• Éviter l’accoutumance à l’intolérable !

     

     

    Le dernier rapport de l’IGPN sur la mort d’un jeune homme à Nantes , n’a fait qu’alimenter la suspicion vis à vis de la police, du ministère et des pouvoirs publics.

    C’est une réaction qui met en échec la propagande menée depuis des mois par le gouvernement et l’appareil répressif : la violence de la police est justifiée parce que c’est une violence légitime s’inscrivant dans le cadre de la loi.

    Pour dénoncer radicalement cette politique répressive , il ne suffit pas de s’en prendre à « l’incompétence de Castaner » ou la méchanceté des dirigeants ou des policiers , il ne suffit pas de demander un « bon usage » de la police « républicaine ».

     

    Ceux qui pensent qu’il suffirait de combattre un dysfonctionnement occasionnel lié à Macron oublient trop que la violence policière n’est pas une nouveauté même sans remonter aux morts du 17 octobre 1961 : il y a eu des morts, victimes de la violence policière sous Giscard , Chirac , Mitterrand et Hollande !

     

    Ce qui s’est passé à Nantes lors de la fête de musique contre des personnes dont le seul délit est le tapage nocturne s’inscrit dans un contexte de banalisation de la violence policière : la répression des mouvements de Gilets jaunes a révélé la brutalisation des méthodes de maintien de l’ordre, mais aussi la faiblesse des réactions à cette évolution liberticide et antidémocratique.

     

    Une campagne médiatique plutôt bonne sur les mutilés, des affaires spectaculaires et scandaleuses comme celle de Geneviève Legay, n’ont pas créé une dynamique large de remise en cause de l’autoritarisme.

    Les gilets jaunes sont trop restés isolés alors qu’ils bénéficiaient d’un soutien large sur les revendications : le schéma classique répression-mobilisation élargie n’a pas fonctionné.

    Nous n’avons pas réussi à casser l’idée du monopole de la violence légitime et son corollaire : « être blessé fait partie du jeu, un risque que les manifestants prennent de leur plein gré ».

     

    Nous n’avons pas réussi à éviter l’accoutumance à l’intolérable : il n’est pourtant pas acceptable qu’il devienne dangereux d’exercer les droits fondamentaux !

     

    La criminalisation des gilets jaunes n’est que le point d’arrivée de processus à l’œuvre dans la société depuis longtemps .

    D’abord la brutalisation des rapports sociaux dans les entreprises : violence managériale que le procès de France Télécom le révèle au grand jour, sanctions disciplinaires inédites comme celles qui frappe des personnel d’une EPHAD sanctionné pour maltraitance pour cacher les carences de l’institution, mais aussi la violence au quotidien de la précarisation et des « boulots de merde » …

    Violence justifiées car sanctionnant des fautes ou des insuffisances personnelles et niant leur dimension collective.

    Violence aussi dans la société surtout vis à vis de fractions les plus fragiles : l’abandon des quartiers populaires et de leurs habitants ou encore plus récemment la réforme de l’assurance chômage qui prive des millions de personnes de leurs droits.

    L’accumulation des lois sécuritaires (une vingtaine lors des 3 deniers mandats présidentiels ) a produit des modifications sensibles dans l’appareil d’État et conduit à un élargissement considérable des pouvoirs de la police ou des préfets aux dépends des droits des citoyen-ne-s et du rôle de la justice.

    Cette dernière a vu les rôle des procureurs ( qui ne sont pas des juges) accru, les procédures de plus en plus automatiques.

    De façon générale -dans les jurisprudences du Conseil D’État par exemple- les exigences de sécurité définies par l’administration prennent le pas sur les respect des droits humains : les citoyens doivent se plier à l’arbitraire de l’administration ;

    Les dispositifs dits « antiterroristes » sont utilisés dans la criminalisation des mouvements sociaux : bien sur les discours de Castaner assimilant les actions sur les permanences de député-e -s à des « attentats » est une imbécillité mais ils révèlent cette instrumentalisation du terrorisme.

     

    Dans ces conditions l’IGPN ne peut être que l’outil à cacher les violences policières parce qu’elle n’est qu’une composante de l’appareil policier.

    L’affaire de Steve comme sur Mantes (ou d’autres) témoignent de cela… ses critères de jugement sont le respect des règles du maintien de l’ordre telles qu’elles sont définies par la hiérarchie.

     

    Nous devons défendre le droits pour toutes et tous de débattre des stratégies de maintien de l’ordre, il ne s’agit pas de techniques (affaire de spécialistes) mais de choix politiques :

    - remettre en cause l’institution IGPN : sa composition doit comporter les syndicats mais aussi les associations de défense des droits humains, une délégation parlementaire pluraliste, le défenseur des droits …

    - menons un débat public sur ce projet : cet appareil d’État en dérive anti-démocratique doit être combattu, par des mesures précises au delà d’une condamnation morale dont Macron n’a rien à faire.

     

    Nous devons mener le débat public sur les missions de la police pour apporter la sûreté aux citoyen-ne-s :

    recréer une police de proximité en lien avec la population, supprimer les dispositifs policiers qui génèrent des situation conflictuelles comme les BAC par exemple,

    - instances démocratique de définition des politiques (pourquoi ne pas transformer les comités locaux de prévention de la délinquance ? et leur donner le pouvoir de fixer les priorité locales, mettre fin à la sous estimation des féminicides ou des violences sur mineur...)

     

    Il faut mener campagne pour l'abrogation des lois sécuritaires dans un contexte qui a changé et qui est peut être moins favorable aux tenants du libéral-sécuritaire.

    Dans l’immédiat exiger des parlementaires un bilan des ces dispositions ( jusqu’à présent les nouvelles lois sont prises sans évaluation des précédentes).

    C’est du rôle des parlementaires qui votent les lois !

    Exigeons-le d’eux : pas d’évaluation publique, aucune confiance !

     

    Exigeons que la justice fasse son travail et soutenons l’indépendance des juges.

    Voilà des propositions que nous devons mettre dans le débat public pour reconstruire des perspectives qui nous sortent de la résignation et de l’absence d’action large sur ces sujets.

    Mais ceci suppose que nous continuions à creuser le débat stratégique et inclure la dérive démocratique que nous connaissons ici dans un ensemble mondial comme le dit le texte POUR L’OUVERTURE D’UN DEBAT STRATEGIQUE :

    « Le capitalisme a subi des mutations structurelles importantes : mondialisation, financiarisation des activités économiques, modifications technologiques et révolution de l'information et de la communication, modifications des appareils productifs... qui doivent nous obliger à une analyse de la société française actuelle dans son insertion internationale, avec des nouvelles formes de rapports salariaux, des extensions de la marchandisation , une marche vers l’autoritarisme et l’arbitraire et le recours à la tension internationale comme incitation aux réflexes grégaires. »

    EA!

     


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  • Quelques remarques à propos des appels à l'unité

    pour une réflexion collective nécessaire...

     

    1- Les différents appels qui ont fleuri dans le contexte des européennes obéissent à un même ressort : l'urgente nécessité de réagir face à la dynamique d'échec de la gauche, et de conjurer la menace de la possible désagrégation sinon disparition politique de cette dernière...

    Des réactions différentes. Selon qu'elles sont venues avant ou juste après ces élections. Mais surtout du fait qu'elles sont en relation avec des situations pour une part spécifiques : la crise de LFI, l'impasse du PCF, les échecs de Génération.s, de Place publique associée au PS (et qu'ont accompagné ND et Diem 25), la paralysie du NPA, la tentation hégémoniste d'EELV, l'incapacité pour Ensemble et GDS d'être parvenu à peser suffisamment pour enrayer une division conduisant à la déroute...

    Le tableau offert par le groupe de la gauche radicale au Parlement européen (voir l'article d'Amélie Poinssot et Pauline Graulle, sur Mediapart 27.06.2019) - son affaiblissement, ses divisions, ses conflits et rivalité entre les différents partis nationaux -, confirme l'ampleur et la gravité des problèmes auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés.

     

    2- Un impératif : favoriser la convergence de ces appels, et au-delà d'eux des forces et individus qui partagent les mêmes préoccupations.

    Assumer cet impératif implique d'écarter toute velléité de mainmise sur le processus d'un des courants impliqués. Une tentation de cette nature renverrait aux pesanteurs internes du courant concerné, donc à la prégnance de coordonnées spécifiques de la crise propre de telle ou telle organisation (celle de la LFI, celle du PCF etc...). Cela au détriment d'une réponse globale à la situation, condition indispensable pour assurer la validité de la démarche proposée. Le contexte est dominé par la défiance à l'égard des partis politiques, à celle-ci on doit répondre, non en niant ou occultant les organisations et courants politiques organisés, mais en leur faisant jouer le rôle qui doit être le leur : avancer des propositions, prendre des initiatives et ouvrir largement le champ du débat vers le mouvement social, en direction des citoyennes et citoyens... Ce débat ne saurait se limiter à une libre discussion, il doit viser à apporter des clarifications quant à l'état de la gauche, des analyses quant aux logiques de désagrégation en cours, des propositions de reconstruction d'un projet de transformation sociale, démocratique, écologiste, féministe, internationaliste... Vaste chantier et grande ambition !

     

    3- Un deuxième impératif est de ne pas subir la surdétermination des contraintes électoralistes.

    Certes, la préparation des municipales est à l'ordre du jour et tout le monde comprend que se dessine déjà la perspective de la présidentielle de 2022 avec le risque d'une réédition d'un match Macron/Le Pen aux conséquences imprévisibles...

    On ne saurait ni ignorer, ni sous-estimer l'importance de ces rendez-vous. Mais on ne peut non plus prétendre y répondre par des scénarios électoraux ("comment provoquer la bonne formule gagnante pour les municipales ?", ou "comment jouer placé au premier tour de présidentielle, pour gagner au deuxième tour ?"...)

    Car, à gauche, il faut d'abord se dégager de l'ornière et envoyer au moins des signaux (des engagements ce serait mieux mais, craignons-le, de peu de crédibilité), indiquant une conscience partagée des erreurs commises précédemment et de la volonté de ne pas les rééditer... Cela passe par la priorité donnée aux initiatives d'action, en termes d'intervention sur le champ politico-social et écologique (en solidarité avec les chômeurs, contre la privatisation d'ADP, contre la répression, climat, etc...), et avec beaucoup de précautions dans la manière d'aborder les perspectives électorales (en particulier la présidentielle).

     

    4- Nous ne devrions pas hésiter à débattre en toute clarté de la question de l’électoralisme.

    Une donnée tend trop souvent à être relativisée sinon niée : les rapports de forces électoraux sont une traduction très déformée (et cela de plus en plus) des rapports sociaux. Or, lesdits "partis de gouvernement", et ceux qui voulant le devenir les singent, réfléchissent et agissent à l'inverse.

    Ainsi, à gauche tous, et de longue date, condamnent le caractère anti-démocratique de la Vème République, et proclament leur volonté de rompre avec celle-ci au profit d'une VIème République. Mais en vue de toute élection présidentielle, les mêmes n'ont de cesse de s'adapter à ces mêmes règles, et cela parfois jusqu'à la caricature. Une adaptation opérée au nom de "l'efficacité électorale", mais qui ne va pas sans conséquence sur la conception de la citoyenneté et de la politique.

    En fait, c'est l'orientation politique fondamentale elle-même qui subit ces torsions provoquées par l'électoralisme. Ainsi le PS s'est accommodé de la rupture avec les classes populaires résultant de son ralliement au néolibéralisme en pariant sur le vote des catégories supérieures, EELV est familier de calculs de ce type, la tentation du "populisme de gauche" est d'adapter l'orientation défendue à l'objectif de rassembler une majorité électorale conquise sur l'électorat frontiste...

    S'il est une leçon à prendre de l'ex-Front national, elle est tout autre : sur des décennies, ce parti a assumé la distorsion complète entre sa représentation parlementaire (du fait du mode de scrutin) et son poids électoral réel. Dans le même temps il a renforcé son influence politique, en particulier au sein des classes populaires... Jusqu'à être sur le point de briser le plafond de verre que lui impose le système institutionnel, et peut-être d'être en capacité d'accéder au gouvernement.

    Les théorisations sur la "révolution citoyenne", ou "par les urnes", et sur le "populisme de gauche" se sont accompagnées de nombre de confusions quant à ce que sont les articulations complexes entre transformation sociale, démocratique, écologique, d'une part, et, d'autre part, interventions au plan électoral et institutionnel, avec leurs succès relatifs et leurs déboires. Elles ont aussi brouillé différentes notions qu'il est indispensable de distinguer : "succès électoral" (un bon score), "victoire électorale" (une majorité électorale), "accès au gouvernement" (obtention de portefeuilles ministériels) et "prise du pouvoir" (la révolution, éventuellement par voie électorale, mais pas seulement par addition de bulletins de vote)...

     

    5- La polarisation sur les questions électorales entraîne des problèmes d'une autre nature, qui sont ceux des postes, privilèges, et plans de carrières que permettent ou non les "succès électoraux". Si dans l'opinion, et avec l'intervention active des médias (et parfois des premiers intéressés eux-mêmes), s'est installée la notion de "classe politique", c'est bien que les responsables politique sont perçus (et parfois se pensent) comme des professionnels de la politique, voire des artistes de la politique spectacle. Donc défendant des intérêts qui leur sont spécifiques bien plus efficacement que ceux du peuple, et de leur propre électorat...

    La crise démocratique à présent ouverte en grand vaut invitation à s'attaquer frontalement à ce problème. Y compris en prenant la mesure du paradoxe qui veut que l'actuelle "vague dégagiste" que provoque cette crise, conjointe à une relève de générations, conduit à un renouvellement du personnel politique, plutôt qu'à une refonte démocratique du système par un changement de son logiciel. D'où des opportunités de réussite, qui à terme peuvent accroître le ressentiment de l'électorat populaire à l'égard de la démocratie parlementaire et libérale, et donner leur chance à ceux qui apparaîtront comme déterminés à en finir avec ce système...

    A cette menace on ne répondra pas par des promesses électorales, mais bien par l'intervention et la construction d'une force politique qui montrera concrètement quels intérêts elle défend, par quelles méthodes, pour quelle transformation sociale, démocratique et écologique... Un processus qui n'en est qu'à ses débuts et ne peut être que long et patient !

     

    Le 29/06/2019

    RM, JFP, CS, FS

     

     


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  • Sur la question des transports gratuits

    Samedi 22 juin 2019 au CN d’Ensemble !

     

    Il y a quelque temps nous avions sorti un tract demandant la gratuité des transports et quelqu’un y avait ajouté « pour les revenus modestes. » C’est une erreur fondamentale.

     

    Parce qu’en conditionnant la gratuité aux revenus on retombe dans l’imaginaire socialiste qui corrige à la marge un système injuste et nous alimentons le fond de commerce du Rassemblement National. Cela attise les jalousies. Pourquoi lui y a-t-il droit et pas moi ?

     

    C’est également une erreur, car on demande aux individus et aux familles qui peuvent bénéficier de ce droit de régulièrement faire la preuve de leur fragilité ou de leur précarité. C’est un marqueur social, c’est stigmatisant.

     

    Il conviendrait au contraire de revendiquer la gratuité pour tous car nous entrons dès lors dans une logique de solidarité réelle, dans la dignité.

    Par exemple, concernant les besoins vitaux, la gratuité des premiers m3 d’eau ou des premiers kw, est une garantie pour permettre leur accès à chacun. Chacun a droit à la même chose en fonction de la composition du foyer et la valeur de ce droit est donnée par la progressivité d’un tarif qui vise au final à taxer davantage le mésusage.

     

    Autre exemple, dans les pays du Nord, il existe des logements sociaux gratuits, ouvert à tous. Il conviendrait d’en étudier le fonctionnement et leur mode d’attribution. Mais, le fait qu’ils soient ouverts à tous garantit des logements de qualité, qui ne soient pas bâtis dans des zones de relégation. La notion d’égalité s’en trouve renforcée.

     

    Concernant les transports collectifs, la situation est la même mais doit se comprendre sous la logique d’une nouvelle forme de solidarité.

     

    A l’origine, quand les collectivités mettent en place ce service, elles répondent aux besoins de déplacement des individus. Au lieu d’aller à pied, on lui offre le confort d’un trajet en bus. On demande d’en payer l’usage, ce qui peut paraître normal, puis on en revendique des gratuités partielles liées aux revenus pour en rectifier les inégalités, ce qui semble également normal. Les combats sur ce terrain ont débouché sur des acquis en termes de solidarité qui ne répondaient pas forcément aux besoins de déplacement de toutes et tous, car ils étaient étroitement liés à la nécessité de se rendre au travail ou à l’école par exemple. Ces combats ont conduit à subventionner le réseau à hauteur de 70%.

     

    Mais aujourd’hui, la problématique est différente. Celui qui emprunte les transports collectifs rend service à la collectivité ou plus exactement à l’humanité. On ne lui rend pas service, c’est lui qui en empruntant les transports en commun rend service. Grâce à lui, nous luttons contre les gaz à effet de serre et agissons contre le réchauffement climatique en limitant les déplacements automobiles vers ou dans la ville. Il est donc, de ce fait, impératif de réclamer la gratuité de ce mode de déplacement. Nous ne sommes plus dans le même registre de solidarité. Ce registre est lié au maintien des conditions de vie dans notre écosystème et la solidarité s’opère également vers les générations futures. A Dunkerque la gratuité totale des transports obtenue lors de ce mandat était une promesse de campagne qui s’est rodée par la gratuité les jours de pics de pollution et les week-ends. Aujourd’hui, on constate une diminution du trafic automobile, là comme partout où la gratuité a été mise en place.

     

    Et dans ce cadre, il serait utile qu’Ensemble ! ressorte l’autocollant « j’emprunte les transports, en commun, je marche pour l’humanité, gratuité ! », il trouverait bonne place dans les manifestations pour le climat, dans les prochaines municipales et dans le projet émancipateur que nous nous devons de construire.

     

    En janvier dernier, à l’initiative de Paul Ariès s’est tenu à Lyon le deuxième forum de la gratuité, à l’appui de son livre « Gratuité versus capitalisme ». Les échanges ont conduit à considérer la gratuité dans les programmes des prochaines élections absolument nécessaires, la gratuité étant un instrument de lutte contre le capitalisme.

     

    Certains continuent de penser qu’il est normal de payer selon ses revenus. Ils y voient la façon de créer la solidarité. Or si nous bénéficions tous de la gratuité, sans condition de ressource, nous sommes également dans la solidarité. Ajouter un peu de gratuité aux petits revenus représente beaucoup dans leur budget, et cela représente très peu dans celui des revenus les plus riches. Nous pouvons même affirmer qu’à chaque fois qu’une collectivité met en place de la gratuité, il y a redistribution des richesses de façon proportionnelle aux revenus. La solidarité se redistribue dans la dignité et contribue par tant à l’émancipation de toutes et tous.

     

    Il conviendrait donc que nous portions cette exigence de gratuité dans notre projet, car elle représente en elle-même une nouvelle forme de solidarité et de redistribution des richesses.

     

     

     

    Samedi 22 juin 2019 au CN d’Ensemble !


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  • Le peuple? La gauche? la planète?

    Stratégie, imaginaire et théorie

    • 12 juin 2019
    • Par Jacques BIDET
     
    Ce qui nous manque, ce n’est pas seulement une stratégie, mais aussi une « vision du monde », ou, plus proprement : une théorie qui puisse fonder une pratique. La théorie est en elle-même impuissante, et elle n’est jamais qu’une grande hypothèse, portée par un imaginaire ; mais, sans elle, on ne peut justifier aucun choix.
     
    Le marxisme a été la référence principale du mouvement ouvrier. Il permet d’entrer dans l’analyse des rapports entre les classes. Mais il ne suffit pas pour aborder les rapports entre les humains et la planète. Le rouge n’a plus de sens que s’il est croisé avec le vert, ainsi qu’avec quelques autres couleurs. Mais comment penser tout cela ensemble ?

    J’argumenterai ici succinctement, dans la conjoncture issue des présidentielles, une orientation stratégique que je désigne comme celle d’une « Gauche populaire et planétaire », en la rapportant à l’approche théorique qui y conduit. Je m’appuie sur les analyses que j’avance dans « Eux et Nous ? », Une alternative au populisme de Gauche, paru l’an dernier. 

    Une « Gauche planétaire »

    Le concept « planétaire » relie l’écologique et le social : l’avenir de la vie sur terre et l’horizon d’une communauté politique globale.

    « Planétaire » renvoie, d’une part, à la « dérive écologique ».

    « Dérive », parce qu’il ne s’agit pas d’une « crise », mais d’une pente fatale, qui nous invite à envisager la fin de l’espèce humaine et un désastre planétaire sans précédent. Or on ne discerne pas aujourd’hui les forces humaines capables de l’enrayer. Ce qui est clair, pourtant, c’est qu’il n’y suffira pas d’une « transition ». Il y faudra, si les mots ont un sens, une révolution.

    Pour cette raison, la question écologique est désormais le centre de toute politique. La militance anticapitaliste est vaguement imbue de sa supériorité : elle tend à se représenter que les écologistes mettent certes le doigt sur l’essentiel, la lutte à mener contre la destruction de l’environnement, mais qu’ils sont incapables de s’en donner les moyens, parce qu’ils n’en mesurent pas les mécanismes. Ce n’est pas faux, sans doute ; et l’on peut penser  que « l’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux écologistes ». Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui les mouvements écologiques se montrent les plus capables de susciter l’imaginaire, de faire entrevoir et ressentir les périls à venir, et de mobiliser sur des « actions » significatives. S’ils s’avancent ainsi en tête, c’est parce qu’ils se concentrent sur les fins, qui sont aujourd’hui plus claires et plus faciles à imaginer que les moyens, les renversements socio-économiques requis. C’est là, tout à la fois, leur faiblesse sur le fond, mais aussi leur force immédiate. Ce n’est pas un hasard s’ils trouvent tant d’écho dans la jeune génération, non pas en raison des vertus supposées de la jeunesse, mais parce qu’elle est prédisposée à vivre imaginairement un avenir plus long.

    Première conclusion. Considérer que les partis Verts, y compris les plus fades, portent un message « révolutionnaire » parce qu’ils sont là pour témoigner d’un horizon qui transcende toute révolution sociale : celui d’une révolution vitale. Concrètement : faire confiance aux fortes amours qui s’esquissent, dans l’utopie des ZAD et ailleurs, entre l’écologique et le « commun » (un autre nom pour l’avenir : un commun-isme délivré de son « -isme »). Ils font ensemble un bon concept : ils montrent la voie pour l’offensive générale.

    « Planétaire » renvoie d’autre part à une « communauté humaine universelle »

    On ne peut plus prendre les questions politiques à partir du plan national, comme c’est traditionnellement le cas, au motif que c’est à cette échelle que les citoyens peuvent intervenir. Dans le mouvement ouvrier, c’était bien la dimension universelle qui alimentait les engagements les plus radicaux en vue de la révolution sociale :  « Prolétaires de tous les pays, … ». Mais les leviers pour l’action étaient nationaux. Cela ne peut pas suffire pour la « révolution vitale ». On n’engagera pas la lutte écologique en regardant le monde par le petit bout, national, de la lorgnette, à la façon du populisme de gauche. Tout est à reprendre.

    Le marxisme a fait la critique du capital, mais il n’a pas fait la critique de la nation. Je veux dire qu’il s’est intéressé à l’appropriation des moyens de production par une classe. Mais il a théoriquement ignoré son corollaire : l’appropriation d’un territoire par une communauté – question restée taboue. Le sentiment national, pourtant, se fonde en réalité sur le fait qu’une communauté s’approprie un territoire, dont elle entend bien qu’elle assure son existence matérielle et identitaire. « La France, elle est à nous », et c’est, bien sûr, pour cela qu’on l’aime tant... Ce sentiment national fonde la capacité de la population dans son ensemble à imposer aux dominants certaines contraintes en faveur de la vie commune. Mais cette « propriété éminente », partagée entre compatriotes, a sa contrepartie, qui se vérifie dans les 5 à 10 % du PIB que l’on garde pour exterminer les agresseurs possibles et les intrus de toute sorte. La fraternité nationale, c’est aussi le « meurtre primitif » du frère étranger.

    L’engagement national n’est pas aujourd’hui dépassé. Mais, dans les conditions de la dérive écologique, il perd tout son sens s’il n’est pas soumis à un engagement planétaire, qui ne peut exister qu’à partir du sentiment d’appartenir à une communauté politique universelle, planétaire. C’est-à-dire de former ensemble une « nation globale », une nation paradoxale, sans frontières, notre ultime nation, inscrite dans un territoire global sur lequel tous les humains ont les mêmes droits.

    Mais, ce que partagent entre eux tous les humains, ce n’est pas une propriété commune de la planète, c’est une responsabilité commune, parce que ce sont eux qui la détruisent – certains, du moins : certaines forces constitutives de la société humaine. Cela s’entend au plan local et national, sur lequel les citoyens ont effectivement le plus de prise. Cela concerne tout autant des communautés plus larges comme celle de l’Europe, où s’exercent des pouvoirs supranationaux, dont le commun du peuple doit s’emparer. Ce sont là, au sein de Système-monde », des « sous-systèmes » incontournables, flexibles mais durables. Cette responsabilité culmine à l’échelle globale : elle suppose que l’on y reconnaisse la « patrie commune », dont chacun attend légitimement qu’elle lui assure une existence digne et paisible. L’écologie conséquente suppose un humanisme radical, qui est celui de la « nation globale ».

    Deuxième conclusion. Les migrants se trouvent en position symbolique éminente parce qu’ils attestent, par leur mouvement même, que la vie sur terre – la leur en premier lieu, la plus menacée – est notre responsabilité commune. Ils exigent une fraternité universelle.

    Troisième conclusion. La lutte pour la paix est aussi importante que la lutte de classe et elle vise l’émergence d’une communauté politique globale : une nation globale.

    Quatrième conclusion. Il doit s’exercer un pouvoir écologique démocratique global, sans lequel cette nation globale n’existe pas : un pouvoir planificateur. Mais c’est que dans la dialectique des luttes sociales et écologiques que l’État-monde-de-classe qui émerge aujourd’hui de toute part (croisé au Système-monde de la domination des Centres sur les Périphéries), avec ses Appareils d’État mondiale et sa classe dominante mondiale, s’inclinera devant la puissance de la nation globale.

    Une « Gauche populaire »

    J’entends par là qu’il faut défendre tout à la fois le concept de « Gauche » et celui de « Gauche Populaire ». Ce sont là des concepts du registre politique. Mais, si on ne les rapporte pas au registre des structures sociales, qui sont aussi économiques, on ne fera jamais que les brandir comme des hochets sur une scène électorale. La question est complexe. Elle est théorique. Ce qui veut dire qu’elle ne renvoie à rien d’immédiatement lisible. Je vais cependant m’efforcer d’en dégager des lignes essentielles. Et cela en me référant à ce vieux truisme malicieusement formulé par Marx : « si les choses étaient telles qu’elles apparaissent, la théorie serait inutile ».

    Parlons d’abord de « la Gauche »

    Le couple Gauche/Droite est constitutif des sociétés modernes. S’il renvoie à une dualité structurelle de forces sociales dominantes, c’est parce qu’il n’y a que deux formes rationnelles de coordination l’échelle sociale, le marché et l’organisation. On a donc, d’une part, ceux qui ont des privilèges de pouvoir propriétaire sur le marché – voir Marx. Et, d’autre part, ceux qui ont des privilèges d’autorité compétente, c’est-à-dire de direction ou d’expertise, dans l’organisation sociale (entreprise, administration, santé, culture…) – voir Bourdieu, Foucault et autres. Ces deux forces dominantes, qui se reproduisent différemment, se trouvent dans des rapports de force très variables d’une période et d’une société à l’autre, par exemple des USA, où prédomine la première, à la Chine, où prévaut la seconde. Elles se trouvent toujours plus ou moins mélangées l’une à l’autre, car elles ont besoin l’une de l’autre. Entre elles, pourtant, il y a non seulement connivence, mais aussi compétition pour le pouvoir. Et surtout différence de nature. Le pouvoir capital vise en dernier ressort une richesse purement abstraite, le profit. Le pouvoir compétence est attendu sur des objectifs concrets : il n’a donc pas le même rapport au (commun du) peuple, il n’en est pas aussi radicalement séparé.

    Vaste problème. Le néolibéralisme, comme on le sait, tend à asservir le public au privé, le pouvoir compétent à la logique financière. Il ne peut cependant faire disparaître cet autre pouvoir, qui a, dans la modernité, une existence structurelle et donc une résilience indéfinie. Ce qui se manifeste, il est vrai, de façon paradoxale. Pour ce qui est du registre politique, qui nous occupe ici, l’autorité propriétaire tend à siéger à droite, l’autorité compétente, à gauche. La distinction entre la droite et la gauche ne signifie donc pas que les dominants auraient leur place à droite, et le peuple sa place à gauche. Elle correspond, en tout premier lieu, à un clivage au sein de la classe dominante. Quand aujourd’hui un parti de droite, visiblement dévoué au pouvoir capital, réussit à se faire passer pour un parti « ni droite ni gauche » ou « droite plus gauche », c’est que la force capitaliste est parvenue à absorber une bonne part de la force « compétente ». Elle y a toujours puisé ses états-majors, mais elle dispose maintenant d’une troupe nombreuse et plus arrogante que jamais. Cela ne fait pas que droite et gauche aient disparu : ce sont là des données structurelles, et ce serait une illusion de penser qu’il n’y ait plus aucun avenir pour des partis « sociaux-démocrates ». Seulement, leur destin n’est pas fixé d’avance.

    Il reste que ce clivage droite-gauche, s’il couvre tout le champ, ne rend pas compte de toute l’épaisseur du terrain politique. Mais restons-en ici à l’analyse de classe. Laissons donc de côté l’autre dimension, corrélative : celle du territoire, chargée d’affects et de mémoires –  traductibles en tendances nationalistes, populistes, régionales, religieuses, ethniques etc. – qui vient complexifier le tableau. Et laissons aussi du côté l’autre volet primordial, celui des rapports de genre, on y fera seulement allusion. Restons-en à l’idée, partielle et sommaire, que « le peuple » représente l’ensemble des gens dépourvus de ces privilèges de propriété capitaliste et d’autorité compétente. Et arrêtons-nous à ce fait, dès lors troublant, que, dans la balance du pouvoir politique moderne autour d’une majorité légitimée à gouverner, il n’y a que deux plateaux, que l’on peut désigner par les sigles Droite et Gauche, même si les noms diffèrent d’un pays à l’autre, et le plus souvent cachent la nature des enjeux. Le supplément de paradoxe en tout cela est que, si la structure sociale met en place un duel perpétuel entre les deux classes, celle d’en haut et celle d’en bas, la lutte politique est cependant triangulaire, parce que la classe dominante comporte structurellement deux « pôles », deux fractions, dont le pouvoir n’est pas de même nature. Dans ces conditions, le destin des forces populaires est de trouver une forme d’entente à gauche avec les détenteurs de « compétence » contre le pouvoir du capital : une dynamique d’alliance qui conduise à l’émancipation de cette double domination de classe. Il y a donc, structurellement, au sens où la structure politique renvoie à une structure sociale, deux gauches : une « gauche populaire » et une « gauche élitaire ». Mais ce n’est qu’ensemble qu’elles forment « la Gauche ».

    Cinquième conclusion. Une « union de la gauche » n’est pas toujours immédiatement réalisable, et, comme la politique ne se réduit pas aux partis, elle est irréductible à une simple réunion ou fédération, des partis de gauche. Mais elle est, en toute situation, un objectif à poursuivre, essentiel et incontournable. On en n’a donc pas fini avec « la gauche ». Elle est essentielle à une politique du peuple, laquelle, cependant, a sa propre identité.

    Comment, donc, définir l’orientation politique d’une « Gauche populaire » ?

    « Populaire » renvoie ici, en termes de classe, au peuple « social », au « commun du peuple », au « peuple commun », au peuple des « sans privilège », qui affronte les dominants sur le double terrain du marché et de l’organisation. Vaste problème. En bonne logique du moins, ce « peuple » aura en vue une politique « de gauche », une politique d’union à gauche, mais selon les conditions qui lui ouvrent un chemin vers  l’hégémonie. Comment définir la stratégie qui vise à cette hégémonie ?

    La stratégie populaire comporte deux volets indissociables. Elle consiste, d’une part, à s’appuyer, dans toute la mesure du possible, sur les « forces de l’organisation » – celles de la « compétence » reconnue à ceux qui occupent, aux divers niveaux, des fonctions de direction ou d’expertise, qui sont plus dirigeants que dirigés, plus experts qu’expertisés, et qui s’avèrent, de ce fait, capables de s’arroger les avantages corrélatifs propres à assurer  leur reproduction culturelle et sociale – pour maîtriser les « forces du marché », celles de la propriété capitaliste. Et d’autre part, à maîtriser les forces de l’organisation en faisant monter en puissance une « démocratie radicale », une démocratie active de tout le peuple. L’alliance du peuple commun avec les « forces de l’organisation » peut être associée à la tradition marxiste. Elle s’exprime dans les combats contre la privatisation, pour des nationalisations, pour les garanties de salaires, congés, retraites, etc., pour les services publics d’éducation, de santé, de transports, de recherche, etc. Ce sont là les combats de la Gauche contre la Droite. Les « grandes transformations » du communisme à l’Est et du socialisme à l’Ouest se sont faites, pour le meilleur et pour le pire, sur cette base. Reste l’autre volet : celui de la recherche d’une emprise populaire sur les « forces de l’organisation ». Elle lui ajoute une autre dimension, que l’on retrouve  tant dans la tradition anarchiste-libertaire que dans la tradition marxiste. Elle se manifeste dans les luttes contre les inégalités de revenus (donc d’habitat, d’éducation, etc.) qui permettent la reproduction des privilèges sociaux de compétence, dans les luttes syndicales et autogestionnaires contre les prétentions du pouvoir (autodéclaré) compétent au sein des entreprises et administrations, contre la méritocratie, etc. Elle revient en force avec la passion du « commun », qui met, censément du moins, tous les participants sur le même pied.

    Sixième conclusion. La lutte démocratique de la Gauche populaire à l’encontre de la Droite implique aussi de contrer les desseins hégémoniques, sans cesse résurgents, de la Gauche élitaire.

    Quelle sera la pratique politique d’une « Gauche populaire » ?

    Elle sera pluraliste. En dépit de leurs clivages structurels, la Droite est structurée par le réseau des intérêts capitalistes, aujourd’hui centré autour du capital financier, et la Gauche Élitaire articulée par l’épine dorsale de sa constitution hiérarchique. La Gauche Populaire ne dispose pas d’emblée d’un tel principe d’unité. Elle ne peut émerger que d’une multitude de combats divers, politiques, syndicaux, associatifs ou conjoncturels, des luttes féministes, écologiques, culturelles ou anticoloniales. Elle est immédiatement tournée vers des objectifs très variés, donnant lieu à des combats nationaux, mais aussi locaux, disparates dans l’espace et dans le temps, et à des regroupements et des traditions diverses, porteuses d’expériences et d’identités hétérogènes. Elle est cependant potentiellement rassemblée, parce qu’elle est face à une unique classe dominante, sur le double front du pouvoir-capital et de l’autorité-compétence. Et c’est pourquoi aussi elle est capable de luttes d’ensemble. C’est dans ce contexte qu’elle doit trouver les formes de son organisation politique, celles de la classe populaire.

    La pratique politique de la gauche populaire ne peut s’affirmer qu’en faisant de cette diversité politique, sociale et culturelle, la base d’une puissante association, capable de désintégrer la classe dominante, de briser la complicité entre ses deux fractions. Elle ne détruira pas ce qui s’est construit dans le temps ; elle ne prétendra pas absorber ce qui s’invente dans l’instant. Elle suppose en effet, le rassemblement de tous les partis et groupes politiques qui ont émergé ou qui émergent dans l’espace populaire. Le principal danger qui pèse sur elle est de s’en remettre à son « organisation », c’est-à-dire aux maîtres en organisation, aux « compétences », bureaucratiques ou charismatiques, qui tendent tout naturellement à l’investir, et qui prévalent dans les pures unions au sommet. Sa force ne peut lui venir que par l’union, en bas, de tous les engagements militants. C’est-à-dire sur la base non pas d’un programme prédéfini, mais d’une orientation commune vers l’émancipation des rapports de classe et de genre et des domination nationales, vers une communauté des vivants. On peut penser qu’ici et maintenant un tel bloc politique existe potentiellement. Le collectif local, auto-gouverné, doit en être la base principale. C’est dans ce contexte que pourra s’opérer la convergence entre la culture associative et syndicale, entre les projets de long terme et les soulèvements conjoncturels. L’intercommunication dans l’espace national, sa traduction démocratique en un sommet dynamique, réactif et inventif, ne sont pas, à l’ère d’Internet, le plus difficile à concevoir. L’essentiel est dans cette capacité à s’unir en bas, qui seule peut donner sa solidité et sa durabilité à « l’association politique » qui doit être celle de la gauche populaire. C’est dans ce contexte, pluriel et flexible, que les partis et mouvements feront la preuve leur utilité et l’apport de leur identité, une richesse pour tous.

    Septième conclusion. La structuration d’ensemble de l’organisation politique de la Gauche populaire ne peut être ni celle d’un parti, ni celle d’un mouvement : ce sera une forme-collectif, syncrétique à la base, génératrice d’un corps politique cohérent et divers, auto-discipliné, capable d’élaborer ses programmes, de produire et de contrôler ses dirigeants, et de prendre à chaque moment l’initiative.

    Quel horizon révolutionnaire ?

     « Gauche populaire » : une formule creuse si l’on en reste à ce que chacun de ces mots évoque séparément. Elle n’a de sens que comme convergence de toutes les causes d’émancipation de classe, de sexe et de nation (la « race » est le croisement des trois) dans le moment écologique.

    Le capitalisme est l’adversaire commun, vu que sa logique, notamment dans sa forme néolibérale, la plus incontrôlable, est celle du pur profit. La logique marchande du capital n’a jamais rien produit qu’en relation avec une logique organisationnelle, qui ne lui appartient pas comme un attribut naturel. Et elle n’a jamais produit rien de socialement utile, si ce n’est sous l’influence de la puissance populaire, qui expriment ses besoins et ses désirs (et l’on n’oubliera pas que sont les vieux syndicats « marxistes » qui ont avancé les schémas anti-productivistes les plus efficients : travailler 35 heures et jusqu’à 60 ans, ça suffit).

    Il nous faut sortir de ce doute refoulé qui pourtant nous revient en cauchemar subliminal : bien sûr, se dit-on dans le secret, le capitalisme est affreux, il exploite, il abrutit, il sème la guerre, mais c’est lui qui met les gens en mouvement, qui nous force à travailler, à coopérer à travers les continents, et qui finalement unit entre eux tous les humains à chaque moment, c’est lui qui produit le progrès et finalement notre joie de vivre, …l’histoire avance par le mauvais côté, mais c’est parce que l’homme (l’autre surtout) est mauvais, et c’est ainsi qu’elle avance. Eh bien non ! L’évidence écologique vient aujourd’hui dissiper cette fumée mensongère. Il commence à apparaître au grand jour que le capitalisme est foncièrement destructeur et non créateur : que sa logique de profit est celle du suicide collectif et de l’extinction de la vie qui nous entoure. Cessons de nous laisser impressionner par les prétentions du capitalisme.

    La Gauche, comme grande alliance contre le capital, a donc d’emblée une pertinence mondiale puisque ce qui s’impose est une planification écologique à l’échelle globale. Les problèmes deviennent tellement urgents qu’ils vont s’avérer plus simples et que, comme c’est le cas en temps de guerre, la compétence essentielle, celle de la survie, va devenir commune à tous les humains. Car chacun en viendra à savoir ce qu’il faut faire, socialement et non simplement techniquement, pour enrayer le réchauffement climatique, l’extinction des espèces, la pollution de l’air, etc. Cela induit, potentiellement, un nouveau rapport de force et d’intelligence entre la gauche populaire et la gauche élitaire.

    Á la domination impérialiste, qui culmine sous la forme d’un capitalisme mondialisé, répond la résistance des nations dominées, des territoires saccagés, des cultures qui veulent vivre. Elle aime le végétal, l’eau potable, la sobriété et la lenteur, les forêts à venir. C’est ainsi que le rouge en vient à rencontrer le vert. Ce n’est qu’ensemble qu’ils peuvent prendre la mesure du futur. L’imaginaire de la révolution sociale se rappelait dans le drapeau rouge. Dans L’Internationale. On la chantait encore sur la place Tiananmen. Ce n’est pas si loin. Et ce joli mot, « camarade », dont le charme est d’être aussi bien féminin que masculin, se dit aussi aujourd’hui « Sisters and Brothers ». Car c’est ainsi qu’on s’interpelle dans une langue commune à l’Inde féministe, à l’Afrique postapartheid, au mouvement noir américain et à au syndicalisme révolutionnaire qu’il inspire, comme aussi dans les langues de l’Islam libéré et dans celles des peuples de Sud-Amérique. Ces mots n’ont de sens et de souffle que dans l’écologie de la communauté humaine. Le Père, qui était aux cieux, s’est retiré. Reste la terre Mère, et rien ne prouve qu’elle vivra « dans les siècles des siècles ». La tâche, incertaine, du jour est la révolution sociale-écologique universelle, fondatrice de la nation globale.


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  • Pas de big bang sans chômeuses et chômeurs

     

    Construire une nouvelle espérance dit l’appel Big Bang.

    Mais ceci signifie prendre la mesure de ce qu’il faut reconstruire.

    J P L insiste à juste titre sur les limites des voies ordinaires de la lutte électorale pour changer de société, et sur la nécessité de nous sortir du confort de cet à priori stratégique trop largement impensé (ou peu soumis au débat).

     

    Les luttes des dominé-e-s n’ont pas été sans effet sur les système politique et sur les appareils d’Etat : ceux ci construisent à la fois les alliances du bloc au pouvoir ( la bourgeoisie n’a pas toujours les mêmes alliés de classe) et le désarmement des exploité-e-s ( qui ne se fait pas uniquement par l’usage de la violence légitime). Les luttes du XIXème et XX siècle et la réorganisation de la société capitaliste ont conduit à des formes d’Etat providence et de société salariale qui  supposaient certaines formes d’expression démocratique comme mode de régulation du compromis social .

     

    Si certains aspects de ce compromis subsistent aujourd’hui, nous avons insuffisamment pris en compte les changement d’orientation stratégique de la bourgeoisie pour faire face aux luttes des années 70 et de la contestation du compromis fordiste . Par contre le mouvement ouvrier, « aveuglé » par des acquis négociés dans la période a cru qu’il suffisait de continuer comme avant.

     

    C’est ainsi que l’on voit encore aujourd’hui le mot d’ordre de retour aux « jours heureux » comme s’il suffisait d’annuler les reculs et de retrouver les acquis pour changer de société.

     

    Or la société a changé, je ne développerai ici qu’un aspect : le chômage de masse et les différentes formes de précarisation comme outil central de division de la classe ouvrière et des classes dominées . Nous parlons de convergences des luttes comme si « le fond de l’air était encore rouge » et que dominait la façon de penser le monde , la solidarité de la gauche traditionnelle. Ainsi nous sous-estimons les conséquences de la segmentation qui n’est pas seulement un objet sociologique.

     

    Aujourd’hui aux yeux de nombreux salarié-e-s les personnes en chômage ne sont pas des « privés d’emploi » victimes d’un système qui produit les licenciements, mais des personnes à part qui profitent de « ceux qui se lèvent tôt ». D’où l’agrément ( dans les enquêtes) des salarié-e-s en emploi aux sanctions contre les chômeurs . Alors même que ces sanctions participent du maintien de l’ordre capitaliste dans les entreprises : le chômage-précarité est un enfer qui fait peur et génère un sentiment d’insécurité sociale généralisé. En réplique, les précaires se méfient des syndicats.

     

    Il ne peut y avoir pour toutes ces catégories d’intérêts communs visibles à prioiri si l’on reste dans le cadre de ce système : c’est pourquoi la très large sympathie pour les gilets jaunes ne s’est pas transformée en jonction des luttes, c’est pourquoi d’autres luttes restent isolées.

     

    Cette situation est aussi l’effet des batailles idéologiques perdues qui fait qu’aujourd’hui des textes comme la déclaration universelle des droits ou celle de l’organisation internationale du Travail de Philadelphie apparaissent comme des textes « révolutionnaires » ( avec une connotation négative : utopiques ou irréalistes). Pourtant les aspirations à l’égalité et à la fraternité et à la démocratie pour toutes et tous ont résisté à la vague libérale.

     

    Faute d’assumer cette radicalité, faute de construire une alternative ces aspirations resteront lettre morte, du domaine du rêve sans prise sur le réel.  Retrouver une dynamique de transformation de la société est la clé pour  le »s luttes immédiates.

     

    Pour reprendre l’exemple du chômage, il n’y pas d’espace pour contrer la logique d’exclusion qui se met en place sans remettre en cause le fonctionnement du « marché du travail » capitaliste, et derrière le droit de propriété qui permet d’abuser de son bien.

     

    C’est en affirmant une vision d’un autre monde comme «  une société qui

    fasse une place à toutes et à tous »

    ou « le travail n’est pas une marchandise1 » 

    ou réaliser

    « l’emploi des travailleurs à des occupations où ils aient la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun2 » 

    que l’on peut aujourd’hui défendre les droits des chômeur-euses...

    mais aussi la transition écologique par le débat sur le « bien être commun ».

     

    Depuis une quinzaine d’années syndicats et mouvements de chômeurs portent revendications et projets alternatifs sans qu’une campagne ne les relaie, ne les affirment dans le débat public . Pendant ce temps Macron instrumentalise le chômage, la précarité et la pauvreté avec par exemple le revenu universel d’activité.

     

    Voilà une orientation qu’Ensemble devrait porter dans un big bang pour refonder : on ne peut pas se lamenter sur la rupture avec les classes populaires et ne pas mettre au centre de son action des réponses à celles et ceux qui subissent le plus violemment les méfaits du capitalisme et qui viennent de poser leurs exigences dans nombre de mouvements contre la précarisation : dans les gilets jaunes mais aussi les EHP AD et l’aide aux personnes , la grande distribution , l’hôtellerie -restauration … mais aussi chômeur-euses, précaires et même uberisés .

     

    Porter ensemble -politiques syndicalistes associatifs- une campagne commune dans le débat public comme cela se fit avec la journée des 8 heures à la fin du XIXème est une nécessité pour réinventer nos modèles et nos imaginaires,

     

     

    1Citation de la Déclaration de Philadelphie 1944

    2Idem


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