• « La police est censée nous protéger…» Le terrible témoignage de Noélie, 17 ans

    Vendredi, 5 Juin, 2020

    « La police est censée nous protéger…»

    Le terrible témoignage de Noélie, 17 ans

    Révoltée par les images de la mort de George Floyd, Noélie, lycéenne en terminale à Pontault-Combault (77), a décidé de répondre, mardi dernier, à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par le comité Adama contre les violences policières. Si la ferveur de la foule des manifestants a renforcé l’engagement et la détermination de la lycéenne, elle demeure choquée par l’attitude provocatrice des forces de l’ordre durant ce rassemblement. Elle a tenu à en témoigner dans le texte que nous publions ci-dessous.

     

    « A 17 ans, je suis allée pour la première fois à une manifestation politique : celle organisée par le comité Adama à Paris le mardi 2 juin, et j’ai été profondément choquée de son déroulement. Je m’y suis rendue pour protester contre certains comportements policiers injustement violents et souvent impunis. Je ne nourris aucune haine contre la police, mais elle est censée nous protéger et a de lourdes responsabilités entre ses mains. Il est donc intolérable qu’il y ait des abus de pouvoir et de l’acharnement sur des innocents qui entraînent la mort de 10 à 15 personnes par an en moyenne, et qu’un tiers des assassins s’en tirent sans encombre : aucune condamnation n’a encore donné lieu à une peine de prison ferme. 

    Surtout que les minorités subissent généralement plus de contrôles, d’arrestations et sont condamnées plus lourdement que les autres. Les forces de l’ordre sont couvertes par la Justice qui devient injuste, et les médias n’en parlent pas assez : j’ai découvert avec surprise le caractère courant et extrême de ces altercations via les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. J’ai donc été scandalisée qu’Eric Ciotti propose une loi qui interdirait leur diffusion, prouvant ainsi la volonté de l’état de protéger des criminels, tout en portant gravement atteinte à la liberté d’expression. 

    Le déroulement de la manifestation a donné raison à ce que j’avais vu sur internet jusqu’ici. Bien que parmi une foule entièrement pacifique au départ, je me suis retrouvée à être gazée à plusieurs reprises. J’ai voulu m’éloigner de la manifestation, mais nous étions encerclés par des barrages de CRS sans possibilité de sortie pendant près de trois heures. Cette méthode de piège n’est ni de la défense ni une tentative de ramener l’ordre, mais ressemble plutôt à une stratégie de guerre offensive. D’autant que je ne saisis pas son but, puisque si la police voulait stopper le rassemblement, elle devrait nous laisser fuir. 

    J’ai vu des enfants se faire gazer et se réfugier dans des immeubles ou des buissons, une amie recevoir du gaz lacrymogène directement dans les yeux et perdre connaissance alors qu’elle avait simplement posé un genou à terre pour apporter un soutien symbolique aux victimes, des personnes inoffensives se faire plaquer violemment au sol, et une petite dizaine de CRS ont pointé leurs lanceurs de flash ball sur mes amis et moi, à une distance d’à peine trois mètres, alors que nous étions simplement réfugiés dans un parc… 

    Je comprends ces méthodes face aux individus dangereux et destructeurs car malheureusement il y en a eu parmi les militants, mais les casseurs représentaient à peine quelques dizaines de personnes sur plus de 20 000 civils inoffensifs et pris au piège… Il y a encore quelques années, les casseurs se faisaient simplement immobiliser, arrêter et embarquer par les autorités pour être traduits en justice, car c’est là la réponse appropriée d’un état censé représenter l’ordre. Aujourd’hui, l’affrontement se déroule sur un plan physique, c’est la loi du plus fort, c’est un crescendo de violence qui ne règle rien, c’est tellement insécurisant et indigne de la France… 

    Le gouvernement devient oppressif sous Macron. Il a ré-instauré les policiers voltigeurs durant les manifestations de gilets jaunes, alors qu’ils avaient été interdits après la mort de Malik Oussekine en 1986. Les lanceurs LBD sont également devenus le nouveau signe de la répression policière depuis les années 2000, et l’on sait que ces armes peuvent être mortelles si elles sont mal utilisées, tandis que de nombreux pays décident de les bannir pour leur dangerosité. La police et particulièrement les CRS sont formés à l’offensive, et les tensions et les débordements augmentent au lieu d’être stabilisés. 

    La vérité, c’est que les politiques de plusieurs pays du monde sont devenues plus répressives cette année par peur, car la population commence à sérieusement se mobiliser pour dénoncer des problèmes de fond. C’est le cas pour la Chine et Hong Kong bien sûr mais encore le Venezuela, le Brésil avec Bolsonaro, la France, et Donald Trump qui a annoncé son intention d’envoyer l’armée mater les manifestants, et qui réduit sensiblement la liberté d’expression sur des réseaux sociaux comme Twitter, alors même qu’il est président du pays des libertés… 

    Il ne faut pas se laisser museler par ces régimes qui se durcissent et continuer de lutter pour faire entendre nos avis et obtenir un monde meilleur, car celui-ci nous appartient, et que le temps des changements semble venu. »

    Contre les violences policières, la révolte naissante de Noélie

     La lycéenne de 17 ans a participé à sa première manifestation, mardi, devant le palais de justice de Paris, à l’appel du Comité Adama. Portrait.

     

    Brillante lycéenne de terminale, Noélie souhaite intégrer une licence de sciences politiques à la rentrée prochaine. Jusqu’alors, même si elle était très sensible aux injustices, la jeune fille n’était pas très au fait des violences policières. « Je savais que cela existait, certains de mes camarades ‘non blancs’ m’avaient déjà raconté s’être fait harcelés ou maltraités lors de contrôles de police, mais je n’avais pas connaissance de morts sous les coups de la police en France. J’ai l’impression qu’on n’en parle pas beaucoup à la télévision… » La prise de conscience de Noélie est donc passé par l’Amérique : les images de la mort de George Floyd, étouffé sous le poids d’un policier l’ont révoltée. « J’ai alors commencé à me renseigner sur les violences policières et réalisé qu’en France, 10 à 15 personnes par an, souvent noires ou arabes, mourraient aussi de cette façon.» 

    Sur les réseaux sociaux, elle découvre l’appel du comité Adama, en discute avec des amis et décide, avec quatre d’entre eux, de se rendre à la manifestation, mardi soir dernier, devant le tribunal judiciaire de Paris. Une première, pour la jeune femme, peu habituée à battre le pavé. « Hormis une fois, avec un ami lors d’une marche pour le climat. » Avec l’accord de sa mère, qui soutient la lutte contre les violences policières, et l’appui de sa tante, militante de longue date contre les violences faites aux femmes, la lycéenne a donc pris le train vers la capitale. « Au pied du Palais de justice, c’était vraiment impressionnant. On était tellement nombreux, unis, que même si beaucoup portaient des masques, on semblait avoir oublié le coronavirus. » Noélie écoute les discours, reprend les slogans en chœur… jusqu’à ce que les gaz lacrymogènes viennent troubler ce rassemblement pacifique. Révoltée par l’attitude provocatrice de la police, dans laquelle elle voit la confirmation de ce qu’elle venait précisément dénoncer, la jeune fille a bien du mal à quitter le rassemblement. « Ils avaient bouclé toutes les rues, on ne pouvait plus partir, un véritable piège ! » C’est finalement sa mère qui viendra la récupérer en voiture en fin de soirée. Une expérience traumatisante ? Oui, mais motivante aussi. Une fois rentrée chez elle, Noélie a rédigé un texte qui relate les événements ainsi que ses réflexions à propos des violences policières dont elle est désormais très au fait . Surtout elle est déterminée à poursuivre le combat et sera, c’est sûr, des prochaines manifestations. « Pour leur prouver que notre besoin de justice est impossible à réprimer. »

    Eugénie Barbezat


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