• A propos de l’unité, du rassemblement, des candidatures présidentielles, du contenu et du « périmètre ».

    A propos de l’unité, du rassemblement,

    des candidatures présidentielles,

    du contenu et du « périmètre ».

     

     

    Contribution aux débats en cours

     

    A tort ou à raison, je crois qu'il y a parfois une ambiguïté dans les échanges que nous avons aussi bien au sein d'Ensemble que, au-delà, au sein la gauche antilibérale, à propos du rassemblement, de l'unité, des candidatures présidentielles.

    Je crains, en particulier, que l'on passe subrepticement de l'objectif (louable) du rassemblement de la gauche antilibérale et de l'écologie à celui d'une candidature 2022 unique de la gauche (libérale et antilibérale) et de l'écologie. 

    D'où la contribution suivante (qui reprend au passage quelques développements déjà publiés dans divers courriels).

    Bonne lecture

    Cordialement

    FC

     

     

    A propos de l’unité, du rassemblement,

    des candidatures présidentielles,

    du contenu et du « périmètre ».

     

    De nombreux éléments (me) poussent à revenir sur l’articulation et/ou la contradiction qui existe entre construction du rassemblement et perspectives électorales (présidentielles).

    Ainsi en va-t-il du résultat des élections municipales, de leurs interprétations - notamment la projection faite un peu rapidement sur les stratégies unitaires gagnantes aux municipales et à la Présidentielle - , de divers sondages - dont celui, beaucoup commenté, d’Ifop Fiducial de juin 2020 – ainsi que des multiples échanges récents au sein d’Ensemble Insoumis comme d’Ensemble, sur les différentes listes comme en assemblée(s) virtuelle(s) Zoom et, plus généralement, des différents débats de perspective qui émergent à gauche.

     

     

    Dans un premier temps, en réaction à différentes contributions préparatoires à la réunion de « Ensemble Insoumis », j’avais voulu indiquer non pas – j’espère qu’il n’y avait pas d’ambiguïté sur ce point - qu’il fallait envisager le rassemblement au prisme de 2022, ce qui serait évidemment le plus court chemin vers l’échec.

    Mais, au contraire ou à l’inverse (si l’on préfère), que des avancées (voire un véritable succès) en matière de rassemblement[1] – ce qu’il faut naturellement construire et prioriser - ne résoudraient absolument pas la question de la candidature 2022.

     

    Or il s’agit là d’une échéance qu’un club de réflexions peut tout à fait « sauter », mais qu’une organisation politique militante ne pourra pas éluder, même si elle pense que ce n’est pas l’essentiel.

    L’essentiel qui serait, au choix, les revendications (transitoires), le projet de société, la dynamique du rassemblement ou encore l’émergence d’un nouveau mouvement politique.

     

    N’empêche qu’il y a peu de chances pour que nous échappions – pas plus, d’ailleurs, que quiconque - à l’élection présidentielle…

     

    Mieux vaudrait donc essayer de définir une méthode qui permette - à la fois mais de manière déconnectée -d’avancer sur la voie (escarpée) du rassemblement ET d’essayer d’être partie prenante, malgré tout, de la campagne présidentielle de 2022.

     

    Mais, à l’évidence, la question du rassemblement de la gauche antilibérale n’est qu’une partie du débat qui nous traverse.

    Je pense notamment à la signature de l’appel des « 150 personnalités proches de la gauche et de l’écologie » par certains militants d’Ensemble et d’Ensemble Insoumis ainsi, d’ailleurs, que par des militants et militantes du mouvement social appartenant sans l’ombre d’un doute à notre culture radicale.

    Je pense aussi, naturellement, aux leçons des élections municipales, en termes d’unité de la gauche et des écologistes.

    Leçons tirées de façon partielle et, à mon avis, un peu rapidement.

     

    Si j’ai bien compris, la démarche proposée consisterait à construire le rassemblement autour d’une confrontation programmatique de façon à ce que le socle soit « le plus à gauche possible »[2]

    mais avec l’objectif proclamé d’une candidature unitaire (unique ?) à gauche afin d’éviter un nouveau « désastre », dont la version la plus probable serait la réédition d’un second tour Le Pen - Macron.

     

    Dans cette approche, la gauche en question inclut « naturellement » le Parti socialiste et EELV.

    Même si, je le crois, la plupart de nos camarades tentés par cette démarche souhaiteraient que le/la candidat/e unique soit plutôt de la gauche antilibérale que de la gauche social-libérale…

     

    N’empêche que je crains que l’on passe subrepticement de l’unité de la gauche antilibérale à… l’union de la gauche (et des écologistes).

    Autant le dire franchement, cela ne me paraît PAS une bonne idée.

     

    Aboutir à une candidature unique de la gauche radicale - ou de la gauche antilibérale, si l’on préfère - me paraît extrêmement difficile et probablement hors de portée, pour toute une série de raisons sur lesquelles je reviendrais éventuellement.

    Mais, oui, ce serait une issue souhaitable et, donc, un objectif tout à fait légitime.

    Par contre, avoir un candidat unique de la gauche et, donc, si l’on ne joue pas sur les mots, un candidat commun à la gauche libérale et à la gauche antilibérale ne me paraît ni possible ni, surtout, souhaitable.

    C’est, pour moi, un remède erroné répondant sans doute à un diagnostic erroné.

     

    Cette fausse solution est en effet essentiellement présentée comme la seule manière pour que la gauche soit au second tour, ce qui est naturellement une condition nécessaire[3] pour qu’elle ait éventuellement une chance de l’emporter.

    Cette analyse repose en fait sur deux présupposés assez proches mais, pour le moins, discutables.

    Le premier présupposé est que si la gauche ne parvient pas à se qualifier, c’est parce qu’elle serait divisée.

    Le second présupposé est que si elle n’était pas divisée, alors son candidat unique pourrait se qualifier (plus) facilement.

    A vrai dire, ni l’un ni l’autre de ces présupposés qui semblent l’expression du bon sens ne me semblent véritablement fondés.

    Ils sont a minima, extrêmement fragiles et discutables.

     

    Dans le passé, il est déjà arrivé à la gauche – à ce stade, je ne discute pas quelle gauche, réformiste ou radicale, d’accompagnement ou de transformation, social-libérale ou antilibérale – de gagner l’élection présidentielle.

    Cela a été le cas en 1981, en 1988 et en 2012.

    C’est-à-dire, au final, un nombre de fois suffisamment limité pour que l’on se souvienne encore des circonstances de ces scrutins !

    La vérité historique oblige à constater qu’alors la « gauche » avait plusieurs candidats, qu’elle était loin d’être unie et même que ses divisions étaient nettement plus exacerbées qu’aujourd’hui.

    Il n’existe donc aucune automaticité entre désunion et défaite ou, à l’inverse, entre union et victoire.

     

    Naturellement, dans cette réflexion, on ne peut pas passer à la trappe le traumatisme qu’a représenté en son temps le 21 avril 2002 qui vit l’élimination de Jospin.

    Même si, depuis, l’absence de la gauche au second tour s’est beaucoup banalisée !

    Mais, précisément, nous avons toujours refusé la fausse « explication » donnée par le Parti socialiste qui voudrait que ce soit la division de la gauche et la multiplication des candidatures qui soient responsables de cette élimination.

    La défaite de Jospin n’a pas été causée par le fait que des électeurs de gauche ont voté pour Taubira, Mamère, Chevènement, Hue, Laguiller, Gluckstein ou encore Besancenot[4].

    Valider cette « explication » de l’échec par la division est la voie de la facilité et ne permet pas de comprendre l’ampleur des problèmes.

    Non, la cause de l’échec de Jospin – je m’excuse de cette lapalissade - c’est le fait qu’une partie significative des électeurs traditionnels de la gauche … n’ont pas voté pour lui !

    Ce qui a sans doute un rapport avec son bilan et à sa politique, non ?

     

    Deuxième présupposé : une candidature unique permettrait de passer l’obstacle du premier tour.

    Sous-entendu : elle serait en mesure de bénéficier de la somme des suffrages qui se seraient éparpillés sur divers candidats de gauche dans le cas de candidatures multiples.

    Au-delà même des conséquences de ce raisonnement sur le contenu de l’unité – on y reviendra - c’est là une supposition très discutable, en tout cas non démontrée.

    En effet, rien ne permet d’affirmer sur le mode de l’évidence que, par exemple, en l’absence d’un candidat proche de la gauche « radicale », les électeurs et électrices qui auraient voté pour lui voteraient automatiquement pour le candidat de la gauche social-libérale (ou de l’écologie libérale), au premier tour.

    De même penser qu’en cas d’absence d’un candidat représentatif de leur culture politique les électeurs et les électrices « modérées » qui se reconnaissent dans la doxa social-libérale se précipiteraient pour assurer la qualification d’un candidat estampillé antilibéral ou « gauche radicale » relève en grande partie de la pensée magique.

    Sans doute, dans un cas comme dans l’autre, certains électeurs et certaines électrices ne disposant pas du candidat de leur « sensibilité » se résigneraient, au nom du moindre mal, à porter leur suffrage sur le candidat unique.

    Mais dans quelles proportions ?

    Suffisamment pour qu’il se qualifie ?

    Rien n’est moins sûr…

     

    Front unique, front politique et social, front populaire, unité populaire, alliance de classe, rassemblement populaire, unité à gauche ou unité de la gauche : la formulation utilisée dépend beaucoup de la culture politique des uns, des unes et des autres.

    Mais, au-delà des mots qui renvoient à des références historiques multiples, nous n’aurons aucun mal à convenir des inconvénients, pour notre camp de la division, si souvent au rendez-vous de son histoire.

    Et, à l’inverse, nous pouvons également nous mettre d’accord sur le fait que, en règle générale, une dynamique mobilisatrice accompagne l’unité.

     

    Mais l’on ne peut écarter d’un revers de main - ou disqualifier comme gauchiste et sectaire - la question du contenu de l’unité et de la « qualité » des partenaires éventuels de l’unité[5].

    Naturellement, elle peut – cela s’est déjà vu dans le passé – servir de pur prétexte au refus de l’unité.

    Mais c’est quand même, comme on dit maintenant, un vrai sujet.

    Je vois bien que la volonté ou la nécessité de « croire » pousse de nombreux camarades à penser que le déclin voire la faillite du Parti socialiste ont supprimé la préoccupation autrefois majeure d’une indispensable indépendance vis-à-vis du social-libéralisme et de l’organisation qui l’incarnait.

    Je pense que cet acte de foi mérite d’être nuancé.

    On peut prendre acte du fait que, après les différentes péripéties de la fin du quinquennat Hollande et le naufrage électoral du PS, la question du rapport au PS ne se pose pas dans les mêmes termes que lors des décennies précédentes.

    Mais cela ne signifie pas que le problème n’existe plus.

    Pour au moins deux raisons.

     

    La première concerne le Parti socialiste lui-même :

    le début de son déclin remonte à loin, sans doute la fin du deuxième septennat de François Mitterrand.

    Mais il a néanmoins été capable de l’emporter aux élections législatives de 1997 et lors de l’élection présidentielle de 2012.

    Ensuite, à partir de la présidence de François Hollande, il a connu une série impressionnante de revers électoraux se traduisant par la perte (en quelques années) de l’essentiel de ses positions institutionnelles.

    La trahison[6] qu’a représenté le passage d’un nombre significatif de grands élus socialistes chez Macron a également contribué à l’affaiblir.

    De ce point de vue, les élections municipales qui viennent de se dérouler n’ont en rien inversé la tendance :

    elles ont confirmé que c’est aujourd’hui EELV qui a conquis le leadership de la gauche (ou, plus précisément, de ce qu’il en reste).

    Pour autant, ces élections n’ont pas signé la mort ou la disparition du PS qui conserve un certain appareil municipal, même si ce dernier est en voie de rétractation.

    En même temps – c’est un autre élément d’appréciation du rapport de force entre sociaux-libéraux et antilibéraux – cet affaiblissement du PS ne s’est pas fait au profit de la gauche radicale et/ou antilibérale, contrairement à ce qu’avait pu laisser espérer le résultat du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 …

     

    Des camarades pensent cependant que l’on peut passer des accords avec le PS, au vu du rapport de forces actuel entre antilibéraux et PS :

    du fait de son affaiblissement, la participation des socialistes à une alliance électorale ne serait finalement pas plus importante que ne l’était celle des Radicaux de Gauche dans les années 70, au moment de l’Union de la Gauche et du Programme commun.

    C’est, me semble-t-il, oublier un peu vite que le centre de gravité (programmatique) d’un accord politique et (encore plus) électoral - n’est pas déterminé uniquement par le rapport de force numérique entre les divers partenaires à l’instant T.

    En règle générale, l’accord ne se fait pas seulement sur la base des positions du plus « gros »… mais aussi (voire surtout) en tenant compte de celles du plus « modéré », du « plus à droite » dont il ne faut pas « effrayer » l’électorat.

     

    Or cette mécanique assez imparable au niveau des appareils politiques peut également, ainsi  que Samy l’a déjà évoqué à plusieurs reprises, fort bien entrer en résonance avec le « modérantisme » de l’électorat de gauche[7], tout prêt à mettre en sourdine la radicalité de ses aspirations pourvu qu’on lui promette enfin une victoire électorale après tant de défaites.

     

    On peut, naturellement, penser que cela n’est pas grave, que la « dynamique de l’union » fera le reste et radicalisera son contenu de départ.

    Ainsi, si l’on poursuit ce raisonnement, on peut toujours espérer qu’une bonne démarche unitaire avec un bon rassemblement sur le programme aboutirait bon an mal an et malgré quelques grincements de dents à une candidature unique de la gauche et des écologistes et que, pour peu que le programme soit assez radical, le candidat ou la candidate le serait aussi.

    On peut l’espérer.

    Mais disons que la seule expérience grandeur nature d’un peu d’ampleur que nous avons connue – l’Union de la Gauche autour du Programme commun, un accord précisément passé entre un Nouveau Parti socialiste à peine émergeant et un Parti communiste représentant alors entre 20 et 25% de l’électorat – ne valide pas une telle espérance !

     

    La seconde raison est que l’affaiblissement (bien réel) du Parti socialiste, voire son effondrement (quand même à confirmer…) ne signifie pas la disparition des orientations social-libérales et de la culture politique que ce Parti a longtemps incarné autrefois.

    Dans une très large mesure, EELV a repris le flambeau de la « gauche d’accompagnement » (par opposition à « gauche de transformation sociale »).

    Le rapport – unité conflictuelle ou nécessaire indépendance ?– que la gauche radicale peut entretenir avec EELV présente certes des différences avec celui qu’elle pouvait entretenir avec le PS.

    Mais aussi de larges similitudes…

     

    J’entends bien que EELV est une réalité composite et, sans doute, contradictoire[8].

    Il n’empêche qu’il s’en dégage quand même une tonalité politique dominante.

    Pour moi, pas de problème : par son projet, ses références, sa stratégie, son rapport aux institutions et au mouvement social, EELV appartient sans aucun doute au « camp de la gauche ».

    Mais ne (nous) racontons pas d’histoire !

    Cette gauche n’est pas la nôtre.

    Elle n’est pas la nôtre de par sa stratégie (institutionnelle).

    Mais, après tout, on pourrait convenir qu’en matière de questions stratégiques le flou et la panne concernent aussi la gauche radicale…

    Mais je crains qu’elle ne soit pas la nôtre non plus du point de vue du projet : l’écosocialisme n’est pas soluble dans le capitalisme vert ou même dans l’écologie de marché…

     

    Ajoutons une remarque (acerbe, mais il y a de quoi) : 

    la manière dont d’éventuels partenaires pratiquent le fonctionnement collectif militant et leur ancrage dans la démocratie de masse ne constituent pas les facteurs premiers qui détermineraient le type de rapports que l’on peut entretenir avec eux ;

    sinon il faudrait sans doute renoncer à presque toute politique unitaire !

    Mais c’est quand même un élément à avoir à l’esprit.

    De ce point de vue, il y a quand même quelques soucis.

    Pour le dire « à la serpe » : le mouvement ouvrier traditionnel (syndicats et partis de gauche) a connu des processus de bureaucratisation et d’institutionnalisation ;

    ce furent des processus inexorables mais lents, au long cours, sur près d’un siècle et demi.

    Et, si l’on veut imager le propos, il aura fallu un siècle pour que ce qui fut autrefois le parti de Guesde et de Jaurès[9] devienne celui… de DSK et de Cahuzac.

    Disons que les tenants de l’écologie politique - en France : les Verts, puis EELV - ont emprunté un parcours analogue en seulement quelques décennies, avec la course aux places et aux privilèges qui vont avec.

    Et, aujourd’hui, la même obsession présidentielle dont on sait ce que furent ses effets mortifères à gauche.

    Toujours pour imager : que de chemin parcouru entre le verre d’eau de René Dumont et …. les homards de François De Rugy !

     

    En résumé, il faut prendre en compte la nouveauté et, en conséquence, ne pas automatiquement décalquer l’attitude à avoir vis-à-vis du parti écologiste de celle qu’il fallait avoir vis-à-vis du PS.

    Mais, si l’on veut traiter la question des alliances ou des coalitions avec sérieux et prudence, il ne faut pas non plus tout noyer dans des discours creux sur l’unité et se poser en permanence la question de notre indépendance vis-à-vis de la gauche et de l’écologie « modérées » et de la confrontation avec elles.

     

    Si je suis, on l’aura compris, extrêmement réservé sur les appels à l’unité peu exigeants sur le contenu, c’est aussi et même surtout parce que, à mon avis, ils manquent l’essentiel à savoir que le bloc « gauche + écologistes » est très nettement minoritaire.

    Et ce bloc n’est pas minoritaire parce qu’il est divisé mais parce que, depuis plusieurs scrutins, une partie significative de son « électorat naturel[10] » – l’a abandonné.

    Une partie de cet électorat naturel la moins défavorisée socialement a été récupérée par Macron et LREM, au moins pour ce qui est des scrutins de 2017.

    Quant aux couches les plus ouvrières et populaires, si une fraction (significative mais minoritaire) a abandonné la gauche pour le Rassemblement national, ce sont surtout là que se recrutent en masse les abstentionnistes.   

     

    On peut constater le caractère minoritaire du bloc « gauche + écologistes » en regardant les élections nationales récentes ou encore les sondages, avec toutes précautions de rigueur dans ce dernier cas et en constatant quel est le niveau atteint par la gauche (et des écologistes) « tout compris », c’est-à-dire en additionnant les suffrages recueillis par l’ensemble de ses candidats et candidates.

    Ce qui donne 

    27,67% lors de l’élection présidentielle de 2017 (en additionnant les suffrages recueillis par B. Hamon, N. Arthaud, P. Poutou et JL. Mélenchon) ;

    31,73 % lors des élections européennes de 2019 (en additionnant les suffrages recueillis par les listes dirigées par B. Hamon, M. Aubry, R. Glucksmann, I. Brossat et Y. Jadot) ;

    25,5% lors du sondage IFOP de juin 2020 (en additionnant les intentions de vote en faveur des potentiels différents candidats de gauche et écologistes pour l’élection présidentielle de 2022).

     

    Le constat est donc sans appel :

    la gauche, aujourd’hui, c’est entre un tiers et un quart des suffrages exprimés.

    Et nous en connaissons la raison (ou, du moins, la raison principale) : la désaffection des couches populaires.

    Désaffection dont la principale manifestation est leur abstention massive

    La question de fond qui nous est posée - à nous et à tous ceux et celles qui cherchent une issue à gauche ou dans l’espace de l’écologie politique - n’est donc pas d’abord de savoir au prix de quelles manœuvres plus ou moins rusées, plus ou moins naïves, plus ou moins discutables, on peut rassembler la gauche pour l'unifier... à son étiage actuel autour de 30%.

    Mais... si l’on peut gagner ! 

    Et, pour cela, il n'y a pas de raccourcis possibles : il faut reconquérir celles et ceux qui aujourd’hui s’abstiennent.

    Sans, naturellement, perdre ceux qui votent toujours pour la gauche, dans ses sensibilités différentes, voire divergentes.

     

    Il est tout à fait possible que cet objectif soit hors de portée.

    Contrairement à l’adage bien connu, il arrive que l’humanité se pose des problèmes qu’elle ne peut pas résoudre.

    D’ailleurs, à une échelle nettement plus modeste, la gauche radicale se pose essentiellement des problèmes qu’elle ne peut pas résoudre !

    Mais ce n’est pas une raison pour les évacuer.

    Ou pour proposer des solutions qui non seulement ne sont pas susceptibles de les résoudre mais ont toute chance de les aggraver. 

    Qui peut croire un instant que c’est en composant avec les dirigeants du PS au risque de les remettre en selle ou en donnant une caution de gauche aux écolo-libéraux que l’on va ramener à l’action politique ces millions d’électeurs des classes populaires qui ont perdu jusqu’au chemin des urnes ?

    Et ce n’est pas parce que la gauche s’est divisée qu’ils font aujourd’hui défaut !

    Mais parce que les courants majoritaires de cette gauche ont mené au gouvernement la politique qu’ils ont mené et sur laquelle, au fond, ils ne sont pas revenus … même dans l’opposition.

     

    On peut – c’est mon cas – critiquer la manière dont, lors de sa fondation, le Nouveau Parti Anticapitaliste a prétendu « passer en force », faire abstraction des courants politiques réellement existant et lancer un mouvement politique sur la seule base des « anonymes » et des « héros du quotidien ».

    On peut – c’est mon cas – critiquer la manière dont le Parti de Gauche, puis (en pire) la France Insoumise, ont prétendu « passer en force », faire abstraction des courants politiques réellement existant et lancer un mouvement politique qui vise, sans aucune médiation, à « fédérer le peuple ».

    Et qui plus est, sur une orientation vraiment très discutable.

    Et l’on ne peut pas passer aisément sur le fait que ces deux tentatives – à des échelles différentes – aient été, après quelques succès initiaux, des échecs.

    De même que l’on peut tout à fait penser que la vision prêtée à Jean-Luc Mélenchon[11] à propos de sa propre candidature pour 2022 est purement et simplement une « illusion populiste, souvent funeste pour la gauche »[12].

     

    On peut penser tout cela, mais ce que l’on ne peut pas faire - et qu’il ne faut donc pas faire – est d’occulter le problème principal : l’abstention des secteurs populaires et, en conséquence, la gauche à 30%.

    Toute stratégie politique – et même toute stratégie électorale – qui ne part pas de là se condamne à chercher le meilleur centre de gravité possible pour une gauche confinée aux centres-villes et minoritaire[13]

    Si, en plus, au refus de traiter la question des bases sociales et électorales de la gauche (ou à sa relativisation), l’on rajoute comme préoccupation principale le fait d’éviter un second tout Macron – Le Pen, alors on se situe de plus en plus sur le terrain de la mouvance social-libérale ou écolo-libérale.

    Vraisemblablement en pure perte : cette gauche-là ne gagnera pas ; par contre on peut assister en plus à une disparition de la gauche radicale et/ou antilibérale[14].

     

    En résumé, quitte à être à contre-courant :

    je ne suis pas favorable à ce que nous nous fixions pour objectif d’aboutir à une candidature unique de la gauche et des écologistes, en espérant - sans vraiment de raisons rationnelles - qu’elle serait antilibérale.

    Il me paraît nécessaire que face ( ?) à une candidature de la mouvance social-libérale / écolo-libérale, il y ait une candidature de la gauche radicale / antilibérale et que, précisément, elle soit en mesure de défendre sa légitimité, y compris contre les illusions unitaristes.

    Et que, dans la mesure du possible, cette candidature antilibérale-là soit aussi unitaire que possible[15].

    Ce qui est déjà un sacré défi !

     

    FC

     

     

    [1] De ce point de vue, je suis en accord avec tous les efforts faits autour de l’appel et du réseau Big Bang. Naturellement, tout ceci est modeste, mais c’est un cadre qui nous permet d’intervenir et non, seulement, de commenter ou de déplorer.

    [2] Je n’ai évidemment aucun doute sur le fait que cela soit effectivement le but des camarades qui proposent cette démarche. Mais de nombreux doutes sur le fait que telle sera bien l’issue de cette démarche.

    [3] Condition nécessaire mais, par ailleurs, pas suffisante…

    [4] Afin d’éviter - on ne sait jamais ! - tout malentendu ou toute ambiguïté : je ne plaide pas automatiquement pour une floraison débridée de candidatures et pour un maximum de dispersion ! Simplement je réfute – comme nous l’avions fait en 2002 - l’idée que ce soit là la cause de l’échec de la gauche.

    [5] J’emploie le terme « qualité » de préférence à « nature » afin d’éviter tout mauvais procès en « essentialisme ».

    [6] Jusqu’à quel point, d’ailleurs, peut-on réellement parler de trahison ?

    [7] Contrairement aux naïvetés unitaires, je crois qu’il faut prendre au sérieux ce que suggère Samy à propos de Bordeaux et de Marseille : le fait que Philipe Poutou se soit situé en concurrence – en tout cas, en extériorité – à la liste des écologistes et de la gauche ou que Jean-Luc Mélenchon ait été particulièrement discret vis-à-vis du Printemps marseillais n’ont pas forcément été des handicaps pour ces listes. Bien au contraire !

    [8] Mais, toutes proportions gardées, au milieu des années 70, on aurait sans doute pu dire la même chose du Parti socialiste que rejoignaient alors beaucoup de militants, y compris soixante-huitards, qui voulaient vraiment « changer la vie ».

    [9] Quelles que soient, bien sûr, les critiques que l’on peut formuler sur leurs orientations politiques respectives.

    [10] J’emploie l’expression « électorat naturel » qui n’est pas forcément très scientifique, mais elle renvoie à l’idée que, à travers l’histoire des mobilisations politiques et sociales de ce pays, la gauche et/ou le mouvement ouvrier se sont construits comme l’expression des couches populaires et ont, dans une large mesure, conquis leurs suffrages.

    [11] ‘Rassembler le peuple autour de sa candidature, avec l’illusion que les abstentionnistes (dont le vote est abusivement qualifié de « vote de classe ») le rejoindront parce qu’il sera « anti-système »’, selon RH, dans sa dernière contribution: « Mélenchon, une candidature utile ? » 

    [12] Idem.

    [13] Je suis bien conscient que faire ce constat est largement insuffisant. Mais comme apparemment de nombreux camarades je n’ai aujourd’hui guère de solutions. Désolé.

    [14] Comme cela a été le cas en Italie, ainsi que nous le rappelle douloureusement l’expérience de Refondation communiste.

    [15] Sur le contour de cette candidature – et sur la question de la candidature Mélenchon – on a encore un peu de temps. Mais pas tellement, si l’on veut éviter de regarder passer les trains, comme en 2016-2017.

     


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