• BIG BANG A GAUCHE, UNE LUEUR D’ESPOIR ?

    Dernière livraison de la Gauche Cactus de Jean-Luc Gonneau

    BIG BANG A GAUCHE,

    UNE LUEUR D’ESPOIR ?

    jeudi 18 juillet 2019
    par  Jean-Luc Gonneau
     

    Nous avions reproduit, dans un précédent numéro, l’appel d’Elsa Faucillon et de Clémentine Autain, toutes deux parlementaires, la première PCF, la seconde LFI, à un rassemblement à gauche.

    Puis, après les mauvais résultats obtenus par la gauche à l’élection européenne, Clémentine Autain fit part, sans agressivité, de ses doutes et critiques à propos de la ligne politique adoptée par LFI.

    Qui sont bien proches de celles que nous avions émises dans notre précédent numéro (cf. l’article J’avais envie d’écrire à Jean-Luc Mélenchon).

     

    Puis, au dernier jour de juin, Clémentine et Elsa on invité les signataires de leur appel (ils sont environ 5000) à une rencontre « Big Bang à gauche » sous le chapiteau du Cirque Romanes.

    Cirque bondé dès l’ouverture, ambiance plutôt joyeuse, fort contingent issu d’Ensemble, présence assez nombreuse aussi de militants du PCF plutôt critiques envers leur direction, des non encartés, quelques amis du NPA (dont Olivier Besancenot), des syndicalistes (dont Philippe Martinez), des écolos de gauche (dont la caution de papy Mamère), des associatifs… et bien peu de LFI.

     

     

    Le point d’orgue politique de l’après-midi fut le discours de Clémentine Autain, à la fois ramassé et roboratif (les deux vont généralement bien ensemble).

    Première affirmation forte : la gauche, ça a du sens, davantage que le peuple.

    Deuxième affirmation : le rassemblement ne peut se faire qu’avec une volonté de dialogue : au « rassemblez-vous autour de nous » qu’utilisèrent autrefois le PCF ou PS, plus récemment LFI, et aujourd’hui EELV, il faut opposer le « construisons ensemble » ou « identifions nos communs », sans en exclure les organisations tout en ouvrant largement les portes aux citoyen.nes non encarté.es.

    Ajoutons-y une insistance bienvenue sur l’importance de la culture, mal aimée de tous les récents gouvernements, de « gauche » comme de droite.

    La culture par l’enseignement ou par la sensibilité, la culture mère de toutes les batailles pour l’émancipation (citation de João Silveirinho, libre de droits pour recaser dans les discours).

     

    C’est un peu le discours que nous espérions de Jean-Luc Mélenchon, tout en sachant qu’il lui serait difficile de le dire, imbriqué qu’il semble être dans l’échafaudage théorique, en bien des points intéressant mais qui, comme tous les échafaudages théoriques, ne saurait être pris en modèle, du couple Ernesto Laclau/Chantal Mouffe.

    Car autant le concept de « peuple » peut être discuté à l’infini ou presque (un concept gazeux ?), et cela bien au-delà des préoccupations des gens à qui l’on pense s’adresser, autant celui de gauche garde malgré tout un sens.

    Oui, malgré tout.

    Malgré les dérives dictatoriales, de Staline à Mao et d’une pléthore de potentats de moindre importance mais non moins féroces, parfois, dans l’exercice de la cruauté.

    Malgré les errements droitiers des social-démocraties, avec pour ne rester qu’en France les doubles langages de la SFIO molletiste, la « pause » mitterrandienne de 1983 dont le PS ne fut jamais capable de sortir et, point d’orgue admirable dans l’histoire du reniement de la gauche par le PS, le quinquennat de François Hollande, marqué par les cadeaux aux entreprises sans contreparties sociales, brillante idée du jeune Macron, les lois liberticides mises en musique par le jeune Valls, le sabotage du code du travail, orchestré par le duo Macron-(la jeune) El Khomri et l’horreur évitée de justesse du projet de loi sur la déchéance de nationalité, qui eut constitué un début de retour au pétainisme.

    Notons au passage qu’Emmanuel Macron a réussi le prodige de dézinguer Hollande pour faire encore pire, au nom du « progressisme », puisque, dans les cercles du pouvoir, le mot gauche (dont pourtant Macron se prévalait il n’y a pas si longtemps) est devenu obscène.

     

    Malgré tout, abimée par tant de trahisons, la gauche, sans prétendre à d’enthousiastes amours, sans susciter beaucoup d’illusions, garde au moins un avantage : pour une bonne partie du « peuple » (au sens « les gens », c’est moins pire que la droite.

    C’est même vrai aux Etats-Unis, où beaucoup (mais pas tous bien sur) pensent que ceux qu’ils situent « à gauche », c’est-à-dire les démocrates, sont moins pire que ceux qu’ils situent à droite, les républicains.

     

    Et concernant les façons de rassembler, il semble que le temps ne soit plus aux prétentions hégémoniques d’un parti fort entouré de quelques satellites (idiots utiles, aurait dit Vladimir Oulianov).

    Identifier les communs partagés et en faire un socle, reconnaître et relativiser les divergences, pas forcément si nombreuses et si fortes (exemple : nous, on dit la gauche, vous, vous dites le peuple. On se cause, ou pas ? On dit pourtant, dans le contenu, à peu près la même chose, si ?).

    Alors essayons, d’autant que le Fil des Communs ne se veut pas une organisation politique de plus sur le marché électoral, mais un lieu de rencontres, en tout bien tout honneur, hein, et de débats.


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