants hospitaliers ou libéraux, dont certains ont été contaminés et sont décédés, devront s’appréhender au regard des connaissances scientifiques disponibles et de la documentation administrative disponible.

    La justice qui s’inscrit dans l’état de droit que nous imaginons ne saurait fermer les yeux sur ces milliers de morts et de contaminés qui auraient pu être évités.

    Dans le cas contraire, l’état d’exception que constitue l’état d’urgence sanitaire aura eu raison de l’état de droit dans lequel nous avons vécu.

    Il faudra au contraire, au sortir de cette « guerre » le renforcer en éliminant les scories qui paralysent et soumettent les contre-pouvoirs que devraient constituer le conseil constitutionnel, la justice administrative et le ministère public.

    Dans le cas contraire, l’état de droit risque fort de devenir résiduel, tel un souvenir heureux pour ceux qui l’ont connu, au profit d’une gestion rationnée des libertés.

     

     

    https://www.dalloz-actualite.fr/node/responsabilite-des-decideurs-publics-en-periode-de-crise-sanitaire#.XocJPEAzYdX

    http://www.fischer02003.over-blog.com/2020/04/etat-de-droit-contre-etat-d-urgence-sanitaire.html


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    Covid-19. Les philosophes face à l’épidémie

    Michaël Fœssel : “Les politiques ont la tentation de faire de la crise un champ d’expérimentation autoritaire”


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  • Les langues régionales de France et l’État.

    Quelques données historiques

    – Philippe Martel

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  • Le «coup du virus» et le coup d’état militaro-industriel global

    • 30 mars 2020
    • Par Jules Falquet
    • Blog : Le blog de Jules Falquet
    Une analyse à chaud des effets politiques et économico-sociaux du coronavirus : du coup de force du confinement sanitaire, au coup d'état militaro-industriel global
     

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  • Le Monde qui marchait sur la tête

    est en train de remettre ses idées à l'endroit


    par Coline Serreau

    Le gouvernement gère l'épidémie comme il peut… mais les postures guerrières sont souvent inefficaces en face des forces de la nature.

    Les virus sont des êtres puissants, capables de modifier notre génome, traitons-les sinon avec respect, du moins avec modestie.



    Apprenons à survivre parmi eux, à s'en protéger en faisant vivre l'espèce humaine dans des conditions sanitaires optimales qui renforcent son immunité et lui donnent le pouvoir d'affronter sans dommage les microbes et virus dont nous sommes de toute façon entourés massivement, car nous vivons dans la grande soupe cosmique où tout le monde doit avoir sa place.

    La guerre contre les virus sera toujours perdue, mais l'équilibre entre nos vies et la leur peut être gagné si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère.



    Dans cette crise, ce qui est stupéfiant c’est la rapidité avec laquelle l'intelligence collective et populaire se manifeste.

    En quelques jours, les français ont établi des rites de remerciement massivement suivis, un des plus beaux gestes politiques que la France ait connus et qui prolonge les grèves contre la réforme des retraites et l'action des gilets jaunes en criant haut et fort qui et quoi sont importants dans nos vies.



    Dans notre pays, ceux qui assurent les fonctions essentielles, celles qui font tenir debout une société sont sous-payés, méprisés.

    Les aides-soignantes, les infirmières et infirmiers, les médecins qui travaillent dans les hôpitaux publics, le personnel des écoles, les instituteurs, les professeurs, les chercheurs, touchent des salaires de misère tandis que des jeunes crétins arrogants sont payés des millions d'euros par mois pour mettre un ballon dans un filet.


    Dans notre monde le mot paysan est une insulte, mais des gens qui se nomment "exploitants agricoles" reçoivent des centaines de milliers d'euros pour faire mourir notre terre, nos corps et notre environnement tandis que l'industrie chimique prospère.



    Et voilà que le petit virus remet les pendules à l'heure, voilà qu'aux fenêtres, un peuple confiné hurle son respect, son amour, sa reconnaissance pour les vrais soldats de notre époque, ceux qui sont prêts à donner leur vie pour sauver la nôtre alors que depuis des décennies les gouvernements successifs se sont acharnés à démanteler nos systèmes de santé et d'éducation, alors que les lobbies règnent en maîtres et arrosent les politiques avec le fric de la corruption.



    Nous manquons d'argent pour équiper nos hôpitaux, mais bon sang, prenons l'argent où il se trouve, que les GAFA payent leurs impôts, qu'ils reversent à la société au minimum la moitié de leurs revenus.

    Car après tout, comment l'ont-ils gagné cet argent ?

    Ils l'ont gagné parce qu'il y a des peuples qui forment des nations, équipées de rues, d'autoroutes, de trains, d'égouts, d'électricité, d'eau courante, d'écoles, d'hôpitaux, de stades, et j'en passe, parce que la collectivité a payé tout cela de ses deniers, et c’est grâce à toutes ces infrastructures que ces entreprises peuvent faire des profits.

    Donc ils doivent payer leurs impôts et rendre aux peuples ce qui leur est dû.



    Il faudra probablement aussi revoir la question de la dette qui nous ruine en enrichissant les marchés financiers.

    Au cours des siècles passés les rois de France ont très régulièrement décidé d'annuler la dette publique, de remettre les compteurs à zéro.



    Je ne vois pas comment à la sortie de cette crise, quand les comptes en banque des petites gens seront vides, quand les entreprises ne pourront plus payer leurs employés qui ne pourront plus payer les loyers, l'électricité, le gaz, la nourriture, comment le gouvernement pourra continuer à gaspiller 90% de son budget à rembourser une dette qui ne profite qu'aux banquiers.



    J'espère que le peuple se lèvera et réclamera son dû, à savoir exigera que la richesse de la France, produite par le peuple soit redistribuée au peuple et non pas à la finance internationale.

    Et si les autres pays font aussi défaut de leur dette envers nous, il faudra relocaliser, produire de nouveau chez nous, se contenter de nos ressources, qui sont immenses, et détricoter une partie de la mondialisation qui n'a fait que nous appauvrir.



    Et le peuple l'a si bien compris qu'il crie tous les soirs son respect pour ceux qui soignent, pour la fonction soignante, celle des mères, des femmes et des hommes qui font passer l'humain avant le fric.


    Ne nous y trompons pas, il n'y aura pas de retour en arrière après cette crise.



    Parce que malgré cette souffrance, malgré ces deuils terribles qui frappent tant de familles, malgré ce confinement dont les plus pauvres d'entre nous payent le plus lourd tribut, à savoir les jeunes, les personnes âgées isolées ou confinées dans les EHPAD, les familles nombreuses, coincés qu'ils sont en ville, souvent dans de toutes petites surfaces, malgré tout cela, le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l'endroit.



    Où sont les vraies valeurs ?

    Qu'est-ce qui est important dans nos vies ?


    Vivre virtuellement ?

    Manger des produits issus d'une terre martyrisée et qui empoisonnent nos corps ?


    Enrichir par notre travail ceux qui se prennent des bonus faramineux en gérant les licenciements ?


    Encaisser la violence sociale de ceux qui n'ont eu de cesse d'appauvrir le système de soin et nous donnent maintenant des leçons de solidarité ?


    Subir une médecine uniquement occupée à soigner les symptômes sans se soucier de prévention, qui bourre les gens de médicaments qui les tuent autant ou plus qu'ils ne les soignent ?

    Une médecine aux ordres des laboratoires pharmaceutiques ?



    Alors que la seule médecine valable, c’est celle qui s'occupe de l'environnement sain des humains, qui proscrit tous les poisons, même s'ils rapportent gros.

    Pourquoi croyez-vous que ce virus qui atteint les poumons prospère si bien ?

    Parce que nos poumons sont malades de la pollution et que leur faiblesse offre un magnifique garde-manger aux virus.



    En agriculture, plus on cultive intensivement sur des dizaines d'hectares des plantes transformées génétiquement ou hybrides dans des terres malades, plus les prédateurs, ou pestes, les attaquent et s'en régalent, et plus il faut les arroser de pesticides pour qu'elles survivent, c’est un cercle vicieux qui ne peut mener qu'à des catastrophes.



    Mais ne vous faites pas d'illusions, on traite les humains les plus humbles de la même façon que les plantes et les animaux martyrisés.


    Dans les grandes métropoles du monde entier, plus les gens sont entassés, mal nourris, respirent un air vicié qui affaiblit leurs poumons, plus les virus et autres "pestes" seront à l'aise et attaqueront leur point faible : leur système respiratoire.


    Cette épidémie, si l'on a l'intelligence d'en analyser l'origine et la manière de la contrer par la prévention plutôt que par le seul vaccin, pourrait faire comprendre aux politiques et surtout aux populations que seuls une alimentation et un environnement sains permettront de se défendre efficacement et à long terme contre les virus.



    Le confinement a aussi des conséquences mentales et sociétales importantes pour nous tous, soudain un certain nombre de choses que nous pensions vitales se révèlent futiles.

    Acheter toutes sortes d'objets, de vêtements, est impossible et cette impossibilité devient un bonus : d'abord en achetant moins on devient riches.


    Et comme on ne perd plus de temps en transports harassants et polluants, soudain on comprend combien ces transports nous détruisaient, combien l'entassement nous rendait agressifs, combien la haine et la méfiance dont on se blindait pour se préserver un vague espace vital, nous faisait du mal.


    On prend le temps de cuisiner au lieu de se gaver de junk-food, on se parle, on s'envoie des messages qui rivalisent de créativité et d'humour.


    Le télétravail se développe à toute vitesse, il permettra plus tard à un nombre croissant de gens de vivre et de travailler à la campagne, les mégapoles pourront se désengorger.



    Pour ce qui est de la culture, les peuples nous enseignent des leçons magnifiques : la culture n'est ni un vecteur de vente, ni une usine à profits, ni la propriété d'une élite qui affirme sa supériorité, la culture est ce qui nous rassemble, nous console, nous permet de vivre et de partager nos émotions avec les autres humains.


    Quoi de pire qu'un confinement pour communiquer ?

    Et pourtant les italiens chantent aux balcons, on a vu des policiers offrir des sérénades à des villageois pour les réconforter, à Paris des rues entières organisent des concerts du soir, des lectures de poèmes, des manifestations de gratitude, c’est cela la vraie culture, la belle, la grande culture dont le monde a besoin, juste des voix qui chantent pour juguler la solitude.


    C’est le contraire de la culture des officines gouvernementales qui ne se sont jamais préoccupées d'assouvir les besoins des populations, de leur offrir ce dont elles ont réellement besoin pour vivre, mais n'ont eu de cesse de conforter les élites, de mépriser toute manifestation culturelle qui plairait au bas peuple.



    En ce sens, l'annulation du festival de Cannes est une super bonne nouvelle.

    Après l'explosion en plein vol des Césars manipulés depuis des années par une maffia au fonctionnement opaque et antidémocratique, après les scandales des abus sexuels dans le cinéma, dont seulement une infime partie a été dévoilée, le festival de Cannes va lui aussi devoir faire des révisions déchirantes et se réinventer.

    Ce festival de Cannes qui déconne, ou festival des connes complices d'un système rongé par la phallocratie, par la corruption de l'industrie du luxe, où l'on expose complaisamment de la chair fraîche piquée sur des échasses, pauvres femmes porte-manteaux manipulées par les marques, humiliées, angoissées à l’idée de ne pas assez plaire aux vieillards aux bras desquels elles sont accrochées comme des trophées, ce festival, mais venez-y en jeans troués et en baskets les filles, car c’est votre talent, vos qualités d'artiste qu'il faut y célébrer et non pas faire la course à qui sera la plus à poil, la plus pute !



    Si les manifestations si généreuses, si émouvantes des peuples confinés pouvaient avoir une influence sur le futur de la culture ce serait un beau rêve !



    Pour terminer, je voudrais adresser une parole de compassion aux nombreux malades et à leurs proches, et leur dire que du fin fond de nos maisons ou appartements, enfermés que nous sommes, nous ne cessons de penser à eux et de leur souhaiter de se rétablir.

    Je ne suis pas croyante, les prières m'ont toujours fait rire, mais voilà que je me prends à prier pour que tous ces gens guérissent.

    Cette prière ne remplacera jamais les soins de l'hôpital, le dévouement héroïque des soignants et une politique sanitaire digne de ce nom, mais c’est tout ce que je peux faire, alors je le fais, en espérant que les ondes transporteront mon message, nos messages, d'amour et d'espoir à ceux qui en ont besoin.



    Coline Serreau

    Dimanche 22 mars.

    Coline Serreau, réalisatrice de La belle verte,

    Trois hommes et un couffin,

    mais aussi de films visionnaires, écolos, humanistes et généreux c

    omme La belle verte ou La crise.

     


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  • Rony Brauman répond à Macron :

    « La métaphore de la guerre sert à disqualifier tout débat »

    Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, approuve les mesures de confinement, mais dénonce la rhétorique martiale du chef de l’Etat : « Qualifier les soignants de “héros”, c’est gommer les raisons de la crise sanitaire. »

    L'Obs >>>>> Abonnés


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  • L’économiste Frédéric Boccara alerte :

    « Nous vivons une crise de civilisation »

    Bruno Odent

    L’économiste et dirigeant du PCF montre comment la crise sanitaire a accéléré le déclenchement d’un krach, produit de la financiarisation de ces dernières années. Ce qui fait émerger l’urgence d’un changement de pied aussi révolutionnaire que salutaire. Pour surmonter la pandémie et se libérer de la domination des marchés financiers.

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  • Les communistes et la "question bretonne", 1932

    samedi 14 mars 2020, par René Merle

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  • «De la guerre sanitaire

    à la guerre économique et sociale»

    • 23 mars 2020
    • Par Olivier Le Cour Grandmaison
    A la «guerre sanitaire» aujourd’hui déclarée, risque de succéder une «guerre économique et sociale» impitoyable pour les salariés, les fonctionnaires et les habitants des quartiers populaires. J'ai imaginé ce que pourrait être le discours du président de la République...<
     

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  • Coronavirus

    Covid19

    Une première synthèse digne d'intérêt


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