• Covid-19. Devant les députés, les anciennes ministres avancent masquées

    Jeudi, 2 Juillet, 2020

    Covid-19.

    Devant les députés,

    les anciennes ministres avancent masquées

    Entendues par la mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Covid-19, Agnès Buzyn et Marisol Touraine ont défendu leurs exercices en tant que ministres de la Santé.

    Elles rejettent leurs responsabilités concernant les masques et le manque de préparation du système de santé.

     
     

    « O ui, le pays était prêt. »

    Si les anciens ministres l’assurent, pourquoi en douter ?

    La mission d’information de l’Assemblée nationale sur le Covid-19, chargée de comprendre ce qui a pu faillir dans la gestion de la crise sanitaire, a auditionné, mardi et mercredi, Agnès Buzyn (ministre de la Santé de 2017 à 2020) et Marisol Touraine (entre 2007 et 2012), avant d’entendre leurs prédécesseurs Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand.

    La pénurie de masques dont a souffert la France – et le personnel hospitalier en particulier – a été au centre de ces auditions.

     

    Hier, Marisol Touraine a martelé son bilan en la matière :

    « Il n’y a pas eu de changement de doctrine entre 2012 et 2017 sur les masques.

    Il y avait 730 millions de masques chirurgicaux à mon arrivée, 754 millions à mon départ. (…)

    Si nous avions eu ces stocks il y a quelques semaines, la situation aurait été différente. »

     

    Mais alors, comme se fait-il qu’en février 2020, à l’arrivée du Covid-19 en France, ce nombre tombe à moins de 200 millions ?

    La veille, Agnès Buzyn reportait la faute sur les agences sanitaires, notamment Santé publique France et le directeur général de la santé, Jérôme Salomon.

    En 2018, ce dernier prend la décision de détruire 600 millions de masques périmés et de n’en recommander que 100 millions.

    « La gestion des stocks de masques ne remonte pas au niveau du ministre », s’est défendue l’ex-candidate à la mairie de Paris, se dédouanant de toute responsabilité, tout en assurant « assumer totalement » les décisions prises par les agences…

    Mais était-ce possible que, durant trois ans, Agnès Buzyn n’ait pas été informée du nombre clairement insuffisant de stocks, comme elle l’a affirmé, mardi ?

    Sa prédécesseure Marisol Touraine semble en douter :

    « Une ministre ne va pas compter les stocks mais une ministre marque des orientations, prend des décisions (…)

    Le directeur général de la santé me remontait l’état des stocks à chaque point régulier. »

    L’ancienne ministre de François Hollande a cependant ajouté qu’elle souhaitait tendre à un stock de 1 milliard de masques, mais que Santé publique France ne l’a pas fait.

     

    Rejeter la responsabilité sur les autres, Agnès Buzyn en a fait, mardi, sa principale ligne de défense.

    Car il s’agissait bien de se défendre.

    Quarante-huit heures après sa défaite cinglante aux élections municipales de Paris, l’ancienne cancérologue est apparue souvent confuse, parfois hésitante, voire vacillante.

    Elle a toutefois cherché à tenir tête aux députés, s’appuyant sur un récit chronologique précisément daté de ses derniers mois de ministre, pour prouver qu’elle avait tout bien fait.

    Elle aurait compris « avant tout le monde » le potentiel danger à venir, n’a « pas cessé d’agir depuis » et a « anticipé, beaucoup plus qu’ailleurs ».

    « Ce que nous avons mis en place est sans commune mesure avec ce que j’ai vu dans les autres pays », a-t-elle affirmé.

    Et si l’Allemagne s’en est sortie avec environ quatre fois moins de morts, « cela peut être dû à beaucoup de choses » mais pas l’incapacité du gouvernement à mettre en place un système de dépistage massif avant le mois de mai…

    Agnès Buzyn résume son propos : « Vous ne pouvez pas dire que je n’ai pas anticipé. »

     

    C’est d’ailleurs ce qui aurait justifié sa décision de quitter le gouvernement, le 16 février, pour remplacer Benjamin Griveaux comme candidat LaREM à la mairie de Paris.

    « J’estime alors avoir suffisamment préparé le système de santé et pouvoir gérer la crise en tant que maire. L’histoire aura montré que ça ne se sera pas passé », glisse-t-elle dans un sourire.

    Un aplomb qui étonne, quand on connaît la suite : des hôpitaux et services de réanimation saturés en Île-de-France et dans le Grand-Est ; de graves pénuries de masques, médicaments et équipements ; un système de dépistage défaillant…

     

    Le député LR Jean-Jacques Gaultier interroge :

    « Vous dites avoir quitté le ministère en sachant, mais en sachant quoi ? Qu’il y avait un risque et que le pays était prêt ? Auquel cas c’était une erreur. Ou qu’il y avait un risque et que le pays n’était pas prêt ? Auquel cas c’était une faute. »

     

    L’impréparation, voire l’inconscience du gouvernement, Agnès Buzyn l’avait pourtant sous-entendue, le 17 mars, dans un article du Monde :

    «Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. »

    Sommée de s’expliquer sur ces propos, l’ancienne ministre s’est montrée très émue :

    « La journaliste m’appelle le lendemain du premier tour des municipales. (…) J’avais passé une journée épouvantable, j’étais fatiguée. On m’accusait sur les réseaux de n’avoir rien vu, c’était tout le contraire. J’ai pressenti un danger bien avant les autres.»

    Anticipant sur tout mais responsable de rien, Agnès Buzyn a martelé, non sans culot :

    « J’avais tout préparé. »

    Après son audition, les doutes à ce sujet n’ont été que renforcés.

     

    Florent Le Du

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